Giant Sky – Giant Sky

Giant Sky
Giant Sky
Imaginary Friend / GlassVille Records
2021
Rudzik

Giant Sky – Giant Sky

Giant Sky

La musique n’est pas un sport olympique. Alors pourquoi vouloir en établir un classement comme le font tous les webzines en fin d’année. Certes je m’y adonne à Clair & Obscur parce que c’est « la Tradition », mais j’avoue que c’est à chaque fois un peu une corvée pour moi. Cette année, j’ai même fait l’effort de participer à celui des « Maniaques De Musique Prog ». Résultat : seuls trois de mes albums préférés de l’année 2021 y figurent, le premier n’étant classé que neuvième. Alors, je me dis « toi qui laisses la zike venir à toi plutôt que d’être sur la brèche pour guetter tout ce qui sort, t’as peut-être raté trop de trucs l’année dernière ». Ainsi, je me plonge dans les premiers opus de ce top, Caligonaut, Jordsjø… bof ! Ça m’en chatouille une sans bouger l’autre. Viennent ensuite Transatlantic et Neal Morse… argh ! L’indigestion musicale associée au vote aveugle n’est vraiment pas mon truc. Comme je m’apprête à renoncer, je tente un dernier coup de poker avec l’énigmatique numéro 5,  ce Giant Sky dont brusquement je me souviens qu’il m’a été recommandé par mon éminent confrère Alain Massard (de Prog Censor)… et là : bingo, je touche le gros lot !
Une entrée en matière en fading ressemblant à une bande son passée à l’envers, mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? Une ritournelle de gratte acoustique et des vocaux touchés par la grâce qui vous chatouillent très agréablement les tympans avec en background un habillage musical dont la richesse et la beauté feraient pâlir de jalousie Tamara Ecclestone. Bon sang, mais ce « The Further We Go The Deeper It Gets Pt. 1​-​6 », c’est carrément digne du Pink Floyd de la grande époque, jonglant avec des transitions confinant à la perfection, breakées ou en fading, bouturant une partie pour en faire renaître une autre encore plus magnifique, tressant des lauriers de sonorités électro pour modeler des symphonies, et quand tout semble avoir été dit, portant l’émotion à son paroxysme grâce à une twin guitare dont le solo mute sournoisement en rythmique insidieuse alors que celles de claviers vintage renvoient au meilleur de JM Jarre. Wow !!! Quelle claque !

Giant Sky band1
Me voilà le souffle coupé devant autant de merveilleux… des années que j’attendais que le prog me refasse ressentir cette plénitude datant de l’époque lointaine où je découvris, émerveillé, ce genre musical. Mais, qui était donc l’artisan de ce tour de force ? Quoi ? Erlend Aastad Viken, l’âme de Soup ? Ce groupe norvégien de post rock que j’avais découvert en live en 2018 par la grâce de mes amis d’Arpegia. Je n’aurais pas imaginé qu’Erlen soit capable de bâtir une telle œuvre où la magnificence paraît être à des années lumières de la simplicité d’un Soup, certes savoureux, mais dont le paysage musical n’est pas aussi panoramique que celui de Giant Sky. D’ailleurs, cette inflation harmonique est en résonance avec celle du line-up, puisque si Soup est un quintet, Giant Sky, outre son leader, a regroupé pas moins de treize musiciens dont trois batteurs et cinq vocalistes. Ayreon peut aller se rhabiller, surtout que, contrairement à ce dernier, c’est à une osmose de talents que l’on a droit et non à une surenchère outrancière succombant à la tentation du « too much ». Appâté par cette entrée en matière fastueuse, je poursuis mes investigations pour découvrir que notre Scandinave n’a vraiment pas fait les choses à moitié en publiant un clip d’animation de… 50 minutes, soit la durée de l’album. Ok, à ce niveau-là, on ne parle plus de clip, mais de film et c’est bien sous la forme d’un soundtrack qu’Erlend Aastad Viken a imaginé cette fresque musicale. Du coup je me repasse la longue plage introductive qui m’a tant bouleversé tout en matant le movie sacrément prenant. La magie se renforce et cette fois-ci, son charme est si intense que je ne décroche plus jusqu’à la fin de ce fabuleux opus. Il faut dire que la surprise est au détour de chaque titre. Ainsi « Broken Stone » démarre de façon anodine et donc, en le sachant, effectivement, il y a du Soup, mais aussi du Genesis, version Peter Gabriel, dans cette rythmique obsédante et intemporelle, car il prend vraiment son temps, le natif de Trondheim, pour mettre en place ses tableaux et les enchaîner subrepticement. Alors « Broken Stone » se pare d’un costume symphonique lumineux pour mieux étonner l’auditeur incrédule que je suis quand la déferlante de bpm aux accents de claviers « Jarriens » (période Chants Magnétiques) survient en renversant tout sur son passage, prélude à un final haché qui m’a fait croire que ma platine CD a également été prise de court au point de transformer son faisceau laser en clignotant de 2CV. Quelle idée géniale d’associer grandiloquence et séquences entêtantes d’electro le temps d’un « No Cancelling This » qui confirme l’utilité de cette profusion de vocalistes. Les parties de chant sont d’une justesse impressionnante et leur sensibilité angélique illumine « Out Of Swords », un morceau acoustique d’une délicatesse folle alternant simplicité et tonalités complexes dont les derniers accents rappellent le côté délicat d’un certain Porcupine Tree ressuscitant. La « part. 7 » du titre introductif nous projette dans un cosmos infini et ambiancé, une liaison parfaite avant la majesté de « Breaking Patterns » dont les soli de flûte et certains accents vocaux remettent le couvert du quintet genesien. S’il me fallait faire une critique concernant cette galette magique, ça concernerait la sonorité de la caisse claire de batterie trop scintillante en particulier sur ce dernier titre, confinant à la batterie électronique. Il s’agit vraiment de peu de choses… une affaire de goût quoi !

Giant Sky band2
Dans Giant Sky, il y a… giant et c’est un qualificatif tout à fait approprié à cette œuvre qui m’a fait abuser d’une multitude de superlatifs pour autant parfaitement justifiés tant elle résout en permanence l’impossible équation entre la profusion de moyens et la justesse de leur mise en œuvre se traduisant par l’interpénétration cohérente entre la simplicité sybilline et la grandeur maîtrisée de son propos. Comme quoi, les tops peuvent quand même avoir leur utilité. Mais j’y pense, pourquoi Giant Sky n’a-t-il pas gagné les élections du top des Maniaques ? Sans doute encore la faute aux abstentionnistes… comme trop souvent… moi.

https://giantskyband.bandcamp.com/releases

http://giantskyband.com/

https://www.facebook.com/giantskyband

 

3 commentaires

  • Frédéric Gerchambeau

    Superbe album ! Mais heureusement, rien à voir avec Jean-Michel Jarre, qui n’a jamais eu cette profondeur ni cette finesse. Allez-y, c’est fluide, subtil, cosmique, un vrai bain d’étoiles !

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