Neal Morse Band – Innocence & Danger

Innocence & Danger
Neal Morse Band
Inside Out Music
2021
Fred Natuzzi

Neal Morse Band – Innocence & Danger

The Neal Morse Band Innocence & Danger

Non, vous n’allez pas me croire si j’écris ça. Noooooon. Mais non. Si j’écris qu’il y a un certain renouveau, comme une bouffée d’air frais dans le nouveau Neal Morse, mais jamais ô grand jamais vous n’allez me croire. Et pourtant, moi-même je n’y croyais pas quand, comme vous sûrement, j’ai regardé les premiers clips sur Youtube. Eh bien le reste de l’album est plutôt une bonne surprise. Le Neal Morse Band (appelé désormais NMB) sort un quatrième opus baptisé Innocence & Danger qui relance un peu la machine. Neal Morse est arrivé sans rien de pré-composé et a compté sur les apports de départ de Bill Hubauer et Randy George pour élaborer ce nouvel album collaboratif. Cela a donné tant de matériel qu’Innocence & Danger est à nouveau un double effort mais ce n’est plus un concept album. L’inspiration s’en trouve aérée, et les idées que chacun apporte trouvent leur place dans des compositions plus ramassées. Enfin, c’est vite dit, on a quand même deux epics, un de vingt minutes, l’autre de trente, la partie « Danger » ! Bien sûr, on retrouve quelques références ici et là, Genesis, Pink Floyd et Yes par exemple, mais aussi l’acoustique de Spock’s Beard. Et puis, il ne faut pas être allergique à une certaine emphase, mais celle-ci est habituelle et plus contenue. Tel que, Innocence & Danger est bien plus satisfaisant que Sola Gratia de Neal en solo ou The Absolute Universe de Transatlantic.

Le début d’Innocence, le premier C.D., est donc celui qui nous ramène en terrain (trop) connu. « Do It All Again », après une intro qui lorgne vers Genesis, nous rappelle ce dont est capable le groupe : un morceau efficace, avec des couplets chantés par Morse, le pont par Hubauer, le refrain par Gillette et un thème très réussi. Les paroles sont un peu plus obscures que d’habitude, apparemment Neal a eu une conversation avec Jon Anderson et il s’est donc permis d’être moins… accessible et ça se ressent sur tout l’opus. Le titre est sympa mais ne tire pas des larmes de joie. Que dire des claviers pompiers de « Bird On A Wire » sinon qu’un peu de tenue serait de rigueur ! Les couplets de Morse sont réminiscents d’un certain laisser-aller de Spock’s Beard et c’est plutôt plaisant. Pas de prêchi-prêcha, un morceau dynamique où l’on souligne encore une fois les talents de chanteur de Gillette, contrairement à Hubauer, pour moi le Trewavas du groupe (même si Hubauer chante mieux quand même). Rien de révolutionnaire là-dedans non plus. « Your Place In The Sun » est la ballade au feeling Beatles avec une belle intervention de Portnoy au chant. Plaisant et agréable, on sent bien que contrairement aux deux précédents double concept albums, ils se sont fait plaisir et ne sont pas obligés de respecter le carcan d’un histoire à raconter.

The Neal Morse Band Innocence & Danger Band 1

On retrouve un feeling très 80’s sur « Another Story To Tell » assez surprenant mais bienvenu. Enfin quelque chose de relativement nouveau et dans lequel le groupe excelle. Un enchainement à la Yes plus tard et nous sommes dans « The Way It Had To Be », ballade aérienne et bluesy aux aspects Pink Floyd, morceau atmosphérique vraiment très plaisant, avec des arrangements classieux (joli piano, belles atmosphères à la guitare, soli parfaits). Neal Morse revient à la guitare acoustique comme au temps de Spock’s Beard avec « Emergence », une pièce instrumentale de première ordre. Du Steve Howe en plus élaboré quoi ! On reste sur une dominante acoustique avec « Not Afraid Part 1 », plutôt plaisant et efficace, avant un dénouement avec des cordes, peut-être un peu trop mélodramatique pour le coup. La clôture d’Innocence revient à une reprise de… Simon & Garfunkel ! « Bridge Over Troubled Water » est réarrangé façon prog à la Yes, avec une superbe intro, il faut bien le dire (on avait déjà eu « Beware Of Darkness » de George Harrison à l’époque de Spock’s et …quelle réussite !). Une belle surprise, qui s’écoute avec attention et étonnement !

La partie Danger s’étale sur deux titres et cinquante minutes avec les deux epics de l’album. « Not Afraid Part 2 » commence d’une manière classique pour The Neal Morse Band avec un bon riff de basse de Randy George autour duquel tous les instruments vont rentrer. Un riff de guitare digne d’un John Petrucci plus tard, la virtuosité de chacun s’exprime avant de rentrer dans la première partie de la chanson. Les cordes apportent un côté diva disco involontaire assez amusant mais elles s’imbriquent bien dans ce moment avant la deuxième partie, assez Queen prog dans le refrain. La troisième partie est plus typique de Neal Morse. Le tour de force est d’avoir enchainé tout ça avec une fluidité prodigieuse. La partie instrumentale qui suit est étonnamment sobre et montre crescendo. Portnoy se déchaîne et on reprend au début pour le final en apothéose. Une recette qui a déjà fait son œuvre des dizaines de fois chez Neal Morse mais qui reste efficace. Le gros morceau, c’est « Beyond The Years » divisé en sept parties (toutes avec un titre). L’intro qui fait office de première partie n’est pas très alléchante avec un Hubauer affecté et une orchestration peu intéressante. La deuxième est déjà meilleure car elle commence à nouer des thèmes. Un moment qui aurait pu être une chanson à lui tout seul. L’enchaînement avec la troisième est très Spock’s Beard (encore !) et réjouissant pour un moment ensuite très Yes (encore aussi !). Et c’est très drôle d’entendre Portnoy chanter « I could be a diva » ! La quatrième partie rappelle bien sûr Gentle Giant et leurs fameuses harmonies vocales qui ont tant marqué Neal Morse, accompagnées de guitares et claviers virtuoses. La cinquième partie est plus mélancolique pour ensuite s’envoler avec un superbe solo de guitare. La sixième est instrumentale et contient tout ce qu’on attend du NMB , soli (Randy George, superbe) et virtuosité. Enfin, bien entendu, la septième termine tout ça en feu d’artifice, reprise du début, solo de guitare et Procol Harum en guise de conclusion.

The Neal Morse Band Innocence & Danger Band 2

Je sais ce que vous vous dites. Le renouveau annoncé n’en est pas vraiment un. Et vous avez raison ! Mais il y a suffisamment de diversité dans Innocence & Danger pour en faire un album réussi que l’on a plaisir à écouter. Les doubles albums concept étaient réussis mais très denses et pas forcément représentatifs des possibilités plus « humbles » du groupe. Et puis, moins de prog ne nuit en rien. Ça repose, même ! Accueillons donc les quelques surprises de cet album avec joie et apprécions à nouveau la simple fait d’avoir un nouvel album du prolifique Neal Morse.

https://www.nealmorse.com/

Un commentaire

  • animal

    Bonjour
    Chaque album c’est minimum 1h30 de musique quasi-annuelle avec une multitude de projets. Il est bien inspiré le musicien ou c’est le souffle créateur qui inspire l’artiste ;))

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.