Ozric Tentacles – Lotus Unfolding

Lotus Unfolding
Ozric Tentacles
Kscope
2023
Thierry Folcher

Ozric Tentacles – Lotus Unfolding

Ozric Tentacles Lotus Unfolding

Ce qu’il y a de bien avec Ozric Tentacles , c’est que l’on sait à quoi s’attendre. Des surprises (bonnes ou mauvaises), il n’y en a pas ou très peu. Sur Lotus Unfolding, je relèverais peut-être la guitare hispanisante de « Crumplepenny », à la fois surprenante et parfaitement intégrée dans l’esprit de ce groupe complètement à part. Mais pour le reste, on baigne dans leur classique tumulte psychédélique si particulier pour lequel, on n’arrive pas à se lasser. Même si je continue de croire qu’il faut vivre la musique des Ozric à doses raisonnables, elle n’en demeure pas moins indispensable et porteuse d’éléments propres à faire décoller n’importe quel quidam, un peu ouvert aux ondes subliminales et aux frénésies corporelles. Cela fait maintenant quatre décennies que l’équipe d’Ed Wynne nous sert une recette vraiment originale et sacrément bien foutue. Un empilage de claviers, de basses survitaminées, de rythmes endiablés et de guitares épileptiques qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.

Lotus Unfolding est leur seizième album, entièrement écrit, enregistré et produit par Ed et Silas Wynne aux Blue Bubble Studios de Fife. Il est bon de rappeler qu’Ozric Tentacles s’est formé accidentellement lors du Stonehenge Free Festival de 1983 où, psychotropes aidants, les comportements hallucinés ne faisaient aucun mystère sur le caractère allumé de ses participants. Par la suite, le groupe continuera dans la même voie et deviendra un incontournable du festival de Glastonbury, bien connu, lui aussi, pour ses accointances avec l’éthique hippie. Un peu à l’image des délires de la planète Gong, il n’est donc pas étonnant que leurs concepts et leurs sources d’inspiration soient assez difficiles à décrypter. Qu’importe, il suffit de se laisser emporter par la musique et de vivre sans retenue un trip autant spirituel que corporel. Personnellement, Ozric Tentacles m’a toujours donné l’impression d’avoir sa place dans les techno parades ou autres rave-parties aux profils hypnotiques évidents.

Ozric Tentacles Lotus Unfolding Band 1

L’histoire d’Ozric Tentacles ressemble à une histoire de famille. Après avoir joué aux côtés de son frère Roly dans les années 80, Ed Wynne est aujourd’hui accompagné de son ex-femme Brandi à la basse et de son fils Silas aux claviers. La section rythmique est, quant à elle, assurée par Tim Wallander (ex-Agusa) à la batterie et le fidèle Paul Hankin aux percussions. Une équipe très homogène qui assure autant sur disque que sur scène. Comme à l’accoutumée, le visuel très coloré de Lotus Unfolding accapare le regard et donne envie d’aller à la découverte des six compositions de ce nouveau disque. Le côté sacré de la fleur de lotus semble fournir une piste évidente, mais il ne faut pas s’y fier. En fait, il y aura bien quelques touches orientales (sur le morceau titre « Lotus Unfolding », notamment), mais de façon discrète et à aucun moment, dépositaires d’une ambiance tournées vers la méditation et le recueillement. Non, la musique est du pur Ozric Tentacles, telle qu’on l’attend et telle qu’on l’aime. Certains y verront un aspect rassurant alors que d’autres, pencheront plutôt vers un manque de prise de risques. Pour ma part, je suis assez partagé entre ces deux sentiments. Le démarrage subaquatique de « Storm In A Teacup » laissait présager une version ondulante de la musique, mais cette tempête dans une tasse à thé sera surtout ivre de puissance et de déchaînement maîtrisé. Les claviers, la basse et la guitare sortent vite de l’eau pour filer, à toute allure, sur un asphalte dégagé de tout obstacle et propice à lancer une frénétique danse convulsive. Et c’est là, tout le paradoxe entre ce que l’on espère et ce que l’on reçoit. La déception n’est jamais durable et le retour aux fondamentaux, tellement jouissif, que notre envie de nouveauté se voit rapidement balayée par un savoir-faire du tonnerre. Ce qu’il faut retenir, c’est l’extrême justesse de la production et la pertinence d’arrangements aussi appropriés que bien foutus. Les gimmicks cosmiques, ainsi que les petites phrases de synthés en sous-couches, sont absolument délicieux. Par ailleurs, je vous invite à rester calé sur les circonvolutions de la basse pour vous rendre compte combien cet instrument bourdonnant insuffle de la vie à la musique.

On poursuit notre périple en laissant derrière nous le rock-électro de « Storm In A Teacup » pour accueillir le pur électro de « Deep Blue Shade », un titre qui montre à quel point Ozric Tentacles est aujourd’hui capable d’accrocher un public multi-générationnel. Je ne pense pas trop m’avancer en disant qu’il est certainement un des groupes vétérans qui a le mieux vieilli. Et puis, chose à ne pas négliger, ces boucles répétitives sont soutenues par une vraie section rythmique et agrémentées de tranchantes envolées de guitare, et cela fait toute la différence. Comme je le disais plus haut, le morceau titre « Lotus Unfolding » va déployer sa magie orientale, en partie grâce à la flûte de Saskia Maxwell. L’ambiance a changé, l’atmosphère est plus calme, mais pas cotonneuse pour autant. Même au pays des fleurs de lotus, l’auditeur reste éveillé, juste un peu moins secoué et conscient que ce répit sera de courte durée. C’est donc « Crumplepenny » qui se charge de relancer le bolide après ce reposant passage aux stands. Le début du morceau est assez brouillon avec une difficile mise en route ponctuée par l’arrivée de cette fameuse guitare espagnole qui brouille un peu les pistes. « Crumplepenny » est sans doute le titre qui demande le plus d’attention, mais qui se révèle au final, comme un des plus intéressants. C’est mon ressenti et bien sûr, il n’engage que moi. Ensuite, « Green Incantation » entretient les belles émotions de la guitare acoustique (on dirait Al Di Meola par moment), mais dans un style jazz plutôt bien maîtrisé. Le reste sera plus conventionnel avec des passages très hard rock et une basse bien claquante. On finit avec « Burundi Spaceport », ultime étape aux légères touches africaines et dernier vestige d’un voyage ébouriffant qui a tout ravagé sur son passage. Bizarrement, le silence qui suit en devient presque perturbant.

Ozric Tentacles Lotus Unfolding Band 2

Dans l’ensemble, Lotus Unfolding est très compact et se déguste d’un trait, sans chercher à privilégier tel ou tel moment. Cela ressemble à une belle course effrénée qui garde ses passagers sous tension et gavés d’adrénaline. On en sort titubant, les yeux dans le vague, mais conscient d’avoir participé à quelque chose d’aussi dérangeant que bienfaiteur. Ozric Tentacles démontre, une fois de plus, son extraordinaire capacité à rester attrayant tout en récitant une leçon bien apprise. Pour finir, il est important de rappeler que les albums solo d’Ed Wynne s’intercalent avec la discographie d’Ozric et sont de passionnants petits pas de côté qui valent le détour. A mon avis, les fans peuvent être rassurés sur l’avenir de tout ce beau monde qui ne cherche pas à se réinventer, mais plutôt à proposer ce qu’il sait faire de mieux.

https://ozrics.com/

 

Un commentaire

  • Philippe Trape

    Je partage totalement cet avis. L’atmosphère des Ozrics est parfaitement rendue.  »Deep Blue Shade » est un morceau magique qui envoie loin dans les étoiles. Ecouter ce morceau en regardant un beau ciel bleu vaut tous les Prozac du monde. Les boucles de synthé et la guitare cristalline forment une combinaison sonique d’une incroyable efficacité.

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