Jean-Pascal Boffo – Inner World

Inner World
Jean-Pascal Boffo
Autoproduction
2026
Thierry Folcher

Jean-Pascal Boffo – Inner World

Jean-Pascal Boffo Inner World

Il y a deux ans, le guitariste Jean-Pascal Boffo et l’infographiste Fred Kempf nous avaient séduits avec Infinity Relooped, une œuvre étonnante fabriquée à partir d’un assemblage de sons de guitares, de boucles électroniques et d’animations graphiques. Le genre de création qui finit par devenir obsédant pour qui accepte de se laisser emporter dans un tourbillon audiovisuel hors du commun. Alors, pourquoi ne pas reprendre le même procédé, mais en l’enrichissant, cette fois, d’une dimension plus organique ? Cette nouvelle aventure s’appelle Inner World et permet à notre duo d’accueillir William Bur et Frank Aghulon à la batterie, Pierre Cocq Amann aux saxos, Séraphin Palmeri aux synthés et Thomas Seignert à la basse. Un casting en chair et en os qui donne une belle réplique aux habituels montages électroniques. Pour décrire Inner World, je reprendrai les termes exacts du texte de présentation, à savoir : « Douze titres instrumentaux dont le fil conducteur explore le monde des rêves. Chaque morceau donne lieu à une création visuelle et animée, puisant dans les atmosphères du surréalisme, du fantastique et de la science-fiction. L’ensemble compose un voyage poétique où se mêlent onirisme sonore et univers imagé pour une expérience immersive ». Voilà qui est dit et bien dit. À présent, si vous êtes d’accord, il est temps de quitter le monde réel et de rejoindre Jean-Pascal et ses amis dans ce nouveau périple très prometteur.

Mes premières impressions sont bonnes, voire très bonnes. Cependant, je ne peux m’empêcher de penser que ce nouveau projet est légèrement différent du précédent. Autant Infinity Relooped trouvait sa raison d’être en proposant une musique qui alimentait les animations et réciproquement, autant Inner World semble moins dépendre des images. Ici, la sobriété et la quasi-fixité des illustrations n’ont pas un impact majeur, même si je dois admettre qu’elles peuvent aider à la méditation. La musique domine, c’est un fait, mais j’avoue qu’au fil des écoutes, les montages de Fred Kempf finissent par s’associer au processus créatif de l’album. Cela dit, pour ce genre d’expérience, les ressentis sont personnels et parfois difficiles à exprimer. Finalement, chacun se fera sa propre idée en découvrant ce travail à deux, complémentaire et très séduisant. L’album s’ouvre avec « Neverwhere », un premier titre révélateur de l’orientation musicale voulue par Jean-Pascal. D’emblée, les choses diffèrent et la rythmique met rapidement les choses au point. La basse et les percussions accompagnent la guitare dans un chaleureux assemblage jazz que le saxo de Pierre Cocq Amann rend très chatoyant. Et puis, de temps en temps, on voit resurgir ces fameuses boucles électroniques qui nous renvoient aussitôt aux sensations d’Infinity Relooped. Une filiation renforcée par les mêmes décrochages méditatifs en fin de morceau. Les liens sont renoués, et bien que la musique ne soit pas tout à fait pareille, l’état d’esprit reste inchangé.

Jean-Pascal Boffo Inner World Band 1

Une des réussites du disque réside dans sa capacité à concilier des mélodies classiques avec des sons plus aventureux. Tout ce qu’il y avait déjà sur l’album In Spiral de 2022 (ce n’est peut-être pas un hasard si le titre « Inner World » figure sur cet album). Pour « Neverwhere », l’animation se focalise sur une éolienne en papier qui tourne au rythme de la musique et qui, bien sûr, accapare l’attention. Ce n’est certes pas la plus spectaculaire, mais elle a le mérite d’installer la charte graphique et de lancer correctement la partie visuelle. Je lui préfère celle du titre « Mantra » ou mieux encore, la vision poétique de « Parallel World ». Chaque vignette mérite réflexion, mais pour cette chronique, l’espace est trop limité pour les décrire en détail. Revenons donc à la musique qui, depuis les vagues orientales de « Desert Life » jusqu’aux secousses robotiques de « Robotown », s’impose avec talent tout au long des douze titres du disque. Mais que serait-elle sans la dextérité de Jean-Pascal à la guitare ? Probablement moins apte à nous faire rêver, comme c’est le cas sur le très touchant « Farewell » qui conclut l’album. Pour l’anecdote, j’aimerais revenir sur « A Dream Within A Dream » et sur l’angélique solo de synthé que l’on distingue à la fin. Pas étonnant d’entendre Séraphin Palmeri s’exprimer dans ce registre, lui qui vient de rejoindre Ange et l’équipe de Tristan Décamps. Et puis, j’ai voulu mettre en valeur « From The Moon To The Earth », cette émouvante évocation progressive qui, sans le savoir, fait écho à une actualité récente. En définitive, l’album est très homogène et se consomme d’une traite sans effort et sans préférence particulière. Sa fonction de nous faire voyager au pays des rêves est bien réelle et comme à chaque fois pour ce type d’exploration, c’est le réveil qui est difficile.

Jean-Pascal Boffo Inner World Band 2

Je vois Inner World de Jean-Pascal Boffo comme un accomplissement. Un pont réussi entre plusieurs tendances désormais bien maîtrisées. J’ai la nette impression que sa musique a pris son envol, qu’elle a gagné en consistance et qu’elle peut toucher beaucoup de monde. Ici, le bon équilibre entre techniques modernes et influences plus anciennes paraît presque naturel. Rien n’est à l’abandon ou trop mis en avant. Tout s’imbrique harmonieusement et finit par offrir un des albums les plus réussis du guitariste lorrain. La technologie actuelle est capable de faire des prouesses, mais elle ne pourra jamais se substituer à l’expérience et au talent d’un être humain. En revanche, elle peut se mettre à son service et produire ainsi de belles choses comme cet Inner World qui mériterait de rencontrer un joli succès. Et puis, tous ceux de la vieille école qui, comme moi, accordent une place importante au visuel et à la pochette, verront dans les animations de Fred Kempf un complément magique à ce projet. Je crois que l’on peut parler d’une nouvelle performance artistique à saluer.

https://jeanpascalboffo.com/

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