The Tangent – Was – Deluxe Edition
White Knight Records
2026
Palabras De Oro
The Tangent – Was – Deluxe Edition

Cela faisait un bout de temps que je n’avais pas écouté une sortie de The Tangent. Pourtant, la bande à Tillison n’est pas avare en album studio, car elle en est, avec Was, à son quatorzième en une bonne vingtaine d’années d’existence. Ce patronyme lapidaire couvre non pas un CD, mais deux. Le premier ne comporte que trois titres, dont deux de plus de vingt minutes. On est rassuré, The Tangent fait donc toujours du prog. Le second CD livre six morceaux presque instrumentaux dont les titres sont écrits en français.
Was se veut être une démonstration de tout le savoir-faire rétrospectif du groupe depuis sa formation en 2003. Effectivement, les surprises ne sont pas légion. La principale, c’est ce second CD qui semble être une compilation de jam sessions d’un classicisme jazzy exacerbé. Andy Tillison confie que son inspiration lui est venue de la suite Five Bridges de Keith Emerson qui l’a profondément marqué dans son adolescence.

Pour faire les choses dans l’ordre, revenons à la première mouture de Was porteuse du sous-titre A Nostalgia. Le titre éponyme qui se lance le premier baigne complètement dans ce sentiment qui devient de plus en plus prégnant avec l’âge. Le démarrage de « Was » se montre d’une désespérance infinie et majestueuse. Les Britanniques aiment prendre leur temps avant d’imprimer une direction à un morceau. Arpèges désincarnés, samplers vocaux parlés, basse qui prend la direction des opérations petit à petit, chant attendri, voici le décor qui se plante pendant près de sept minutes avant que la rythmique ne se dégage de ce creuset nostalgique. Cinq notes de la basse de John Jowitt se mettent à former le thème musical du titre. Andy Tillison aux claviers ainsi qu’au chant et Luke Machin à la guitare donnent du corps à « Was » dont le rythme s’oriente vers un étonnant blues rock bien charpenté. On restera dans différentes formes de blues jusqu’au bout, avec l’omniprésence de la basse qui me donne des frissons. Ainsi, ce titre cachait bien son jeu dont l’atout majeur était le blues. C’est tout le contraire pour un « Follow The River » résolument funky d’entrée de jeu. La chanson est concise, une fois n’est pas coutume, et Theo Travis met le paquet question saxophones. Dans son histoire, The Tangent a hébergé plusieurs membres de The Flower Kings comme Roine Stolt, Zoltan Csorsz ou Jaime Salazar. On le ressent profondément sur le démarrage de « Not Was » qui sonne comme une ballade du groupe suédois. L’ambiance est cristalline, ternie cependant par le péché mignon d’Andy Tillison: sa volubilité. Alors une certaine lassitude s’installe pour un morceau qui met trop de temps surabondant à se lancer (contrairement à « Was ».) Heureusement que le tempo de Steve Roberts (batterie) devient plus marquant pour supporter des affriolants passages d’orgue Hammond façon Manfred Mann et de guitare sur, de nouveau, des accents funky. Celui-ci donne du peps à un « Was Not » plutôt fade jusque là. Hélas, il retombera comme un soufflet dans ses travers nostalgiques trop affirmés, coupés par un téléphone qui raccroche. Je reste donc sur ma faim pour ce « Was Not » quelque peu indigeste, tout comme le dossier de presse dans lequel Andy Tillison consacre plus de quatre pages à « raconter sa vie » sous le titre Personal Rationale (Justification Personnelle): quel bavard ! Est-ce pour s’excuser de sa volubilité que le deuxième CD sous-titré La Suite Ce Qu’était est presque 100 % instrumental ? Ce n’est pas mentionné, mais cela pourrait l’être. En tout cas, cet opus démonstratif permet à chaque membre du sextet de faire état de son talent tout au long de six titres dans lesquels un jazz caméléon, de la musique classique, ainsi qu’un prog destructuré règnent en maître, témoin la pièce versatile « Multi Partisanisme ». Les cuivres de Theo Travis s’y expriment en totale liberté. Chassez le naturel, il revient au galop, car la voix d’Andy fait un retour, certes mesuré, sur… « Laisse Moi Chanter », ça ne s’invente pas. C’est un titre d’une sensibilité extrême, notamment mise en exergue par un très long et joli solo de Luke Machin (Francis Dunnery’s It Bites, Karnataka, Maschine et Soulshine), un fabuleux guitariste que j’apprécie tout particulièrement.

Il est temps de refermer le ban de cet album qui comporte son lot de moments de gloire de la part d’un groupe dont le talent et la dextérité ne sont plus une surprise depuis longtemps. Les textes fleuves de son leader fondateur Andy Tillison peuvent rebuter. Ceci non plus n’est pas un scoop et a toujours divisé les fans et les « anti » de The Tangent. Musicalement, mes préférences vont plus du côté du blues et du funky que du jazz d’où une appréciation forcément mitigée de Was. Ceci me fait dire qu’il est difficile de tout aimer chez The Tangent, mais impossible de tout détester. Alors, cet opus possède le mérite de permettre à tout un chacun de picorer dedans pour y trouver à coup sûr ce qui fera son bonheur, quitte à squeezer certains passages jugés moins à son goût.
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