Live report Nawel Ben Kraïem + Amel Zen, au Tamanoir, Gennevilliers, le 26 septembre 2026

Live report Nawel Ben Kraïem + Amel Zen, au Tamanoir, Gennevilliers, le 26 septembre 2026
2026
Lucas Biela

Live report Nawel Ben Kraïem + Amel Zen, au Tamanoir, Gennevilliers, le 26 septembre 2026

Live report Nawel Ben Kraïem

Pour ouvrir sa nouvelle saison, le Tamanoir invite deux ambassadrices du Mahgreb : la Franco-tunisienne Nawel Ben Kraïem, conjuguant pop/rock, folk et raï, et l’Algérienne Amel Zen, à l’univers plus rock. Littérature, théâtre, cinéma, musique : les différentes expériences artistiques de la première nourrissent un imaginaire tourné vers la versatilité. Jugez par vous-même. Quand une saynète solaire se transforme en danse autour d’une guitare étincelante et d’une mandole plus circonspecte, la voilà suivie d’un tube des longues routes à la « It’s A Heartache » de Bonnie Tyler. La comparaison avec l’interprète de « Total Eclipse Of The Heart » va même plus loin, puisqu’on retrouve ce grain rêche si chaleureux dans la voix de notre chanteuse. Et quand ce n’est pas une énergie débordante, c’est une confidentialité aux intonations troubles qui nous saisit (le dernier album de Nawel Ben Kraïem ne s’appelle-t-il d’ailleurs pas Troubles ?). Guitare berçante et percussions ouatées nous plongent alors dans une Americana épurée à la croisée des routes empruntées par Daniel Lanois et Michael Brook. Mais notre compositrice a plus d’un tour dans son sac. Ainsi, ce disco-rock pétillant sur lequel est posé un chant aux tonalités traditionnelles, nous fascine-t-il autant que le rock anatolien en son temps. La référence à ce dernier style n’est pas incongrue puisque la six-cordes finit par pénétrer dans des territoires psychédéliques insoupçonnés. Ailleurs, seule avec le violoncelle qui prend son envol quand il n’avance pas avec prudence, Nawel lui répond avec tendresse.

Artiste au grand cœur, notre trentenaire aime également faire découvrir à son public l’univers de quelques invités. Parmi ceux-ci, certains figurent au programme de la saison 2026-2027 de la salle gennevilloise. Ainsi, d’entrée, dans son duo touchant avec Nawel, c’est Mouss (Zebda) qui fait une apparition remarquée. On le retrouve d’ailleurs vers la fin du set avec Hakim pour un moment plus sombre. Il faut alors compter sur les mélopées chaudes de notre chanteuse pour refouler les velléités mélancoliques portées non seulement par les deux frères, mais également par les percussions et la guitare. On est ainsi loin du duo solaire dans lequel les deux derniers instruments s’étaient lancés pour soutenir les magnifiques volutes entrelacées d’un « Je Vais T’Écrire » de toute beauté. C’est aussi de l’hommage à Rachid Taha que vient la surprise. Tandis que la pièce présente une cadence au demeurant bien hésitante, la voici s’enveloppant d’un brouillard épais quand le guitariste Yan Péchin (Alain Bashung, Brigitte Fontaine) y fait une intervention trouble. Le clin d’œil au titre du dernier album de Nawel est à nouveau fort à propos. En revanche, dans « Le Temps C’est De L’Or », c’est sur un rythme nonchalant et autour de notes champêtres que la voix douce d’Awa Ly apaise le chagrin de notre vedette de la soirée. Au grand jeu des participations, n’oublions pas non plus le public. Celui-ci rend le spectacle plus vivant par son interaction avec la belle (youyous, battements de main, danse…). Ainsi, à travers la musique de Nawel Ben Kraïem, c’est un univers à la versatilité et à la complicité vertigineuses qui a illuminé le Tamanoir.

Live report Nawel Ben Kraïem Band 1

Avec Amel Zen, c’est une autre paire de manches. Cultivant le mystère à la manière du duo Sunn O))), ses musiciens encapuchonnés l’épaulent dans une aventure musicale où se mêlent rock progressif, funk rock et hard rock, le tout baignant dans un écrin oriental. Mais parlons de funk. Quand ce genre se retrouve débridé, la voix grave ponctuée d’arabesques pétrifiantes n’hésite pas à prendre le chemin de l’émerveillement. Marchant d’un pas plus lourd, cette musique si chère à Bootsy Collins s’ouvre sur de grands espaces. Le chant oscille alors entre doute et espoir. Sur un morceau comme « Tlata », les riffs arabisants et les envolées médusantes de la belle achèvent de nous conquérir. Et quand ce n’est pas la voix, c’est la mandole qui nous hypnotise. Les guitares enchanteresses et le chant possédé ajoutent d’ailleurs beaucoup de piment au funk rock alors explosif qui secoue la salle. Le style de prédilection de James Brown peut également glisser vers le disco. Relâché, il est alors accompagné d’un chant affectueux. Mordant comme sur « Abando », il rencontre sur son passage les ornements de la mandole et un pont jazz-fusion.
Cela nous amène à parler des incursions « progressives » de notre groupe. Ainsi, avec « Daâou », nous voilà entrainés dans une spirale tout en clair-obscur où des voix hystériques se teintent de nombreuses nuances. Quand il est question de féminicide, autour d’à-coups percutants et d’une guitare tourmentée, la détresse d’Amel Zen se manifeste progressivement. Ailleurs, « Chkoun Enta » est à tomber à la renverse quand à la polyrythmie de la batterie répond la polychromie du chant. Morceau aux multiples facettes, il n’est guère étonnant que s’y relaient noirceur et enjouement. Pour preuve, dans une pièce alors dominée par la batterie guillerette et les envolées envoûtantes de la belle, un duo éclatant guitare-mandole s’impose et rayonne. La versatilité traverse aussi « Aboubarak ». Sur une ligne de guitare suave, affection et emportement se succèdent dans le chant. Entre attente et impatience, la batterie de « Joussour » cherche également à étancher sa soif de dualité. À ses côtés, alors que la voix affectueuse porte une mélodie poignante, la guitare figée tel un paysage enneigé tente de consoler une mandole implorante.

Live report Nawel Ben Kraïem Band 2

Mais Amel et ses compagnons savent charmer autrement que par des styles popularisés par Sly & The Family Stone ou Yes. Ainsi avec l’invité Youss (ex-Intik), nous voilà partis pour un reggae du désert. Les graves du convive y contrebalancent admirablement les aigus bouillonnants de la chanteuse. Dans « Hyati » en revanche, les arabesques ensorcelantes embaument un ethno-rock dont le groove irrésistible tranche avec les guitares au désarroi « gothique ». Enfin, la liste ne saurait être complète sans « Dadda ». Morceau berçant mais aux mélopées étourdissantes, il met à nouveau en exergue ce goût pour les contrastes. Ainsi, énergie, complicité, et versatilité ont jalonné le rock protéiforme d’Amel Zen et de son groupe.

Avec Nawel Ben Kraïem et Amel Zen, deux voix admirables se sont succédé sur la scène du Tamanoir le soir du 26 septembre 2026. Autour de leur formation respective, les chanteuses ont voulu partager des moments aussi bien lumineux que sombres. Et à travers la participation de quelques invités, c’est aussi leur esprit de camaraderie qui s’est dévoilé.

https://www.nawelbenkraiem.com/

https://www.facebook.com/AmelZen?locale=fr_FR

 

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