Live report Long Distance Calling
2026
Lucas Biela
Live report Long Distance Calling, au Café de la Danse, Paris, le 31 octobre 2026

L’idée de Garmonbozia d’organiser le concert de Long Distance Calling au Café de la Danse était assez pertinente. En effet, avec ses gradins, cette salle permet de prendre de la hauteur… de vue. Et pour se plonger dans la musique de nos Allemands, toute instrumentale et pleine de contrastes qu’elle est, on en a bien besoin. J’ai lâché le mot, « contrastes ». Ceux-ci vont en effet occuper une bonne partie de l’article. Formation de post-rock/metal, Long Distance Calling a vu le jour il y a vingt ans. Depuis, ils ont sorti pas moins de neuf albums. Avec The Phantom Void, leur dernier en date, ils se sont lancés dans une tournée européenne passant par Paris. Comme toute bonne formation de rock instrumental, l’héritage rythmique du funk des années 70 a son importance. On ne s’étonnera donc pas qu’un tiers des pièces interprétées repose sur un groove obsédant. Ainsi, quand la rythmique de « The Spiral » nous fait dodeliner de la tête, on se ronge en revanche les sangs à l’approche des guitares alarmées. Mais déjà la rencontre des opposés se profile. Au tumulte répond en effet la sérénité. Inquiétude et tranquillité se suivent pour mieux retenir notre attention. Aussi, l’ami Bruno Dassy (chroniqueur à ses heures dans nos colonnes) qui m’accompagne me fait-il remarquer que le batteur est excellent. Je ne peux qu’approuver, d’autant plus que pas moins de quatre motifs rythmiques se succèdent dans la composition. On en a vu deux, mais il faut aussi souligner les roulements menaçants qui se transforment en motif dansant quand les guitares s’agitent. Il y a de quoi être étourdi, me direz-vous ! Au rayon des morceaux au groove imparable, mentionnons également « Hazard ». Avec son rythme funky à balancer le chef (celui qui tient sur vos épaules, pas l’autre, hein !), on se prendrait presque pour le « King Of The World » de TOTO. Et, vous l’aurez deviné, c’est à nouveau les contrastes qui dominent dans le morceau. Pour preuve, quand la prudence saisit notre quatuor, la confiance les regagne progressivement. Après la dichotomie inquiétude/sérénité, voici la dualité confiance/prudence. Dans cette même pièce, on peut également se reposer au son des notes perlantes de la guitare et des frappes décontractées de la batterie. Mais pas trop longtemps, car les riffs menaçants ne tardent pas à venir nous secouer. Par ailleurs, alors que « The Spiral » nous baignait dans un groove tendu, c’est à l’inverse dans un swing détendu qu’« Old Love » nous plonge. Les ondulations de la six-cordes prolongent même cette immersion. Oh, ne vous inquiétez pas, la tension ne tarde pas à venir avec les guitares angoissées et les rythmes fiévreux.
Avec « Sundown Highway », c’est le groove lui-même qui est pétri de contrastes. En effet, quand le doute s’installe par l’intermédiaire de la frappe prudente, l’espoir renaît à travers les cymbales euphoriques. La guitare prend ensuite le relai du questionnement quand les roulements conquérants déboulent. Et les contrastes se poursuivent quand la guitare reprend confiance face à l’accélération du rythme. Issu de l’avant-dernier album, « Eraser » fait aussi vaciller les têtes. Le groove accompagne cependant des guitares torturées. Et à nouveau, c’est un véritable festival de rythmes qui envahit la salle. On y entend aussi bien des roulements perplexes qu’un twist endiablé ou encore des frappes entraînantes. Les roulements circonspects qui accompagnent les guitares rongées par l’inquiétude nous amènent à faire le parallèle entre la musique de nos Allemands et celle de la scène rock gothique du Londres du début des années 80. À titre d’exemple, « Mare », avec son ambiance sombre, ses guitares angoissées et ses éléments tribaux répond parfaitement à la définition du rock gothique. Alors que « Black Paper Planes » se retrouve également dans cet esprit de communion avec les morts, des percées lumineuses l’émaillent. La surprise vient cependant de la marche triomphante dans un contexte de guitares grondantes. Les six-cordes perturbées et les motifs tribaux de « The Phantom Void » nous ramènent également à l’époque où les Joy Division et les Virgin Prunes faisaient trembler les salles de concert. Entre cavalcade majestueuse, ondulations placides et accélérations effrénées, les innombrables motifs rythmiques qui parcourent la pièce ont à nouveau de quoi donner la migraine. Les ambiances angoissantes du style qui a fait le succès de Siouxsie Sioux et de ses Banshees sont également à l’honneur dans « The Very Last Day ». La lumière n’hésite cependant pas à s’y frayer un chemin. Mais là où on reste bouche bée, c’est devant le caractère amusé du jeu de cymbales quand les guitares prennent une tournure sinistre.

Sur les autres morceaux interprétés, ce sont à nouveau les contrastes qui marquent les esprits. Ainsi, les notes perlantes dans « Immunity » consolent une guitare éplorée. Les volutes légères disparaissant dans un ciel azur font face à des signaux alarmés s’échappant d’une brume épaisse. Avec « A Secret Place », on apprécie les changements d’ambiance progressifs. Pour preuve, décontractée dans le sillage de guitares évanescentes, la batterie prend un air circonspect une fois immergée dans un milieu implorant, avant de s’affoler quand l’angoisse monte. Mais une fois la tranquillité d’esprit revenue, les fûts montrent leur côté enlaçant. Quelle belle maîtrise dans les transitions entre décontraction, tension et affection ! « In The Clouds », quant à lui, met en exergue les talents de médiateur de la basse. Celle-ci fait en effet baisser la tension quand le pouls s’accélère. Chez « Sinister Companion », on découvre des influences Iron Maiden quand les guitares épiques succèdent aux arpèges éplorés. Mais le clou de ce morceau réside dans son aptitude à faire vivre l’espoir quand les guitares grondantes travaillent à le torpiller. Une autre influence nous vient à l’esprit, cette fois-ci dans « Apparitions ». Quand les digues qui retiennent l’impétuosité des instruments finissent par céder, on croit déceler un clin d’oeil à « Astronomy Domine » de Pink Floyd. C’est également l’influence des partenaires les uns sur les autres que l’on y note. En effet, on sourit quand les cymbales amusées redonnent de l’énergie aux guitares pensives. Et alors que les six-cordes deviennent insistantes, c’est au tour des riffs menaçants de galvaniser les troupes. « Out There » montre aussi combien les uns inspirent les autres. Quand les guitares enjouées font leur entrée, le ton change et une mélodie touchante imprègne un passage éthéré. À l’inverse, quand la distorsion démange les six-cordes, la batterie suit le mouvement à travers ses rythmes ébahis.

La musique de Long Distance Calling est comme un grand 8. En effet, des orages alternent avec des éclaircies, des accélérations font suite à des moments plus lents, et le doute croise la confiance. La complicité est évidente entre les membres du groupe, et va jusqu’à orienter les changements de direction dans les pièces. La qualité (« Deutsche Qualität » serais-je tenter de dire) est au rendez vous, les ovations du public ne manquant pas de le rappeler. Le groupe est en tournée actuellement dans toute l’Europe, n’hésitez pas à aller les soutenir si vous êtes proches d’une des salles les accueillant.
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Crédit photo 2 : Wil Delissen