Live report Arnaud Roulin, au Studio de l’Ermitage, Paris, le 2 septembre 2026
2026
Lucas Biela
Live report Arnaud Roulin, au Studio de l’Ermitage, Paris, le 2 septembre 2026

L’un jongle entre la liberté du jazz et la majesté du classique, l’autre crée des ambiances cinématiques. Il s’agit du pianiste Arnaud Roulin et de son acolyte Nicolas Villebrun aux machines. Ensemble ils nous plongent dans un univers où réalité et fiction se rejoignent pour ne faire plus qu’un. Le piano nostalgique égrène les souvenirs d’une vie mouvementée tandis que les nappes émouvantes nous font vivre les moments les plus poignants d’un mélodrame.
S’inscrivant dans le cadre du festival Jazz à la Villette, le concert est interprété d’un seul tenant, sans interruption, comme s’il s’agissait de la bande-son d’un film aux nombreux soubresauts. En effet, même si la mélodie est au centre des préoccupations, ce sont bien les nombreux développements l’accompagnant qui parviennent à nous tenir en haleine tout au long du set. Ainsi, quand les notes graves se dispersent au vent, ou quand le piano enjoué prend par la taille les nappes peinées pour les entraîner dans une danse en apesanteur, notre attention ne manque pas d’être saisie au vol. Par ailleurs, les inspirations classiques d’Arnaud transparaissent plus volontiers lorsqu’il se retrouve seul. S’ensuit alors un lyrisme romantique où se succèdent chagrin et entrain, douceur et emportement, toujours avec une maestria qui nous subjugue. Sur un autre plan, outre les effets cinématiques mentionnés avant, quand ce ne sont pas les boucles typiques de Tangerine Dream, c’est un mystère digne de celui qui imprégnait les compositions de l’éphémère duo Besombes-Rizet qui nous surprend. Mais ne restons pas fixés sur les années 70. La décennie suivante est également à l’honneur puisque les sons produits par Nicolas portent également la fantaisie des génériques de publicité auxquels Suzanne Ciani avait contribué. Il n’y a pas à dire, Arnaud, tout comme son compagnon de scène, savent occuper avec brio l’espace sonore.

Néanmoins, comment se passe la collaboration entre les deux ? Eh bien, ils peuvent se mettre autant d’accord que confronter des points de vue différents. Ainsi, le moment où la noirceur du piano est amplifiée par les sons lugubres des machines est assez marquant. Dans cette même pièce, pendant que les notes perdues dans l’infini de l’espace assoient une atmosphère sombre, le piano contribue au suspense en allongeant les phrases et en changeant de thème entre deux séries de notes. C’est véritablement un des clous de la soirée. Mais nos deux hommes sont très forts pour jongler avec les ambiances. Ainsi, à côté des tourments retrouve-t-on l’humour. On revient aux facéties décrites plus haut. Entre les effets à la Suzanne Ciani et les doigts qui virevoltent le long des touches, c’est une complicité de toujours qui lie nos deux partenaires. Cependant, si l’un arrive à suivre l’humeur de l’autre, il n’en est pas toujours le cas. Cela donne alors lieu à des situations qui retournent le cerveau. J’en veux pour preuve les nappes caressantes qui composent avec des touches plus troublées, ou encore ce bouillonnement fantastique qui tranche avec la solennité du piano. Que de contrastes, mais quel enivrement à leur contact !
Lors de leur passage au studio de l’Ermitage le 2 septembre 2026, Arnaud Roulin et Nicolas Villebrun ont composé une belle mosaïque où les grands espaces des synthés rencontrent avec bonheur les états d’âme du piano. Pas de fioriture, pas de temps mort, pas de prise de parole inutile, juste de la musique qui nous transporte dans un univers aux confins du réel et de l’imaginaire.