IQ – Resistance

Resistance
IQ
Giant Electric Pea
2019
Christophe Gigon

IQ – Resistance

IQ Resistance

Si IQ n’a jamais connu la notoriété de ses coreligionnaires de Marillion, avouons qu’il n’a jamais non plus vécu les pannes d’inspiration ni les errements stylistiques de la bande d’Aylesbury. Depuis sa naissance à la fin des années 70, la formation britannique se permet le luxe de sortir un album magistral à chaque fois. Certes, l’évolution musicale (très progressive) du quintette ne permet pas de déclarer qu’elle précède les modes ou qu’elle crée des attentes démesurées ; il n’empêche, ce douzième album impressionne. Non contente de prouver sa maîtrise instrumentale à chaque instant, la fine équipe nous fait croire qu’elle rajeunit à chaque disque.

Alors que Marillion ou Anathema deviennent de plus en plus mollassons à chaque nouvelle parution, sans même évoquer Yes ou Mike Oldfield, définitivement endormis, IQ se fortifie à chaque disque. Il suffit d’écouter la frappe monumentale du batteur Paul Cook (64 ans au compteur !) ou la verve intouchée du vocaliste Peter Nicholls (61 ans !) pour ne plus en croire ses oreilles ! Ce disque ne peut pas être le fruit d’une troupe de vétérans sexagénaires

IQ Resistance band 2

Et pourtant…IQ aurait à en remontrer à plus d’une jeune pousse. Peu de si vénérables institutions restent capables d’une telle démonstration de vitalité à un moment si avancé de leur carrière. Sans compter que le line up est (presque) le même qu’à la sortie de leur première cassette autoproduite Seven Stories Into Eight, en 1982. Seul le jeunet Neil Durant a remplacé le démissionnaire Martin Orford, retiré des affaires. Signalons, au passage, que la touche du bonhomme manque un peu : ses arpèges de piano délicats ou diaboliques ne peuvent être remplacés par des accords de puissance de grandes orgues, aussi sonnantes soient-elles.

Certes, The Road of Bones, sorti en 2014, avait rassuré : non seulement aucune perte d’inspiration n’était à relever mais, en plus, le son se montrait plus agressif, plus dynamique et plus moderne. A l’instar des albums Pure et Passion de leurs amis de Pendragon, IQ s’est peut-être dit que le rock progressif mâtiné de metal semblait avoir le vent en poupe depuis l’avènement d’Opeth, Dream Theater et autres Porcupine Tree. Et l’essai, entamé déjà partiellement en 2009 avec Frequency, s’est mué en postulat esthétique pour les deux disques qui lui succédèrent. Alors, qu’écrire sur ce dernier acte de résistance du groupe anglais ? Que l’on peut comprendre qu’une nostalgie compréhensible frappe les adulateurs des sublimes Ever (1993) ou Subterranea (1997), indépassables trophées de rock néo-progressif inspiré et émotionnellement éprouvant. Il est évident qu’il était inutile de continuer de prospecter dans de telles contrées, absolument épuisées par les fulgurances mélodiques des deux galettes précitées. Il s’agissait donc d’orienter la recherche vers d’autres terrains moins labourés. Ainsi, le choix de durcir sa musique, tout en restant mélodique et progressif, se comprend aisément. Avouons que l’exercice semble plus naturel pour IQ, qui n’a jamais dédaigné les rythmiques appuyées, que pour Pendragon dont la structure musicale principalement axée sur les soli « gilmouriens » de Nick Barrett pouvait souffrir de ce côté « gros musclé » malheureusement trop appuyé par la frappe exagérée de Scott Higham. Pas de perte d’ADN pour les natifs de Southampton mais une évolution concertée et maîtrisée. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter le morceau d’ouverture, le très rentre-dedans « A Missile », sorte de « The Wake » sous stéroïdes. Malgré sa longueur conséquente, ce plat de résistance reste digeste, même si, inévitablement, des séquences plus ordinaires peuvent se profiler. Mais le cap est maintenu : un sommet. Si Ever restera à jamais le signe clinique de leur apothéose néo-progressive, cet opus enflammé marque dans le marbre la solidité de leur maturité plus appuyée.

IQ Resistance band 1

Ce double album fastueux jouit, comme toujours, d’une production parfaite et dynamique (merci Mike Holmes, guitariste et producteur habituel). Mais comment comprendre que des « petits » groupes comme IQ ou Lazuli puissent proposer des « mises en son » si ébouriffantes alors que des ténors, autrement plus fortunés, comme Marillion, Yes ou Dream Theater, se contentent de « mises à plat » proprettes mais sans relief ? Resistance ravira les amoureux des productions étincelantes (Talk de l’« autre » Yes, ou Milliontown des géniaux Frost*). A cet égard, la piste d’anthologie que représente « The Great Spirit Way », du haut de ses vingt et une minutes de maestria diabolique, vaut mieux qu’un long commentaire. IQ devrait jouer sur les scènes foulées par Muse. Mais il sait qu’il est bien mieux à sa place, bien caché et aimé des passionnés reconnaissants.

https://www.iq-hq.co.uk/

 

2 commentaires

  • pat

    Ouais bof ! Bon album certes mais à mon gout trop long et trop linéaire, on ne retrouve pas l’impact mélodique et émotionnel de chef d’oeuvres comme Ever or The road of bones . Cela étant j’aime toujours autant ce groupe depuis maintenant 35 ans .Un autre bémol à la chronique de Christophe , Marillion n’est pas si mollasson que cela , les avoir vu au Radiant en Décembre a été grandiose tant au niveau de l’énergie que de l’émotion dégagée par cet immense H Prenez soin de vous

    • Karadok

      Bonjour

      D’accord avec Pat. C’est pas le plus grand album d’IQ. En tout cas très loin de l’immense Road Of Bones, de Frequency et même de Dark Matter…et bordel, où sont passés les solis tranchants et ciselés de Mike Holmes ?
      Et Marillion est loin d’être mou! J’étais également présent au Radiant et il ne m’a pas donné l’impression de ramollir! Et puisque l’on parle de déception, je mettrais dans la même veine le dernier F.King.
      Voila c’est dit! Portez-vous bien.

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