Pendragon – Love Over Fear

Love Over Fear
Pendragon
Toff Records
2020
Fred Natuzzi

Pendragon – Love Over Fear

Pendragon Love Over Fear

Cinq ans après le sombre Men Who Climb Mountains, Pendragon revient avec un nouvel opus, Love Over Fear. Particularité : la tournée commence quasi simultanément avec la sortie de l’album, et c’est donc en concert que j’ai pu découvrir Love Over Fear en entier, sur la scène de la Maroquinerie à Paris, mardi 3 mars. Exercice difficile que d’écouter pour la première fois un nouvel album en live. En effet, les morceaux sont inconnus et forcément l’écoute est biaisée pour qui connaît le groupe, car obligatoirement on attend des moments de bravoures, des solos d’anthologie, une atmosphère familière et plein d’autres choses. Et si l’on n’a pas ce que l’on veut assez rapidement, l’esprit ne peut s’empêcher de se dire que l’album n’est pas forcément à la hauteur. La prise de recul et l’abandon dans la nouvelle musique jouée requiert une volonté de l’auditeur pas si évidente que cela. La dernière fois que j’avais fait cet exercice remonte à un concert de Porcupine Tree qui présentait en intégralité Deadwing. Un moment dans lequel je n’ai eu aucun mal à m’abandonner, surtout lorsqu’est arrivé « Arriving Somewhere But Not Here ». Mais ça c’est une autre histoire. Revenons à Pendragon. Love Over Fear, en live, gagnerait peut-être à être amputé d’un ou deux titres. 1H10 de nouveautés, c’est long, surtout quand on sait que la Maroquinerie donne un couvre-feu qui va écourter le set (et que la chaleur qui règne dans ce lieu détourne de temps en temps l’attention…). Il n’empêche, Love Over Fear est un retour en grâce. On retrouve (beaucoup) de l’ancien Pendragon, celui qui nous a tous porté dans un univers magique où il faisait bon rêver. Les séquences atmosphériques et les titres plus festifs ramènent Pendragon à une approche aux racines de sa musique. Les derniers opus pêchaient par un excès de sérieux, même si la qualité a toujours été au rendez-vous de ce groupe, pas seulement de rock progressif, et c’est bien ce qui les fait émerger de la masse dont la production actuelle n’est pas vraiment intéressante. Du coup, une fois les premiers titres passés, ce ne fut que du bonheur ! Et donc l’album en studio aussi.

Pendragon Love Over Fear Band 1

L’intro de « Everything » surprend (et peut faire peur !) par le son de claviers choisi par Clive Nolan (un peu dépassé non ?) et par la batterie intensivement frappée, le tout pendant une grosse minute avant que n’arrivent les sonorités si familières de Pendragon, dont la fameuse guitare électrique de Nick Barrett qui nous ramène en terrain conquis. Accompagné de guitares acoustiques classieuses (tout au long du disque d’ailleurs), le titre, même s’il est finalement très classique pour Pendragon, rappelle les belles heures du groupe.  Le morceau s’enchaîne sur une ballade qui met en avant la voix de Nick Barrett soutenu par un piano magnifique pour « Starfish And The Moon ». Superbe mélodie vocale, un petit solo de guitare qui fleure bon l’époque The Window Of Life, la larme peut fleurir à l’œil du progueux en manque de sensation Pendragonnienne, ou tout simplement à celui de l’amateur de jolies mélopées. Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas eu un morceau qui recherchait autant l’émotion chez le groupe. Une réussite. « Truth And Lies », pièce atmosphérique et évolutive superbement construite, montre le combo britannique en grande forme. La frappe de Jan Vincent Velazco va se démarquer légèrement sans en faire trop, soutenu par la basse texturale de Peter Gee. Velazco n’est pas un Gavin Harrison, mais il arrive à teinter le titre de sa présence (et sur beaucoup d’autres morceaux d’ailleurs), ce qui n’est pas une mince affaire chez Pendragon, tandis que la guitare de Barrett resplendit comme jamais.

Un morceau festif ? Ok. C’est « 360 Degrees ». Accompagné de sa mandoline, Barrett nous gratifie d’un titre comme sorti tout droit d’un pub en Cornouailles, violon à l’appui. Un petit bonheur. Retour à l’atmosphérique avec « Soul And The Sea » avec un gros travail émotionnel sur l’instrumentation, un peu comme si Barrett s’était tourné à nouveau vers Anathema mais cette fois-ci en réussissant à transposer leur univers dans le sien. Ahhhh ce riff de piano… suivi de cette envolée Marillionnienne. Pendragon, en un seul instant, redore le blason du néo progressif et fait oublier les bouses qui inondent le marché. « Eternal Light », je pense que Steven Wilson ne l’aurait pas renié, tout du moins dans sa première partie, même si le groupe n’essaye pas du tout de jouer dans sa cour. Un essai pop prog plutôt intéressant, même si le côté pop est abandonné dans la deuxième partie du morceau. C’est peut-être le titre le moins réussi de l’album à mes oreilles, la fin lorgnant largement sur le « Entangled » de Genesis avant malgré tout un très beau dénouement. Le début de « Water » remettra tout le monde d’accord, Nick Barrett pour cet album, est très inspiré et la basse de Peter Gee n’aura jamais sonné autant jazzy que sur ce morceau. On retrouve des sensations du Pendragon années 80 augmenté d’un son moderne et abouti.  Un morceau qui se développe admirablement avec encore une fois des soli de guitare à tomber. « Whirlwind » reprend les bases de ce piano magnifique qui parsème Love Over Fear et développe une ballade émotionnelle au temps suspendu que Steve Hogarth aurait pu chanter. Oui, on est à ce niveau d’interprétation, c’est dire la qualité de la chose.

Pendragon Love Over Fear Band 2

« Who Really Are We ? » réenclenche la machine avec une intro splendide qui rappelle un peu « Indigo » de Pure. Etonnamment le titre enchaîne avec une partie plus acoustique puis stoppe la machine pour être plus calme et sérieux, un peu comme la totalité du dernier IQ, Resistance, un pavé pour ce dernier qui se révèle finalement assez indigeste (mais on n’est pas tous d’accord là-dessus à la rédaction de C&O !). Heureusement pour nous, ce moment, qui rappelle également les moments sombres des derniers opus du combo, ne dure pas. Cependant, Barrett a décidé de contenir sa voix sur ce morceau qui aurait peut-être gagné à être plus agressif, ou tout du moins plus percutant, à l’instar de ses soli de guitares et de cette fin si prenante. « Afraid Of Everything » clôt en douceur Love Over Fear, et soulignons encore une fois le travail au piano qui crée une émotion particulière réellement différente de celle qui se dégage des guitares. Un vrai plus pour cet album. Bien entendu, le titre met en valeur tous les musiciens dans un développement instrumental qui ne cherche jamais à impressionner et qui sert de conclusion à un excellent opus.

Pendragon Love Over Fear Band 3

Paradoxalement, on ne reprochera pas à Pendragon d’être revenu à des sons et des compositions qui rappellent celles des années 80 et 90. On les remerciera plutôt et on célébrera ce retour en grâce comme il se doit. L’album est lumineux, serein, fait du bien. Et contrairement aux deux ou trois derniers albums, aucun des titres présentés n’est trop long. Tout est bien concentré, mesuré et bien équilibré. Les musiciens n’ont jamais sonné aussi divinement, les soli sont inspirés, les compositions solides, bref Love Over Fear est peut-être tout simplement leur meilleur album.

http://www.pendragon.mu/

 

9 commentaires

  • Karadok

    Bonjour
    Énorme déception pour ma part. Mou, mièvre, facile et vite oublié.
    D’ailleurs, c’est la tendance générale chez les ténors du prog. Les derniers Arena, Flower kings, IQ, Opeth, suivent le même chemin. Bref, ça tourne en rond…
    Karadok

  • Christian Aupetit

    Ah bon la production actuelle dans le rock progressif n’est pas vraiment intéressante ??? On ne doit pas écouter les mêmes choses alors… IQ, Pendragon, Chasing The Monsoon, Lazuli, Minimum Vital, SoundDiary, Dreaming Madmen, Il Giardino Onirico, Moon Halo, Zio, je pourrais continuer encore la liste des choses qui me plaisent beaucoup actuellement…

    • Karadok

      Salut Christian
      je ne parlais que des ténors »; les moins connus que tu cites sont effectivement plus intéressants notamment Chasing The Monsoon, Lazuli, SoundDiary, Dreaming Madmen, Moon Halo, Zio…
      Karadok

      • Frédéric Natuzzi

        Hello

        Je pense que Christian fait référence à ma phrase ! C’est intéressant d’ailleurs comme c’est la seule chose qui fasse réagir au lieu de parler du disque. Je suis d’accord avec toi Karadok, les derniers IQ (alors que j’adore ce groupe), Flower Kings (qui sont mous du genou depuis très longtemps) et Opeth (qui tourne en rond) sont vraiment décevants. Pour moi Pendragon, c’est le haut du panier.

        • Serge PC

          Merci Frédéric pour cette chronique. Pas facile évidemment de découvrir un album en live… vous auriez peut-être eu un avis différent en ayant découvert l’album en amont. J’ai découvert Pendragon avec The world en 1992. Et selon moi, Love over fear est l’apogée du groupe, l’album de la maturité et de la sérénité. C’est d’ailleurs la première fois je crois qu’ils jouent tout un nouvel album en 1ere partie de concert, c’est dire la confiance qu ‘ils ont en leur opus. Pour moi il n’y a aucun titre faible, l’album est très homogène et varié, il y a des sonorités dont on n’a pas l’habitude chez eux (violon notamment, en live c’est trop bon!), et plus que tout, c’est leur humilité, leur accessibilité et leur bonhommie qui font plaisir, en plus d’une musique émotionnelle et lumineuse. Je les aime plus que jamais, en espérant que les concerts annulés ne soient que reportés. Longue vie à eux !

          • Frédéric Natuzzi

            Oui Pendragon est resté un groupe humble ! J’adore cet album, ne vous méprenez pas (et je le confirme en fin de chronique ;)), c’est juste qu’en live, sans connaître les titres, c’est toujours plus difficile de rentrer dans le concert. Merci de nous lire Serge !

          • Serge PC

            Toutes les chroniques que j’ai pu lire jusque là, francophones ou anglophones, sont unanimes sur la qualité de l’album et sont à l’unisson de l’accueil que les fans en ont fait. D’ailleurs, je crois que, plus que jamais, les fans admirent et aiment autant les gars et les filles du groupe, que la musique en elle-même…c’est aussi ce qui fait que ce groupe est si attachant !

  • Animal 974

    Karadok a raison et me conforte sur mes positions même si l’album a été plutôt bien accueilli. Aussi le prog change avec parfois des premières réalisations surprenant et admirable (Emergence de Marsyas par exemple).
    Les goûts et les couleurs…

  • Tioub

    Bonne critique pour un excellent album. S’il est vrai que l’on retrouve les sensations du Pendragon des années 90, la musique, elle, est moderne au point de donner un coup de vieux aux mélodies de cette période.
    Quant au concert on y retrouve les qualités de l’album: maturité et sérénité . Des musiciens talentueux qui nous immergent dans leur monde musical pour notre plus grand plaisir.

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