Hommage à Alex Ligertwood (1946-2026)
2026
Lucas Biela
Hommage à Alex Ligertwood (1946-2026)

Le chanteur écossais Alex Ligertwood nous a quittés le 30 avril 2026 à l’âge de 79 ans. Il avait beau ne pas être très exposé médiatiquement, il n’en reste pas moins un de mes chanteurs préférés. Le grand public l’a découvert à partir de la fin des années 70 quand il a rejoint Santana. Ce fut alors le début d’une longue collaboration avec le fameux guitariste. Mais quand on regarde de plus près le CV de notre natif de Glasgow, on s’aperçoit qu’avant de jouer avec l’auteur de « Black Magic Woman », il présentait déjà un beau palmarès. Ayant fait ses armes dans les années 60 avec un groupe de reprises soul appelé The Senate, il s’est fait remarquer de Jeff Beck, avant de participer au projet TROC. Ce dernier comprenait l’immense André Ceccarelli à la batterie et d’anciens et futurs membres de Magma. Malgré un line-up impressionnant et un retour inattendu près de quarante ans plus tard, le groupe n’a pas fait long feu, laissant néanmoins derrière lui quelques pépites de jazz-rock comme « Truth Vérité » ou « Stick Time ». Et comme si sa rencontre avec Jeff Beck, André Ceccarelli ou Jannick Top n’avait pas suffi, Alex s’est rapproché à la même époque du claviériste Brian Auger, déjà connu pour son groupe The Trinity avec Julie Driscoll. Notre chanteur n’a pas hésité non plus à accompagner ses compatriotes d’Average White Band, renouant alors avec la soul qu’il apprécie tant. Et c’est effectivement ce dernier style qui infuse la voix de notre ex-TROC. Chaleur, vigueur et éclat se dégagent de ce chant forgé aux sons de la Motown. Un autre claviériste talentueux, David Sancious (du célèbre E Street Band), n’y a pas été insensible. C’est ainsi qu’il a fait appel à notre Écossais pour le magnifique album True Stories (voir extrait plus bas), produit par un certain Eddy Offord (ELP, Yes, mais aussi The Trinity, tiens tiens…).
Une fois que le passage chez Carlos Santana lui a permis de gagner en visibilité, notre homme a également été courtisé à deux reprises par un autre géant de la guitare, Steve Morse. Il a ainsi fait partie des deux chanteurs (l’autre étant Patrick Simmons des Doobie Brothers) présents sur le dernier opus des Dixie Dregs, Industry Standard, avant la reformation à la fin des années 80. De même, dans le choix difficile des voix pour l’album Stand Up du Steve Morse Band, c’est Alex qui s’est retrouvé sur le morceau-titre. D’autres collaborations prestigieuses ont suivi, notamment avec deux noms qui me tiennent à cœur dans le monde du smooth/jazz-rock. Il y a ainsi eu des sessions pour Spyro Gyra, à l’époque où leur leader, Jay Beckenstein, se faisait connaître des fans de Dream Theater. Et peu de temps après, a démarré avec l’album-hommage Tribute To Jeff une longue collaboration avec David Garfield (Karizma, Los Lobotomys). Cependant, il ne faut pas oublier le projet éphémère (un autre après TROC !), Metro, au mitan des années 90. Sur cinq morceaux d’un westcoast/AOR aux ambiances raffinées, Carl Verheyen (Supertramp, Chad Wackerman) et l’ancien acolyte de Santana, Richard Baker, se sont pris au jeu.
Avec sa voix ardente, Alex Ligertwood savait donner du corps et de l’âme aux pièces qu’il interprétait. On continuera à s’émouvoir d’un chant qui met tellement bien en pratique les conseils de son auteur : « Appréciez la musique. La musique est si profondément ancrée dans l’humanité qu’elle guérit. Elle peut être source de grâce et d’épanouissement. Alors, écoutez. »