Karcius – Black Soul Sickness

Black Soul Sickness
Karcius
Autoproduction
2026
Palabras De Oro

Karcius – Black Soul Sickness

Karcius - Black Soul Sickness

Les Montréalais de Karcius reviennent nous donner leur interprétation des tréfonds de l’âme humaine avec le pandémique Black Soul Sickness. Après The Fold (2018) et Grey White Silver Yellow & Gold (2022), il s’agit du troisième volet de ce périple abyssal et torturé imaginé dans les textes de leur brillant et convaincant chanteur Sylvain Auclair. Leur leader, Simon L’Espérance, se charge, comme à l’habitude, des compositions, bien qu’il faille noter une contribution plus importante de la part de ses compères.
Ce qui frappe dans cet opus, c’est que Karcius a sérieusement monté les potards au service d’une noirceur beaucoup plus accentuée que sur Grey White Silver Yellow & Gold. C’est qu’il faut illustrer, dixit le groupe « la perte, l’obsession et la renaissance ». Alors les compositions de Black Soul Sickness sont en majorité très pesantes et se renforcent souvent au long de chaque titre, un peu façon post-rock.

Karcius - Black Soul Sickness band1

Pour « Willow », le pavé introductif de treize minutes, ça démarre en douceur sur une base d’arpèges de guitare intimistes de la part de Simon L’Espérance pendant la durée d’un single des années 80, soit trois minutes environ. Ça me fait toujours autant rigoler de se dire que ce qui, en termes de durée, constitue une chanson complète pour un ado lambda n’est en fait qu’une mise en bouche pour un progueux. Bien sûr, ensuite, on assiste à un enchaînement de tableaux dans lesquels la basse de Sylvain Auclair se taille la part du lion. Par moments, il m’a semblé respirer un parfum de Six Degrees Of Inner Turbulence, aux plus grandes heures de Dream Theater, avec ces parties pop ou purement metal progressif qui enflent au fur et à mesure que le titre progresse et que Sylvain Auclair fait rugir ses cordes vocales. Il y a aussi cette touche d’inquiétude générée par la tonalité satanique de certains accords qui me donne des frissons et me renvoie aussi vers cet album. On ressortira de « Willow » le long et inventif solo de clavier de Sébastien Cloutier assorti d’un emballage particulièrement dynamique de la part de la batterie pulsative de Thomas Brodeur. Je ne veux pas sombrer dans le jeu des comparaisons à outrance, mais le très nerveux « Out Of Nothing » qui lui succède m’a rappelé les Suédois d’Evergrey. Son refrain est diablement accrocheur avec, cependant, une pointe de désespérance. Ce rythme élevé n’est pas une spécialité de Karcius. On appréciera donc tout particulièrement ce titre alternatif aux bits régulièrement surmultipliés. Pour « Darkest Heir », c’est l’immersion totale dans l’univers sombre créé par le quatuor. Sylvain n’y va pas par quatre chemins. Les couplets sont carrément growlés, les tonalités sont ultra-graves, la souffrance mentale transpire sous chaque accord paraissant issu d’outre-tombe. La monstrueuse partie instrumentale que recèle ce morceau est en apparence déstructurée, mais retrouve une cohérence lorsqu’elle s’ingénie à bâtir un mur sonore d’une puissance phénoménale, et ce, sur fond de nappes de claviers tristes à en mourir. Quelle claque ! Décidément, nos étonnants Canadiens ont encore décidé de jouer sur l’effet de surprise en proposant la sympathique et courte ballade « Slow Down Son », mi-acoustique, mi-groovy, sur laquelle on se surprend à marquer la mesure à coups de hochements de têtes. Ce pas en direction du groove n’est pas un feu de paille. En plus musclé, « Rise » demeure dans ce registre sous la pression d’une section rythmique emballante bien que mid-tempo. Un peu comme dans « Darkest Heir », la gravité des accords s’accentue pour une fin de plage en béton (c’est bien connu que les plages sont de plus en plus bétonnées). Avec « Awakening The Spirit », nos Montréalais décident de bouger le curseur vers un peu plus de légèreté, l’occasion de mieux apprécier l’énorme travail réalisé sur les chœurs. Ici aussi, la fibre post rock du groupe s’exprime totalement. L’intensité monte régulièrement pour nous amener vers des soli de guitare et de claviers ahurissants sur une rythmique pachydermique et dramatique au possible. Esprit, es-tu là ? Assurément oui. Chez moi la table se met à tourner et les verres dans les vitrines à cliqueter. Vais-je devoir clouer mon lit au sol pour passer une nuit tranquille ? Pendant un temps, j’ai cru que Karcius allait m’y aider avec le début éthéré de « Dusting My Coat ». Peine perdue ! Insensiblement, la chanson enfle et s’amplifie pour se terminer en coup de poing dans la tronche. Pour la paisibilité de ma nuit, c’est raté… contrairement à Black Soul Sickness qui, loin d’être raté, est une grande réussite, mes cauchemars en témoignent.

Karcius - Black Soul Sickness band2

La trilogie se termine en apothéose pour Karcius, sûr de son art et de ses messages magnifiquement mis en musique et en paroles. Cette « maladie de l’âme noire » m’a contaminé et je pressens qu’aucun remède ne pourra m’être prescrit pour m’en délivrer. Mais, après tout, faut-il s’en affranchir ? Tel un film d’horreur, le plaisir est dans les frissons qui m’ont parcouru le corps et l’esprit tout au long de cette écoute. Les paris sont ouverts pour deviner le thème de l’album suivant. Je pencherais bien pour un exorcisme… histoire de m’en sortir tout de même vivant.

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