Groove Moose – The Source

The Source
Groove Moose
South Shadow Studios
2025
Thierry Folcher

Groove Moose – The Source

Groove Moose The Source

À l’approche de l’été, je recherchais un disque festif rempli de rythmes ensoleillés, de discours légers et de mélodies accrocheuses. Un divertissement plutôt joyeux qui ne mettrait pas au supplice nos amis lecteurs de Clair & Obscur. Ainsi, lorsque les gars de Groove Moose et leur album The source se sont pointés dans mon environnement musical, cela ne semblait pas gagné d’avance. Avant même de découvrir la moindre note de musique, les seuls éléments en ma possession étaient une pochette et un titre affichant un mysticisme certain, pour ne pas dire appuyé. D’autant que le premier titre portait le nom évocateur de « Shiva, Pt. 1 ». Peu importe, j’avais envie de l’écouter et de me rendre compte par moi-même du contenu proposé. Dès les premiers instants, j’ai su, non seulement que je faisais fausse route, mais qu’en plus, je tenais là un bon client pour répondre à mes attentes. J’avais oublié une chose, la formation s’appelait Groove Moose et cela ne pardonne pas quand on affiche aussi clairement un tel patronyme. Car oui ça groove et ça s’amuse durant quarante minutes de bonnes vibrations et de jam à faire fondre la banquise. Il ne restait plus qu’à expliquer le nom de Moose. Tout simplement celui du chien d’un ami qui passait par là pendant que le groupe s’efforçait de trouver la meilleure identification possible. Les deux mots se sont associés presque naturellement et la jeune carrière de Groove Moose pouvait alors commencer. Retour en 2010, lorsque Robert Nicholas Titolo et Zack Henry Johnson ont posé les premiers éléments d’une musique qu’ils voulaient avant tout divertissante. Juste le besoin de s’éclater entre amis et de partager des moments de joie. L’histoire raconte que c’est lors d’une mémorable Saint-Patrick dans un bar de Milledgeville (petite bourgade située au sud d’Atlanta) que Groove Moose est véritablement né. Ensuite, les choses se sont enchaînées, le bouche-à-oreille a bien fonctionné et sans prétention aucune, le groupe est passé à la vitesse supérieure.

À l’instar de ses compatriotes de Phish ou de Widespread Panic, Groove Moose affiche une palette sonore assez remarquable. Du jazz fusion au funk en passant par le blues, le rock et le prog, sa musique est un authentique piège à auditeurs. Des ondes subliminales dont les effets sont particulièrement ressentis en live. Et c’est vrai que les interminables concerts qui caractérisent les groupes susnommés prennent un peu l’ascendant sur les sorties studio. Ils permettent surtout aux gens de communier directement avec les musiciens. Pas ou peu de tubes, juste une messe durant laquelle les fidèles adhèrent au spectacle sans retenue. Pour tous ces artistes, la scène et le studio ne sont pas complémentaires, ce sont deux mondes à part qui reflètent deux façons distinctes d’appréhender la musique. Mais revenons à The source, un disque fabriqué en studio qui mérite, lui aussi, toute notre attention. Ce nouvel opus suit le bien nommé Progress de 2023, qui marquait déjà une belle avancée par rapport aux premiers enregistrements. Les titres étaient mieux écrits et la diversité commençait à rendre la musique de Groove Moose plus attractive (le très touchant « On My Own », par exemple). Question variété, The source est encore un poil au-dessus. Les progrès constatés tout au long des dix morceaux sont significatifs et affichent une belle maîtrise dans les compositions et l’interprétation. La paire Titolo/Johnson (guitare, basse et chant) est désormais accompagnée par Tyler Dean à la batterie et Campbell Lee Mckinsie aux claviers. Un solide quatuor bien épaulé par le saxo de Noah Sills, la trompette de Keith White et les chœurs d’Hannah Zale et Carly Gibson.

Groove Moose The Source Band 1

Tout ce beau monde bien en place pour faire du court instrumental « Shiva, Pt.1 » une prometteuse entrée en matière. Juste après, « Refuge » sera un indicateur un peu plus précis. Le chant me rappelle la voix câline du regretté Serge Fiori et l’ambiance hésite entre jazz acoustique, pop alambiquée et construction progressive. Cela part un peu dans tous les sens et ces premières constatations vont sonner comme un avertissement. Ne cherchez pas de repères solides, laissez-vous emporter par la musique et les quelques fulgurances qui vont surgir çà et là doivent être perçues comme de véritables instants de plaisir. Un peu ce qu’il se passe sur « Treading Water » et ses multiples climats pour le moins dissemblables. Un rock sudiste pour commencer, une page calypso en guise de pont et une guitare de feu pour terminer. Pour moi, c’est ce concept « montagnes russes » qui me plaît dans la musique. Ne jamais laisser s’installer le répétitif et la routine. À ce sujet, je vais aller directement au morceau phare du disque, celui qui m’a conforté dans l’idée d’écrire cette chronique et qui devrait passionner les fans de rock progressif. « Feast Or Famine » se situe en plein milieu du repas et je peux vous assurer qu’il fait davantage penser à un festin qu’à une famine. Tout y passe : quelques bribes de blues pour débuter, une ambiance tendue qui finit par exploser, un poil du Genesis de « Turn It On Again », du hard rock bien senti pour montrer les dents et soudain un coup de grisou ! Un spectaculaire décrochage vers les limbes et la beauté évanescente d’une mélodie venue d’ailleurs. Voilà ce que j’aime dans la création musicale : l’imprévu, et j’ai beau me repasser ce titre maintes fois, je ne m’en lasse pas.

« Feast Or Famine » est certes une grosse sensation, mais loin de moi l’idée qu’il éclipse tout le reste. Les parties attrayantes sont si nombreuses qu’il est fort possible que votre attention se fixe ailleurs. Peut-être sur le reggae du morceau-titre « The Source » avec ses solos inspirés et son doux parfum retro rappelant le Graceland (1986) de Paul Simon. Ou bien, sur la formule concise et puissante de « Disease » avec un saxo et une guitare wah-wah complètement déchaînés. Les aspects musicaux sont tellement divers que l’ennui est impossible et les attentes délectables. Même lorsque le conformisme s’installe un peu comme sur « Snake In The Grass », rien ne peut troubler les bons moments passés et à venir. C’est le cas pour la pop exotique de « Doing Fine » avec ses cuivres évocateurs et son refrain entêtant. Et puis, se rendre compte comment fonctionne Groove Moose en format long n’est pas mal non plus. Les sept minutes de « Last Call » sont elles aussi à mettre dans le beau recueil des structures progressives à tiroir. Un sacré agencement de notes passant du calme à la tempête sans coup férir et offrant une succession d’interventions très réussies. La guitare, les claviers, les percussions, la basse, les chœurs et le chant sont tour à tour mis en avant tout en restant en étroite symbiose avec un ensemble soudé. C’est le souffle court et les oreilles charmées que « Shiva, Pt. 2 » se présente à moi pour clore cet album de la plus belle des façons. Un dernier grand moment, tout en jazz pianistique et cuivré, richement décoré et terriblement frustrant de le voir ainsi saluer la foule et tirer le rideau.

Groove Moose The Source Band 2

L’année dernière, à la même époque, je vous avais présenté l’album Chorus des Australiens de Mildlife. Un disque que je qualifiais de frais et d’insouciant. Des caractéristiques qui coïncidaient avec l’approche de l’été, des vacances et du besoin de ne plus se prendre la tête. Aujourd’hui, c’est The source des Géorgiens de Groove Moose que je vous invite à découvrir pour exactement les mêmes raisons. La volonté du groupe est de nous faire passer le meilleur moment possible en sa compagnie et je dois reconnaître qu’il y parvient sans difficulté. The source ne va rien révolutionner, ce n’est pas son intention. En revanche, la qualité, l’authenticité et l’honnêteté sont bien présentes dans ce petit miracle de l’édition musicale qu’il serait dommage d’ignorer.

https://www.groovemoose.net/

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