Frédéric Soulard – Get High

Get High
Frédéric Soulard
Nø Førmat !
2026
Thierry Folcher

Frédéric Soulard – Get High

Frederic Soulard Get High

Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es. Des compagnons de route, Frédéric Soulard n’en manque pas et parmi ceux que je connais et que j’adore, il y a bien sûr ses potes de Limousine et le non moins talentueux Piers Faccini. Deux références qui, pour moi, ont suffi à bien cerner le personnage. Get High est son premier album solo et sans rien dévoiler prématurément, je peux vous assurer que son voyage vers les sommets (dans tous les sens du terme) s’avère être une bonne surprise. Autre indication et pas des moindres, c’est le label parisien Nø Førmat ! qui produit l’album et qui s’affiche ainsi comme un gage de qualité. Et puis, il y a les relations que je découvre, à commencer par celle du violoncelliste Clément Petit avec qui il partage le projet Asynchrone. Plastic Bamboo (2023), leur premier travail en commun (toujours chez Nø Førmat !) est un étonnant hommage électro-jazz à la musique de Ryuichi Sakamoto. À tout cela s’ajoutent ses implications en tant que réalisateur pour les albums de Jeanne Added, Maestro ou encore Poni Hoax. Voilà, brièvement résumé, un petit tour au cœur des passions qui animent la vie artistique de Frédéric Soulard. Cependant, il serait incomplet de ne s’arrêter qu’à ses compétences musicales, car sa fascination pour la montagne en général et pour l’alpinisme en particulier est tout aussi dévorante. D’ailleurs Get High se présente comme un témoignage vibrant pour tout ce qui tourne autour de la découverte des sommets et des hommes qui les affrontent. Il paraît difficile d’écouter cet album sans avoir en mémoire ces images où l’extrême se mélange à la fascination. La similitude entre la beauté de ces paysages grandioses et la portée émotionnelle de la musique est tellement évidente que ce voyage vers une certaine forme de plénitude devait exister. Frédéric Soulard l’a entrepris pour nous, qu’il en soit remercié.

Rien de tel qu’une instrumentation variée, faite d’un habile mariage d’électronique, de matériel classique et de chants, pour accomplir ce périple étourdissant. Tout cela bien harmonisé sur dix titres (version CD) où chaque émotion transpire en fonction du thème abordé. Frédéric nous indique que l’aspect évocateur de la musique ambient se prête à merveille à ses intentions en donnant libre cours à l’inspiration et sans subir un quelconque format trop contraignant. Et c’est vrai que les premières comparaisons vont du côté de Brian Eno ou de John Hassell, deux experts en constructions de paysages oniriques et introspectifs. D’entrée, la nature et les hommes sont mis à l’honneur grâce aux sonneries d’alpage de « Mr Edward Whymper », un premier volet en référence à cet alpiniste britannique du 19e siècle bien connu dans la vallée de Chamonix. Alors, comment faire pour qu’une illustration musicale du 21e siècle se cale parfaitement sur un individu aussi ancien ? La magie de la technologie et la capacité de l’auditeur à se projeter dans l’espace et le temps font de ce premier morceau un excellent exercice pour bien entrer dans le processus créatif de l’artiste. Cette musique demande une participation de tous les instants et lorsque les boucles sonores de « Catherine Destivelle » entrent en jeu, c’est toute l’agilité de cette athlète hors du commun que l’on perçoit. La trompette de Tomasz Zietek intervenant par-dessus pour délivrer une impro jazz aussi surprenante que pertinente. Le travail de Frédéric est personnel et correspond à son vécu, à ses attachements et à sa vision hiérarchique des choses. Nous ne sommes que spectateurs et l’intimité de chaque épisode doit être respectée.

Frederic Soulard Get High Band 1

Son association dès le début du projet avec François Marry du groupe franco-britannique Frànçois and The Atlas Mountain est un symbole d’attachement à sa façon de retranscrire les émotions. Et c’est vrai que lorsque j’écoute « Cordillères », la voix peu conventionnelle et légèrement voilée de François Marry (aka Frànçois Atlas) fut pour moi une découverte de plus. Ici, les mots sont suffisamment évocateurs pour intégrer le concept et garder un lien solide avec la très haute altitude. Une ascension que le morceau-titre « Get High » va profondément dynamiser grâce à un beat répétitif et quelques effets percutants. Get High : être défoncé ou prendre de la hauteur ? Pour la traduction, c’est à vous de voir. J’en arrive à présent à l’émouvant « Disarray » écrit en collaboration avec Piers Faccini. Sur ce titre, l’émotion atteint son paroxysme et relie avec majesté le massif cévenol au massif alpin. Piers est un montagnard d’adoption qui porte un regard touchant sur la nature et ses beautés. La douceur de sa voix conjuguée au talent de mélodiste de Frédéric fait de cette chanson une des plus belles choses que j’ai entendues récemment. Un vrai pic émotionnel pour cette entente musicale entretenue depuis leur collaboration sur Shapes Of The Fall (coup de cœur chez C&O en 2021). Pas facile de passer à autre chose après ça, mais la tentation d’aller au-delà est la plus forte. La fascination est une chose, mais la prise de risque n’est jamais très loin et le tourmenté « Danger » nous rappelle à la vigilance. Ce qui a certainement manqué à Toni Kurz lorsqu’il a échoué dans sa tentative d’ascension de la paroi nord de l’Eiger. La longue rêverie de « La Ballade de Toni Kurz » servant de recueillement à toutes ces tragédies qui ont endeuillé la montagne, la trompette de Tomasz Zietek sonnant comme un véritable adieu aux soldats. Le retour de Piers Faccini sur « Ailefroide » (nom du hameau où l’album fut enregistré) remet de l’éclat sur ce décor assombri et « The Great Dance » se charge avec succès d’euphoriser cette fin de parcours. Le joli voyage tire sa révérence en douceur avec la chanson « La Neige Sur Ton Visage » chantée à nouveau par Frànçois Atlas et une fois de plus magnifiée par Tomasz Zietek.

Frederic Soulard Get High Band 2

La petite heure passée en compagnie de Frédéric Soulard et ses amis a filé très vite et je pense à tous ceux qui veulent écouter autre chose qu’une musique mainstream sans âme et un peu trop formatée. Clair & Obscur s’emploie à dénicher des artistes discrets qui répondent à vos besoins et qui vous tendent les bras. Les cibles se cachent souvent chez Nø Førmat ! ou chez d’autres labels comme Gondwana Records. Et ma mission de prospection dans leurs univers respectifs est à coup sûr très stimulante. En attendant de vous proposer d’autres découvertes, je vous invite avec insistance à rejoindre les hauteurs alpines et à recevoir la musique de Get High comme le cadeau offert par un homme aux grandes valeurs artistiques et humaines.

https://frdricsoulard.bandcamp.com/album/get-high-2

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