A Liquid Landscape – Rogue Planet

Rogue Planet
A Liquid Landscape
Glassville Music
2026
Palabras De Oro

A Liquid Landscape – Rogue Planet

A Liquid Landscape – Rogue Planet

C’est assez difficile de trouver des albums accrocheurs dans le genre rock progressif (ou art rock puisque c’est la mode d’utiliser plutôt ce terme) depuis un bon moment. Sans doute la faute à un manque d’originalité, mais peut-on réellement en vouloir aux groupes qui peinent à trouver l’inspiration dans un genre où tout semble avoir déjà été fait ? Alors, quand je reçois un album de rock progressif, j’essaye désormais de faire abstraction de cette course à la surprise pour m’attacher aux mélodies et laisser mon esprit se plonger dans un tissu d’arpèges et de sonorités à la beauté convaincante.

Mon critère à moi est, quand j’écoute, il faut le dire, un peu distraitement les albums que je reçois (il y en a tellement), s’il y en a un qui me fait soulever un sourcil puis me donne envie de le repasser après une impression de manque dès la fin de cette session, c’est bon signe pour me lancer dans une chronique. Force est de dire que ce Rogue Planet des Hollandais de A Liquide Landscape a eu toutes les qualités pour prendre ce créneau. À vrai dire, sur le principe, cet album me rappelle, dans un style différent, Le Miles From Nowhere du jeune Suédois Jonas Lindberg & The Other Side que j’avais chroniqué un peu dans le même état d’esprit. Un opus qui ne réinventait pas le rock progressif, mais dont les chansons, qui respectaient parfaitement les codes du genre sans tomber dans le plagiat ou la facilité, s’imprégnaient très facilement dans ma tête. Encore maintenant, je réécoute régulièrement cet opus très calibré avec beaucoup de plaisir.

A Liquid Landscape – Rogue Planet band1

Le quatuor batave dont je vous parle s’est formé au siècle dernier sous l’impulsion des frères Van Dam (Niels à la guitare solo, Robert à la basse) et du guitariste rythmique et chanteur Fons Helder. Bon OK, en 1999… donc ce n’est pas si vieux. Le trio mit un peu de temps à trouver leur batteur en la personne de Coen Speelman… et beaucoup de temps à trouver leur nom, une dizaine d’années en fait. Avec ce line-up stabilisé, ils ont commencé à faire parler d’eux jusqu’à sortir très récemment Rogue Planet qui est leur cinquième effort, mais seulement leur troisième LP. Son nom, provenant de ces corps célestes errants sans orbite, est une métaphore de l’humanité décrite ainsi par Fon Helder « J’ai entendu le terme « Rogue Planet (planète rebelle solitaire) » dans un spécial de National Geographic et cela m’a immédiatement parlé. Il y avait quelque chose de si désolé, si fragile et, pourtant, dangereux et potentiellement hostile. Elle a continué à me hanter et, quand est venu le moment de finir les paroles, j’ai commencé à l’utiliser comme métaphore de l’état du monde, de notre société telle qu’elle est aujourd’hui. » L’ambivalence entre un monde ultra-connecté et le fait que le sentiment de solitude humaine s’amplifie a servi de cadre pour livrer un opus de seulement une petite quarantaine de minutes où une certaine légèreté rassurante et une puissance rageuse sont régulièrement mises en opposition. « Few And Far Between Part 1 » plante immédiatement ce décor avec un rythme pulsatif à la Enchant flanqué d’accords rageurs à chaque changement de tonalité. Cependant, très vite, on est transporté dans un univers cotonneux créé par le chant aérien de Fons Helder, des parties acoustiques et une rythmique scintillante. Cette dualité rappelle aussi ce que peut faire Karnivool. On note très vite que les soli de Niels Van Dam ne sont pas ébouriffants, mais d’une hauteur si juste qu’ils se fondent parfaitement dans l’atmosphère créée pour chaque titre. « Few And Far Between Part 2 » se montre plus ambiancé avec un démarrage presque anodin, pour une atmosphère à la Airbag évoluant insensiblement vers des tonalités bluesy façon lounge bar. La basse de Robert Van Dam est incontestablement l’âme créatrice de ce climat. Le chant se fait très aérien. Le renfort de chœurs l’amplifie progressivement vers un final plus puissant et charpenté. Le monde de A Liquid Landscape devient magique. On ne peut pas sortir indemne d’une telle démonstration aérienne. « Intention » sonne le retour vers l’acoustique et la légèreté. On s’envole involontairement en direction de cette Rogue Planet. On ne touche plus terre, inconscient du danger diffus que cette traîtresse recèle en elle. Chaque note est parfaite. On dit que la beauté peut être dangereuse. Ceci est parfaitement illustré ici. Magnifique ! Sur une petite rythmique acoustique façon Anathema, « Consequence » complète le tableau de façon plus alternative avec un mini riff périodique un chouïa plus costaud. Un épatant solo de slide illumine la fin du morceau avant un arrêt brutal. A Liquid Landscape fait le choix délibéré de se focaliser sur l’ambient pour un « Raven Song Part 1 » extrêmement éthéré. Surprenamment, « Raven Song Part 2 » en est le contrepoint, nous emmenant vers une sphère groovy au possible, sous l’impulsion de la batterie de Coen Speelman, plus en vue sur cette fin d’album. Robert Van Dam, son compère de la section rythmique, nous délivre une prestation de basse métronomique. Les slides et les riffs de la guitare de Niels ajoutent une certaine lourdeur et une martialité dignes du meilleur de Porcupine Tree. Cette voie atmosphérique qui enfle vers une lourdeur implacable se confirme sur « Virgo Calling ». Le superbe schéma acoustique initial très planant s’amplifie avec des chœurs magnifiques avant que la batterie ne se dévergonde et que les guitares ne s’affirment. Il s’agit d’une montée inexorable, confinant au post rock, qui piétine tout sur son passage pour un final d’une lourdeur écrasante… le truc qui te dit « Wow, la claque ! Mais comment ils en sont arrivés là ? ». Et c’est là que l’envie de repasser l’album une seconde fois te démange, tout comme celle d’en écrire une chronique… eh eh ! CQFD quoi !

A Liquid Landscape – Rogue Planet band2

Malgré ce que j’ai pu écrire en introduction, A Liquid Landscape m’a paru crever un certain plafond de verre dans les sorties prog. Ils ont le talent d’opposer un chant très planant, remarquablement habillé par des chœurs emphatiques, à des parties de rythmiques qui se renforcent sans les dominer totalement. Le jeu des guitares n’est jamais démonstratif. Il fait partie d’un tout : l’univers de ces Hollandais volants et planants dont la mièvrerie est exclue. Peut-on parler d’originalité ? J’ai écrit plus haut que je ne m’en préoccupais plus. Alors je ne retiendrai que les émotions que j’ai pu ressentir en me passant ce Rogue Planet qui, faussement absentes au début de mon écoute, se sont imposées au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient, jusqu’à ce feu d’artifices final qu’a constitué « Virgo Calling ». Ça valait bien une chronique, non ?

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