When Heaven Met Earth – When Heaven Met Earth
Polymoon Records
2026
Thierry Folcher
When Heaven Met Earth – When Heaven Met Earth

When Heaven Met Earth (quand le Ciel rencontra la Terre), quand Paulien Iris Rondou rencontra Gaëtan Vandewoude ou plutôt quand Catbug rencontra Isbells, il s’en est passé des choses et des belles. Cela nous a donné When Heaven Met Earth, un album éponyme, complètement hors du temps, hors mode et d’une extrême délicatesse. Oui, je sais, tout cela mérite des explications. Et puis, les pseudos, c’est bien beau, mais parfois on s’y perd un peu. Alors, pour faire court : Catbug est le nom de plume de Paulien Iris Rondou et Isbells désigne le groupe folk de Gaëtan Vandewoude. En résumé, When Heaven Met Earth n’est rien d’autre que la réunion de deux artistes majeurs de la scène indie folk belge. Il faut savoir que nos deux amis ont déjà un important bagage musical derrière eux. Six albums depuis 2009 pour Isbells et trois depuis 2018 pour Catbug. Si la découverte de ces publications vous intéresse, je vous conseille particulièrement le premier album éponyme d’Isbells, sorti en 2009 et devenu depuis un classique à la portée internationale. Une musique folk superbement interprétée et n’ayant pas à rougir face aux comparaisons qu’on lui prête. C’est du côté de Nick Drake et des Fleet Foxes qu’on l’associe, c’est dire la hauteur des compliments. Mais revenons à l’album When Heaven Met Earth, véritable histoire d’amour initiée par une passion commune pour la musique. D’après ce que j’ai pu lire, la rencontre s’est faite doucement, en prenant juste le temps qu’il faut et en capitulant devant l’évidence. Ce qu’il y a de formidable, c’est que ce mariage (façon de parler) unit deux voix splendides. Deux timbres complémentaires, l’un bas et feutré et l’autre haut et mélodieux. Rien d’étonnant pour un homme et une femme, mais dans le cas de WHME, la complicité naturelle dans le partage des lignes vocales est tout simplement magique.
Les raisons pour lesquelles un album vous fait chavirer sont nombreuses, mais l’une des principales relève de la sincérité de l’entreprise. Lorsqu’on regarde le clip de la chanson « Third Time’s A Charm » (voir ci-dessous), c’est à une représentation intime de l’histoire de Paulien et de Gaëtan à laquelle on assiste. Ici, le couple a voulu mettre en musique et en image la concrétisation de leur bonheur à la fois simple et immense. Tout est rassemblé sur ce titre, des mots tendres et une mélodie douce bien mis en valeur par le superbe arrangement orchestral de Peter Broderick. Avec tout le talent qu’on lui connaît, ce musicien Américain, à la discographie impressionnante et aux nombreuses collaborations, s’est mis au service de cette histoire universelle qui donne à l’Humanité des raisons de croire en elle. Alors, c’est vrai que When Heaven Met Earth dégouline de bons sentiments et de représentations champêtres un peu forcées, mais par les temps qui courent, cela fait un bien fou. En fait, c’est vers nos propres existences que l’histoire de Paulien et de Gaëtan nous renvoie et c’est peut-être grâce à ça que la magie opère si bien. Nos deux amis belges avouent néanmoins que la rencontre physique ne fut pas simple. Alors, c’est en musique que la véritable rencontre s’est opérée. Et cela a donné treize chansons parfaitement équilibrées entre voix, musique folk et orchestre à cordes. Et le résultat est en tout point réussi. Rien ne prend le dessus ou cherche à impressionner. L’osmose est parfaite et chacun élève à sa façon une écriture où les silences sont eux aussi respectés.

Les chansons, essentiellement acoustiques, s’écoutent avec attendrissement et même si la répétition des éléments amoureux peut finir par lasser, force est de constater que leur mise en scène est impeccable. Un peu à l’image de « Building A Windmill » (construire un moulin à vent), qui narre comment la petite graine du début s’est vite transformée en quelque chose de bien plus sérieux. Sur cette chanson, on assiste à un dialogue prudent et respectueux. Le couple semble vulnérable et c’est cette pondération qui rend le propos authentique. Musicalement, c’est très accrocheur avec l’orchestre qui accompagne doucement les chants et enrobe les instruments d’une grande richesse harmonique. Cette manière de fonctionner par le chant et l’orchestre est présente sur tout le disque, mais sans donner une impression de répétition. Tout est original, varié et rempli de petites trouvailles qui soulignent les différences et servent d’accroche. En plus des deux chansons mentionnées, certaines m’ont paru plus marquantes. J’ai notamment été séduit par le traitement des voix en écho sur « Listen To The Stories The Birds Tell », j’ai adoré la mélodie et les effets de « 98% Lit Moon » et puis, j’ai été emporté par le balancement insistant de « Eerie Sounds » dont la musique aérienne rappelle les décollages de C Duncan. Sans oublier le souffle enveloppant et presque nostalgique de « Needing Another Day », la belle déclaration qui conclut l’album. Quelles comparaisons pourrais-je fournir pour mieux cerner la musique de WHME ? Peut-être la rapprocher de l’atmosphère posée et confidentielle de Bonnie « Prince » Billy et éventuellement, du prog folk très british d’Anthony Phillips. Lors de ma première écoute, c’est la chanson « God If I Saw Her Now » (sur l’album The Geese And The Ghost de 1977) chantée en duo par Phil Collins et Vivienne McCauliffe qui m’est revenue en mémoire.

When Heaven Met Earth est un disque sans prétention qui parle avec le cœur et dont la portée est universelle. Quoi de plus beau et de plus sincère qu’une rencontre réussie ? Le genre d’exaltation susceptible de nous renvoyer à nos propres expériences. Paulien Iris (le Ciel) rencontra Gaëtan (la Terre) et la musique a soudé leur alliance. Elle a surtout permis d’enregistrer un des albums folk les plus touchants du moment. Ces deux artistes belges devront désormais accommoder leurs propres carrières solo avec un WHME qui risque de prendre beaucoup de place. Et vu la qualité des treize chansons de ce premier album, je mettrai une petite option sur la poursuite de cette aventure à deux. La difficulté sera peut-être d’élargir l’inspiration et d’aller un peu plus loin que les doux sentiments qui unissent deux personnes. Même si on en a vraiment besoin aujourd’hui.