Peter Frampton – Carry The Light

Carry The Light
Peter Frampton
UMe
2026
Thierry Folcher

Peter Frampton – Carry The Light

Peter Frampton Carry The Light

Peter Frampton vient de publier un nouvel album studio et cela ne saurait passer inaperçu. La boutique Clair & Obscur est certes habituée à rechercher l’étrange, le marginal, voire l’impensable, il lui arrive aussi d’aller vers la lumière et la célébrité. Et puis, il y a ce devoir de mémoire qui rappelle ce que nous devons à certains artistes en termes de bonnes vibrations et de larmes aux yeux. Peter Frampton est une légende qui ne se résume pas seulement à son album Frampton Comes Alive ! de 1976 et à son tube planétaire « Show Me The Way ». Un titre flamboyant à bien des égards, mais qui ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Ce coup de génie, porté par une mémorable talkbox, ne peut faire oublier un extraordinaire parcours musical commencé très tôt chez The Herd (1966) et Humble Pie (1969). Deux formations qui ne s’embarrassaient pas de fioritures et qui s’employaient chacune dans leur catégorie (pop pour The Herd et boogie rock pour Humble Pie) à mettre en lumière un guitariste chanteur hors du commun. Peter Frampton possédait un magnétisme évident lié à un physique avantageux et à d’incontestables prédispositions musicales. Sa carrière solo amorcée en 1972 avec l’album Wind Of Change devait profiter pleinement de ces aptitudes et rencontrer un immense succès avec ce fameux live qu’on ne présente plus. Une vingtaine de publications plus tard, nous voici donc en présence de Carry The Light, un petit bijou folk-rock venant interrompre un vide de seize années sans chansons inédites.

Au-delà de l’aspect purement artistique, ce nouvel opus dépasse largement le cadre d’une simple réapparition. Voici quelques années, Frampton a été diagnostiqué d’une maladie dégénérative affectant principalement les muscles. Pas évident du tout pour un guitariste. Et de prestations assises en concerts d’adieux, voir un nouvel album studio se présenter à nous fut aussi surprenant que miraculeux. La force, Peter l’a peut-être trouvée dans sa collaboration avec son fils Julian qui a coproduit et coécrit le disque. Rien de tel qu’une complicité familiale pour retrouver la confiance en soi. Tout au long des dix titres, les interventions à la guitare sont lumineuses et les parties vocales ne montrent aucune faiblesse. Juste un timbre qui assume pleinement les soixante-seize années d’une rockstar toujours vivante. Par ailleurs, sa relation avec son fils est symbolique dans le sens où « Carry The Light » (le titre) parle de transmission : « Portez la lumière, pour que toi et moi puissions voir le chemin, portons la lumière, il faut écouter les anciens… ». Ces paroles fortes sont issues de la tradition amérindienne et servent d’introduction à ce premier morceau bien lancé par des rythmes tribaux et des chants sacrés. Et puis, la guitare rassure sur cette chanson au format classique et bien calibré. En fait, l’avertissement est là : ne vous attendez pas à vivre des moments inédits, les sentiers empruntés par Carry The Light sont balisés et sans ornières. Ici, le plaisir est simple, en terrain connu et assez familier pour se sentir en sécurité. Ce que je peux ajouter, c’est que la qualité est omniprésente et que ce genre de plongée dans le coutumier vaut mille expériences sans lendemain.

Peter Frampton Carry The Light Band 1

L’attention du public, Peter Frampton est allé la conquérir grâce aux nombreuses participations qui jalonnent son disque. À commencer par le claviériste Benmont Tench, bien connu des Heartbreakers de Tom Petty et dont l’orgue Hammond sur « Buried Treasure » nous renvoie au bon souvenir de cette autre légende partie trop tôt. « Merci pour le trésor enfoui, en harmonie avec toi pour toujours… », ces mots de « Buried Treasure » lui sont adressés. Ensuite, c’est Graham Nash qui vient poser sa voix de velours sur le très émouvant « I’m Sorry Elle ». Une magnifique chanson qui me touche particulièrement, car j’ai vécu la même déconvenue avec ma seconde petite-fille Maï-Line, née pendant cette terrible année 2020 où les visites à la maternité étaient défendues. Je dois dire que Peter est bouleversant de tendresse sur ce titre aussi beau dans les paroles que dans la musique. Pas le temps de me remettre de mes émotions que « Breaking The Mold » va m’achever avec la prestation extrêmement sensible de Sheryl Crow. Chanter comme elle, ce n’est pas donné à tout le monde et son bref passage sur ce titre est suffisant pour donner envie de replonger dans sa propre discographie. Jusqu’à présent, les rythmes étaient sages et si « I Can’t Let It Be » et surtout « Lions At The Gate » élèvent la cadence, ce n’est pas pour nous déplaire tellement Peter et ses musiciens sont à l’aise dans un registre plus musclé. D’ailleurs, la contribution de Tom Morello (Rage Against The Machine, Audioslave) sur cette histoire de lions de pouvoir à détruire est particulièrement tranchante. Tout comme celle de Gabrielle Wilson (aka H.E.R.) sur « Islamorada », un premier instrumental dans lequel elle s’associe à Peter avec élégance et respect.

Il nous reste à découvrir « Can You Take Me There » et « Tinder Box », deux chansons sur lesquelles le saxophoniste Bill Evans (Miles Davis, John McLaughling) fera ce qu’il faut pour amener la musique dans un univers jazz sophistiqué à donner des frissons. La première plus en douceur et la seconde davantage nerveuse, avec un intermède en forme de quatuor jazz à ne surtout pas manquer. « At The End Of The Day » est une dernière et courte étape instrumentale qui permet au disque de finir en beauté. Lors d’une récente interview, on apprend que Peter fut très touché lorsque Hank Marvin des Shadows lui a avoué qu’il aimait beaucoup ce titre. Cela démontre que malgré le statut de légende rock, on peut demeurer un simple admirateur, profondément ému en présence de son idole. Juste un dernier mot pour saluer la production partagée entre Peter, Julian et Chuck Ainlay (Mark Knopfler, Miranda Lambert). Un trio performant pour une mise en boîte vraiment luxueuse.

Peter Frampton Carry The Light Band 2

Carry The Light de Peter Frampton est pour moi la belle surprise de ce premier semestre 2026. En revanche, je constate parfois que les publications des vieilles gloires toujours en activité sont généralement soumises à un traitement sévère, pour ne pas dire injuste. Avec ce nouvel album de chansons inédites, je ne vois pas ce que l’on pourrait reprocher à monsieur Frampton. Les quarante minutes du disque sont passionnantes et même si le style est rabâché depuis des décennies, il procure beaucoup plus de plaisir que certaines caricatures musicales à costumes à pois (vous voyez certainement à qui je fais allusion). Les fondements de la musique populaire n’ont pas d’équivalent et s’en écarter constitue une grosse prise de risques. Et à moins d’être un génie, les tentatives pour s’en exonérer sont quasiment vouées à l’échec. Alors, en attendant de voir débarquer un nouveau Bowie ou l’équivalent d’un Frank Zappa, consolez-vous avec Peter Frampton et ses dix nouveaux titres, largement au niveau des plus belles choses sorties récemment. Souhaitons seulement qu’il trouve la force pour nous charmer encore longtemps.

https://www.frampton.com/

 

 

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