Long Earth – Towards The Sky

Towards The Sky
Long Earth
Bakeneko
2026
Thierry Folcher

Long Earth – Towards The Sky

Long Earth Towards The Sky

Il y a un peu moins de deux ans, je vous avais présenté An Ordinary Life, le troisième album des Écossais de Long Earth. Un ouvrage taillé sur mesure pour passer un agréable moment en compagnie de vieux briscards biberonnés aux musiques progressives des seventies. « Cette vie ordinaire » était certes affriolante, mais je dois reconnaître que par moments, les thèmes abordés n’étaient pas forcément très joyeux. Alors, qu’en est-il de ce tout nouveau Towards The Sky tourné vers le ciel et peut-être un peu moins sombre dans les propos ? Grande nouveauté ! Martin Haggarty, le méritant chanteur en place, a cédé le micro à la talentueuse Maaike Siegerist. Cette artiste, hollandaise de naissance et glaswégienne d’adoption, peut se vanter de posséder un solide pedigree. Forte de plusieurs albums à son actif, elle est également célèbre pour ses écrits narratifs sur les voyages, l’amour, et plus récemment, les espèces en voie de disparition. Si nos amis de Long Earth cherchaient une alternative vocale de qualité, ils ne pouvaient pas mieux choisir que cette excellente chanteuse et parolière. Un choix presque évident puisqu’elle assurait déjà l’intérim sur scène après le départ d’Haggarty. À noter aussi que David McLachland et Kenny McCabe, respectivement bassiste et batteur du groupe, sont crédités sur Starbound, le dernier disque solo de Maaike publié l’année dernière. Les gens se connaissaient et se fréquentaient, ce qui renforce la crédibilité de ce remaniement. C’est donc tout ragaillardi et impatient que je m’installe pour vivre cette aventure vers le ciel pour le moins prometteuse…

…Voilà, je viens d’écouter l’album et même s’il est exagéré de dire que l’arrivée de Maaike change tout, je constate néanmoins que la couleur musicale a bien évolué. La sensibilité féminine ouvre d’autres horizons et son influence transpire tout au long des neuf titres de l’album. Par ailleurs, l’apparition de Kenny McCabe comme nouveau batteur a dynamisé la section rythmique et accentué la métamorphose d’un groupe qui a su éviter le piège du simple album de plus. Comme son nom l’indique, Towards The Sky est inspiré par l’astronomie et l’exploration du cosmos. Rien de bien nouveau, me direz-vous, si ce n’est qu’il faut voir dans cette conquête spatiale la capacité de l’homme à repousser ses limites. « Seahorses », le premier morceau du disque, traite par exemple de ces individus capables d’aller à l’encontre des attentes de la société. Discours naïf, un tantinet hippie ? Pas forcément, car « le courage de nager à contre-courant », comme il est dit dans la chanson, peut devenir une alternative plausible à la survie de l’espèce. Le texte de Maaike est très inspiré (et inspirant), mais c’est la musique et le chant qui sont à mon avis les plus remarquables. Toutes proportions gardées, les vocalises de Maaike rappellent celles d’Anneke Van Giersbergen (autre Hollandaise), et son phrasé, tout en douceur et compassion, est des plus convaincants. La musique, quant à elle, est dynamique à souhait avec une cohésion qui renvoie au meilleur IQ et aux cadors plus anciens du genre. Belle entame qui laisse entrevoir de beaux rendez-vous sur cette heure de musique prog, certes classique, mais toujours autant prisée.

Long Earth Towards The Sky Band 1

« Breathless », le titre suivant, se sert à son tour du voyage vers les étoiles pour constater que notre Terre est décidément très belle et qu’elle ne mérite pas les dégâts que nous lui faisons subir. Rien qu’avec ces deux premiers morceaux, on a vite cerné le profil de Maaike et noté les engagements qui lui tiennent à cœur. Honnêtement, ça ne me dérange pas, d’autant plus que les paroles du rock progressif sont souvent incompréhensibles ou sujettes à interprétation. Ici, c’est très clair, on voit nettement où elle veut en venir et la musique de Long Earth est un sacré atout pour lui permettre d’exprimer au mieux ses idées. Le joli moment recueilli de « Breathless » est l’occasion d’apprécier pleinement l’importance des claviers de Mike Baxter et l’aspect flamboyant de la guitare de Renaldo McKim. C’est simple, sans prétention et superbement interprété. Il est fort probable que certains trouveront cette musique un peu trop gentille (n’est-ce pas Lucas, mon ami chroniqueur à C&O ?) Je ne peux pas les contredire, néanmoins, je pense à des groupes comme Barclay James Harvest, Magna Carta, Gryphon, Renaissance et beaucoup d’autres qui ont rarement fait preuve d’agressivité. Le vrai potentiel de Long Earth réside dans sa capacité à proposer des mélodies que l’on retient et des climats dans lesquels on aime se prélasser. C’est le cas pour « Artificial Child », une chanson qui parle de l’IA, mais dans un registre bienveillant qui donne toute sa saveur à une construction couplet/refrain assurément classique, mais qui finit par atteindre son but.

Maaike s’exprime avec le cœur, un peu à l’image de « Wanderlust », une chanson racontant son irrésistible « bougeotte » qui l’a fait émigrer des Pays-Bas à l’Écosse. Un témoignage intime porté par des accords de guitare et des sonorités familières, mais dont l’efficacité n’est plus à démontrer. Je tiens à souligner que Long Earth n’est pas tombé dans une revisite stérile des fondements du rock progressif. Le groupe possède sa propre identité et même si l’on perçoit par moments des échos anciens de Genesis ou de BJH, c’est uniquement pour rappeler d’où vient le groupe et quels sont ses goûts. Et puis, la deuxième partie de Towards The Sky, commencée avec « Colours », propulse le disque dans des domaines plus aventureux. Le chant de Maaike se rapproche encore plus d’Anneke, la linéarité s’estompe, le rythme s’accélère et le format chanson ne fait plus la loi. « Colours » m’a vraiment séduit, mais je n’étais pas au bout de mes surprises, car les deux titres suivants, « Monochrome » et surtout « First Casualty », vont renforcer cette impression. Le premier dans un registre nerveux beaucoup plus moderne et le second dans une approche jazz funk (la ligne de basse de David McLachland vaut à elle seule le détour) qui sort l’album d’un étiquetage un peu trop réducteur. Les dix minutes de « First Casualty » sont magnifiques avec plusieurs séquences à l’intensité variable et au fort potentiel scénique. Et ce n’est pas fini, puisque « Moon And Mars » intensifiera le clonage avec qui vous savez de telle sorte que j’en avais presque les larmes aux yeux. Je ne pense pas faire injure à Maaike en la rapprochant de sa compatriote batave, car ce n’est pas donné à tout le monde de susciter une telle comparaison. Sans oublier les arpèges et les solos de Renaldo McKim absolument gigantesques sur ce titre. Le disque tire sa révérence en beauté avec les onze minutes épiques de « The Astronomer ». Développement classique, montée en puissance et fin grandiose, tous les ingrédients sont réunis pour clore ce Towards The Sky de la plus belle des façons.

Long Earth Towards The Sky Band 2

Je ne voudrais pas paraître trop élogieux, mais ce nouvel album de Long Earth s’avère très captivant. L’arrivée de Maaike Siegerist au sein du groupe est une incontestable réussite et le fait que ses vocalises en rappellent d’autres ne fait qu’accroître un potentiel déjà bien costaud. Mike Baxter et son équipe ne sont pas là pour révolutionner quoi que ce soit, ils sont suffisamment lucides pour connaître les attentes du public et comment le contenter. Towards The Sky est l’exemple type du disque qui ravira les fans et les incitera à cocher les quelques dates prévues cette année au Royaume-Uni. Traverser la Manche ou la Mer du Nord n’est pas d’actualité, mais ce nouvel album et la présence de Maaike peuvent changer la donne et inciter le groupe à voyager hors de ses frontières. Mais cela est une autre histoire. En attendant, nous avons la chance de pouvoir écouter leur musique et c’est déjà une grosse satisfaction vu la qualité de cette belle heure de scottish prog.

https://longearthmusic.com/

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