Live report Tiwayo, au New Morning, Paris, le 16 avril 2026

Live report Tiwayo, au New Morning, Paris, le 16 avril 2026
2026
Lucas Biela

Live report Tiwayo, au New Morning, Paris, le 16 avril 2026

Live report Tiwayo

Tiwayo est un jeune chanteur/guitariste à la voix qu’on jurerait figée dans le temps tellement ses échos nous rappellent les riches heures de la « black music ». Cela expliquerait son surnom, TYO, The Yound Old. Le Français vient présenter le 16 avril 2026 au New Morning son troisième album, Outsider. Produit par Adrian Quesada des Black Pumas, celui-ci est très empreint de soul/funk vintage. Ce nouvel opus vient après un Gypsy Soul Of Tiwayo exultant en 2019, et un Desert Dream plus dépouillé en 2023.

Bien entendu qui dit soul/funk dit groove. D’emblée sur un rythme tonitruant, c’est une voix chaleureuse, digne des plus grands maîtres du r’n’b old school, qui conduit « Up For Soul » vers la lumière. L’éclat de celle-ci se voit néanmoins altéré par le mystère qui entoure les nappes embrumées des claviers. Prestation scénique oblige, guitare et claviers n’hésitent pas à entrer dans des solos enflammés. Et sur un blues de Chicago à taper du pied sur lequel Tiwayo donne à ses cordes vocales la force que requiert ce style, c’est la basse qui se lance à son tour dans un solo coloré mais posé. Néanmoins, dans un dialogue complice, l’excitation de la guitare n’hésite pas à répondre au calme de la quatre-cordes. Toujours sur un rythme entêtant, mais plus conquérant, c’est maintenant avec un piano éploré que « Wild » compose. Plus versatile que l’instrument à touches noires et blanches, la voix jongle entre exaltation et lamentations dans des variations étourdissantes. Le piano finit par en prendre de la graine, puisqu’après avoir épongé ses larmes, il délivre de belles notes agitées mais solaires. Restons dans le groove avec le très californien « Sunshine Lady ». Tandis que la voix présente la nonchalance des beaux jours, la guitare prend des airs amusés. Par ailleurs, on sent que quelque chose se prépare du côté des percussions et de la batterie. Quand les premiers rentrent dans un solo entraînant, la seconde répond avec des roulements aléatoires. On assiste alors à une sorte de compétition amicale : c’est à qui étourdira le plus vite le public.

Live report Tiwayo Band 1

Ce sont également des ambiances chaloupées qui secouent le New Morning ce soir-là. Telle une abeille qui se trouve décontenancée devant une armée de mufliers, c’est un chant émerveillé qui accompagne des claviers dont la fantaisie jaillit des solos. Les percussions accentuent le côté bringuebalant, nous plongeant même dans l’univers bigarré de Santana. De même, « Love Me Like You Say » fait vibrer le public au son d’un funk/blues nonchalant, porté par les notes insouciantes de la guitare. Celles-ci ne tardent cependant pas à s’entourer de lumière, ce qui tranche alors avec la voix aux accents sombres. Et plutôt que de s’interroger sur cette dualité, les claviers préfèrent en rire, restant dans leur registre amusé. Chaloupée certes, la soul d’« I’ve Got To Travel Alone » n’en est pas moins langoureuse. Autour de claviers légers, Le chant est celui d’un homme qui retrouve la tranquillité d’esprit après avoir été aspiré dans un tourbillon de tourments. Notre âme s’en trouve touchée. Ailleurs, avec ses mesures balancées, « Mama Gave Me The Will » et son optimisme à tout-va met le feu à la salle. Tel un poisson qu’on relâche dans l’eau, la voix ne peut s’empêcher d’être tout excitée. Les wahs wahs de la guitare prolongent même l’enthousiasme du chant, tandis que l’Hammond part dans les délires hallucinés auxquels nous avaient habitués Keith Emerson et Jon Lord.

Mais la soirée se couvre aussi de tendresse. Ainsi, quelques slows émaillent les moments rythmés. Dans ce registre, saluant les grandes voix qui ont influencé notre chanteur, « Unchained Lovers » laisse s’exprimer des claviers partagés entre trouble et allégresse et une voix plaintive mais pleine de bienveillance. Toujours dans les hommages sur fond de slow, c’est le père de Tiwayo que « Daddy Was Born With The Blues » met à l’honneur. Alors que les claviers font perler des notes aussi attachantes que celles de l’introduction du « Child In Time » de Deep Purple, la voix de velours use de frémissements pour clamer sa peine. Les distorsions circonspectes de la guitare pensive appuient même cette douleur. Autre mémoire et toujours dans un écrin berçant, c’est celle de Janis Joplin qui est rappelée quand les tremblements de la voix nous donnent des frissons. Et comme si la chair de poule ne suffisait pas, l’étourdissement nous guette également au son de l’amplitude du chant. De même, quand la guitare avance avec sensibilité, nous voilà pris dans ses filets satinés.

Live report Tiwayo Band 2

L’affection transpire également dans le court set acoustique auquel se livre Tiwayo. Les frémissements de ses cordes vocales, avec des montées et des descentes à couper le souffle, mettent nos émotions à rude épreuve. Les notes qui voudraient s’évader de la guitare mais qui en restent captives nous émeuvent tout autant. La liberté leur sera d’ailleurs rendue dans le deuxième morceau acoustique, « Dark Skies ». Il s’agit d’une pièce que notre chanteur a écrit pour son fils, et dans laquelle le ton chevrotant si émouvant de la voix fait penser à Tracy Chapman.

Tiwayo joue sur différents plans pour nous toucher. L’énergie permet de libérer le corps, le souvenir et la douceur font réagir notre esprit. Le talent est là, et il est mis à profit avec habileté pour proposer un bon équilibre entre dynamique et sensibilité.

https://tiwayo.com/

 

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