Live report Harsh + Existance, à La Maroquinerie, Paris, le 3 juillet 2026
2026
Lucas Biela
Live report Harsh + Existance, à La Maroquinerie, Paris, le 3 juillet 2026

À l’occasion de la sortie de son second album, Feels, la formation hard rock/glam metal Harsh se produisait à La Maroquinerie. En première partie, ils ont pris l’initiative d’inviter le combo heavy metal Existance. Ce dernier a été créé il y a 18 ans par Julian Izard, le fils de Didier Izard, leader du groupe H-Bomb, qui a été un des fers de lance du heavy metal hexagonal dans les années 80. Julian a décidé avec son projet de marcher dans les pas de son illustre paternel.
Dans le programme d’Existance, les morceaux à taper du pied sont évidemment de la partie. « Wildfire », avec son refrain tonitruant, déboule ainsi à toute vitesse. L’esprit de Rob Halford plane dans les graves et les aigus. Le feu anime notre chanteur, mais l’ardeur atteint son comble quand le mot-titre est entonné. Un solo aérien parvient même à voler avec grâce à travers l’embrasement. Avec « Dead Or Alive » et ses riffs ravageurs, douleur et fièvre se relaient dans la voix. Mais ce qui surprend, ce sont les chœurs déclamés comme des ordres, typiques du thrash metal. Les solos cette fois-ci sont alarmés et tournent sur eux-mêmes tel un cyclone.

Des hymnes heavy metal parcourent également le set. Les riffs galopants sont alors bien entendu légion. Avec « Marilyn (Icon Of Desire) », le chant plein d’aplomb mais toujours accompagné de tremblements touchants compose à nouveau avec les chœurs commandants. « Power Of The Gods » présente un contraste plus saisissant puisqu’aux ordres des choristes répond l’affliction d’un chanteur qui se donne tout entier à son public. Et là où le solo ondulant de « Marilyn » crie sa peine, celui de « Power Of The Gods » associe sa fierté aux secousses sismiques, créant alors une ambiance d’apocalypse. Avec « Riding Fast », alors que la voix conquérante assomme tel un uppercut, le solo de la six-cordes se met dans tous ses états, pimentant d’autant la pièce. En revanche, sur « Steel Alive », autour d’un tonnerre grondant, la voix ardente présente des échappées troublantes. Le solo se veut insistant tout en partant dans des développements aux contours indéfinissables.
Mais dans cette débauche d’énergie, on trouve aussi de l’amour. Ainsi après quelques notes caressantes, le bien-nommé « Love Affair » s’oriente vers un rock mélodique de très bonne facture. La voix baigne entre espoir et douleur, et le refrain y est plein d’allant. Le solo lui aussi se voit partagé entre peine et assurance. Autre moment de Hard FM, « Eternal Flame » dédié à la femme de Julian, présente une voix nonchalante aux belles envolées plaintives quand vient le refrain.
Entre implacabilité heavy et douceur hard FM, Existance est un groupe qui mêle habilement dynamique et sensibilité. Même si la guitare n’a plus de secret pour lui, Julian Izard est surtout un excellent chanteur dont la voix magnétique offre une riche palette d’émotions tout en portant haut les « bangers » du groupe. Bien que l’on puisse comprendre que le set se concentrait davantage sur les uppercuts rock, on aurait bien aimé entendre à un moment de la soirée la merveilleuse ballade hommage à Didier, « Tears Of Fire ». En passant, simple coïncidence mais c’est mon côté geek qui ressort, le titre est également celui d’une ballade tout aussi formidable. Cette dernière a été écrite par Kip Winger et est interprétée par un autre chanteur/guitariste de talent, l’ex-Alice Cooper Kane « Rambo » Roberts, sur son album éponyme de 1987.
Harsh, la tête d’affiche de la soirée, je vous en avais parlé au détour de la chronique de leur nouvel album, Feels, et de l’interview qu’ils m’ont accordé. Et dans cette dernière, vous vous rappelez sûrement que le groupe indiquait ne pas se fixer de limites. La programmation permet en effet de le constater. Jugez par vous même avec les développements qui suivent.
Le combo parisien aime par exemple les rythmes discoïdes à taper du pied. Entrent dans cette catégorie « Losing My Mind » et « The Sound She Does », avec leur refrain sombre et plaintif, aux antipodes de l’ambiance de fête des couplets. On notera des falsettos émouvants dans la deuxième pièce. Autre morceau où le disco rencontre le hard rock, « Tease Me » présente un chant revêche qui parvient néanmoins à rassembler dans le refrain. Maline comme elle est, la guitare se faufile même entre deux martèlements pour délivrer des solos hallucinés.

Ce sont également des marches triomphantes qui vont mettre nos amis en branle. Dans ces mouvements, alors qu’un festival de falsettos plaintifs bat son plein dans « Don’t Mess With Me », ce sont des couplets presque rappés et des voix de tête envoûtantes cette fois-ci qui animent « Break Your Way ».
Les hymnes à faire danser et à reprendre en chœur ne sont pas non plus oubliés. Ainsi, comme le refrain de « Offer You A Rome » est taillé pour les concerts, le public s’en donne a cœur joie. Par ailleurs, les spectateurs bercés à « Maniac » reprennent sans grande difficulté les paroles de la version que Harsh leur livre. Bien que la salle se transforme alors en boîte de nuit, un solo de guitare alarmé vient nous rappeler les velléités hard rock du combo. Enfin, « Back To Life » et son rythme funky saccadé montre un Albert entreprenant, mais que l’allégresse saisit dans un refrain à l’entrain des jours heureux. Cependant, c’est bien le doute qui s’immisce dans le solo incendiaire de Séverin.
Les Harsh s’aventurent aussi dans des ambiances à l’énergie qui ne dépareille pas. Pour preuve, « Fuel To The Fire » a beau être déjà bien secoué, les appels insistants y ajoutent du peps. Le pont disco/funk-rock permet même à la guitare de s’exprimer sans retenue. Avec « Places To Go », c’est toujours l’énergie qui prime mais sur des guitares vrombissantes. Vindicative dans les couplets, la voix prend des airs rêveurs dans les refrains, faisant ainsi souffler un vent de fraîcheur sur le morceau. Survitaminé et aux riffs ondulants, « Good Lovin’ » figure également sur la liste des chansons à l’énergie débridée. On note que le refrain y fait la part belle aux chœurs. Dans un registre différent mais avec tout autant d’ardeur, « All I Ever Wanted » propose un power pop explosif. Les relents de déception que l’on retrouve dans les couplets disparaissent dans les refrains pour laisser place à une voix qui affirme son autorité. On s’était habitué aux solos de guitare hallucinés, ici c’en est un plutôt stratosphérique qui fascine autant qu’il déroute.
Nos quatre lascars lâchent aussi prise avec des pièces plus décontractées. Prenons « When We’re Together ». Sur le thème de la famille, des amis et du groupe, la détente s’installe grâce à une voix aux accents certes éplorés, mais qui fait défiler les bons moments du passé. « Forever Yesterday » préfère se retrouver en terrain affectueux. Pensez-vous, les lampes des smartphones sont invitées à tanguer sur cette ballade qui nous remue autant que « Remember Yesterday » de Skid Row en son temps.
Et entre cette avalanche de morceaux, une distribution de champagne permet de fêter la sortie de l’album Feels comme il se doit. Mais le compte rendu ne saurait être complet sans la mention du solo de batterie. Celui-ci est tellement agité qu’il rendrait Animal jaloux !
Le 3 juillet, ce sont deux groupes français talentueux qui se sont produits sur la scène de La Maroquinerie. D’un côté le heavy metal d’Existance a fait vibrer les fans mais aussi les murs. De l’autre, Harsh a montré une belle cohésion de groupe sur des morceaux à tendance hard rock/glam mais assaisonnés de nombreuses autres références. Les deux combos montrent une véritable proximité avec le public, ce qui rend leurs prestations d’autant plus attachantes. Et il est encore possible de croiser leur chemin. En effet, Harsh poursuivent leur tournée de promotion de Feels, tandis qu’Existance vont défendre Wildfire tout au long de l’année.