Live report Festival de Marne, 40ème édition

Live report Festival de Marne, 40ème édition
2026
Lucas Biela

Live report Festival de Marne, 40ème édition

Live report Festival de Marne 2026

L’année dernière, j’avais partagé avec vous mon admiration pour l’éclectisme dont fait preuve le Festival de Marne. Cette année, pour mettre à nouveau en exergue cette ouverture d’esprit, j’ai choisi deux dates spécifiques. L’une présentait deux duos aux univers très singuliers. Quand la voix de Gaëlle Minali-Bella fascine dans l’écrin tour à tour intimiste et expansif de Florent Sorin, celle de Walid Ben Selim retourne les sens dans l’accompagnement subtil de Marie-Marguerite Cano. En revanche, loin de l’atmosphère dépouillée de ces derniers, l’énergie et les contrastes d’Aurore, de Revnoir et de ten56. les destinent à un avenir prometteur.

Okali + Walid Ben Selim au Théâtre Antoine Vitez d’Ivry-sur-Seine le 14 octobre 2026

Live report Festival de Marne 2026 Band 1

Duo comprenant le multi-instrumentiste Florent Sorin et la chanteuse Gaëlle Minali-Bella, Okali propose une musique envoûtante où se croisent trip hop, soul, folk, ambient et rock. Sur différentes atmosphères, un large spectre d’émotions est passé en revue. Ainsi, dans « Sky », autour d’une ambiance ouatée servant de cadre à une légende intrigante, la voix puissante transperce littéralement le ciel. Plus loin, sur le thème de la reconstruction sur une terre inerte, les boucles obsédantes de « Singuele » nous hypnotisent. La bienveillance d’un chant berçant y côtoie alors une peine véhiculée par des implorations à donner des frissons. Dans l’hommage aux disparus, « Angel », les images changeant à la manière d’un kaléidoscope colorent une succession de plaintes graves et d’incantations perçantes. On le voit donc, c’est avec sensibilité qu’Okali a transporté le public entre réel et imaginaire.

Live report Festival de Marne 2026 Band 2

Bien que j’aie déjà eu l’occasion de le voir lors du festival Sacré Sound, c’est toujours un plaisir renouvelé d’écouter Walid Ben Selim. Par son chant habité et captivant, le Marocain cherche à mettre en avant la profondeur et le mysticisme des poèmes soufis. La harpiste aux doigts magiques Marie-Marguerite Cano l’accompagne dans cette quête. Ensemble, ils nous plongent dans une ambiance de recueillement. Ainsi, quand les notes de harpe volent tels des papillons, elles finissent par se perdre dans les constructions ondulantes que les modulations de la voix façonnent avec soin. Et, dans un autre contexte, alors que notre mystique souffre à l’idée de perdre l’être cher, la mélodie caressante de l’instrument à cordes vient le consoler. Preuve que Walid prend très à cœur sa mission, on le voit partir dans des extases passionnées. L’homme appuie alors encore davantage le côté dramatique des grandes fresques qu’il peint avec son amie. On peut également observer une certaine aisance à passer d’une ambiance à l’autre. Ainsi, la harpe circonspecte prend des airs décontractés quand le chagrin de Walid tourne à la sérénité. La complémentarité des deux partenaires nous touche, comme quand à la harpe interrogative répond le chant habité par le doute. Enfin, sur ce qui s’apparente à une marche funèbre, le chant a beau être bienveillant, il ne peut cacher les stigmates d’un événement tragique. Force et fragilité se sont relayées dans la prestation émouvante du duo Cano – Ben Selim.

Aurore + Revnoir + ten56. à la salle Jacques Brel de Fontenay-sous-Bois le 16 octobre 2026

Live report Festival de Marne 2026 Band 3

Aurore nous viennent de Marseille, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils débordent d’énergie. Assauts pachydermiques, frappes foudroyantes, et accélérations fulgurantes sont en effet légion. Les époumonements déploient aussi bien rage, qu’effroi ou désarroi. Le dégoût porté par les voix d’accompagnement étoffe même davantage la palette déjà fort sombre. Quand les riffs se font sautillants, la précipitation qui les suit arrive à être contrôlée. Des ponts groove achèvent même de nous pétrifier. En revanche, dès lors que la batterie offre des mesures galopantes, nos têtes se mettent à dodeliner tout en digérant l’effarement du chant. Quand la mélodie fait son entrée cependant, l’optimisme s’invite pour jouer des coudes avec la colère noire. Et alors dans un écrin enchanteur porté par des guitares hantées et une batterie enlaçante, le désarroi parvient à nous émouvoir. Dans ces moments touchants, c’est même un retour sur soi qui est proposé. Ainsi, brisant avec les marches écrasantes et les implorations puissantes, les guitares pleuvent les larmes de leur corps et nous transportent vers des horizons introspectifs. Le tableau joue aussi avec la lumière pour présenter de beaux clairs-obscurs. Pour preuve, sur des lignes de chant déchirantes, à la panique des couplets répond la sérénité du refrain. De même, quand les cris hantés se tournent vers la lumière, les chœurs plus mornes les assombrissent. Venus défendre une musique musclée mais contrastée, Aurore ont su captiver le public.

Live report Festival de Marne 2026 Band 4

Avec Revnoir, des éléments r’n’b, rap et pop s’immiscent dans le metalcore mais le contexte reste tout aussi turbulent. Sur fond orageux, des éléments légers côtoient rage et détresse. Et c’est donc à nouveau un monde de contrastes qui s’ouvre. Que d’émotions en effet quand sur des rythmes chaloupés, les ténèbres s’abattent sur la scène avant que le refrain ne l’éclaircisse. Effroi et espoir se relaient alors dans le chant. C’est également autour de blast beats qu’hystérie et chaleur se répondent. Mais l’interrupteur est encore plus efficace quand un rap porté par une guitare sensible rencontre des appels de détresse soutenus par des riffs acérés et une batterie emportée. Passer d’une petite voix doucereuse à une passion exacerbée, avant de cracher son venin le plus paralysant, c’est de la haute voltige ! Par ailleurs, le morceau « 20 mg », dans lequel se suivent rap et exaltations fiévreuses, nous ramènerait presque aux premières heures de Linkin Park. Et comme si la barque n’était pas assez chargée, la surprise vient alors de l’intervention de cris stridents typiques du black metal. On notera aussi que le groupe sait prendre congé de sa hargne. Ainsi, une ballade sombre jongle-t-elle à nouveau entre chant désabusé et détresse inconsolable. En outre, sur un morceau dansant aux accents « indus », il y a de quoi rester pantois devant cette batterie qui change de motif tout en maintenant l’esprit de fête. Avec leur mélange des genres étourdissant, les jongleries de Revnoir cassent les codes tout en intrigant.

Live report Festival de Marne 2026 Band 5

La soirée metalcore se poursuit avec la prestation de la formation parisienne ten56. On retrouve alors les atmosphères pesantes du début de soirée. Pour maintenir la sensation d’oppression, on peut compter sur le rythme rampant. Mais la plupart du temps, la batterie tire à pile ou face entre une résignation dubitative et un groove hip hop. Et en parlant de rap, la bonhomie qui s’en dégage pendant un des moments marquants de la soirée semble complètement ignorer les roulements foudroyants, créant alors un contraste saisissant. Mais n’oublions pas que nous sommes dans une musique aux guitares saturées, et donc le phrasé hip hop s’accommode d’un chant guttural au grain sordide, comme en avait le secret le regretté Cronos (Venom). Ainsi, entre deux morceaux au groove lascif, on apprécie les décharges d’adrénaline. Secoué par des guitares tronçonnantes ou affolé par une houle menaçante, le public peut se défouler : crowdsurfing et mosh pits inondent alors la salle. Le mélange rap/metal de ten56. détonne et clôt une soirée où se sont conjuguées énergie et bonne humeur.

Avec seulement deux dates, vous avez donc pu vous convaincre que le Festival de Marne est un terrain de jeux aussi fascinant que surprenant. Peu importe le style : tant que la passion est là, le public est au rendez-vous. En effet, la plupart des événements affichaient complet, impliquant par là même que le succès du festival ne se dément pas. Il me hâte donc de découvrir la prochaine programmation.

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