Live report Eric Johnson, à La Machine du Moulin Rouge, Paris, le 2 juillet 2026
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Lucas Biela
Live report Eric Johnson, à La Machine du Moulin Rouge, Paris, le 2 juillet 2026

Quelque part vers 1996, le morceau « Camel’s Night Out » passait dans une émission radio. Je découvris alors le guitariste américain Eric Johnson. S’ensuivit une longue histoire d’amour avec sa musique, concomitamment à celle me liant à l’univers de Steve Morse, guitariste auquel le Texan avait d’ailleurs prêté ses talents. En parcourant internet, on apprend qu’Eric Johnson ne s’est produit que deux fois en France, en 1991 et en 2013. Il ne fallait donc pas rater la date du 2 juillet 2026 ! Mais revenons un peu en arrière. L’histoire de notre guitar hero a démarré au début des années 70. Comme c’était souvent le cas à l’époque, son intérêt s’est porté sur les sons progressif et jazz-rock, la formation Electromagnets pouvant d’ailleurs être la réponse texane aux Dixie Dregs de Steve Morse (encore lui !) Puis, vers la fin des années 70, notre prodige de la guitare se lance dans une carrière solo. Mais il faut attendre 1986 et l’album Tones pour que le succès arrive. Quatre ans plus tard, Ah Via Musicom, certifié disque de platine, enfonce le clou. Venus Isle en 1996 voit notre as de la gâchette plonger dans des ambiances oniriques. La consécration vient ensuite avec la participation au prestigieux G3, aux côtés de Steve Vai et Joe Satriani. Quelques albums plus tard, entouré du requin de studio Tal Bergman (batterie) et du musicien roots et bluegrass Daniel Kimbro (basse), voici notre Texan sur les planches de La Machine du Moulin Rouge. Cette date unique en France s’inscrit dans le cadre d’une tournée européenne baptisée « Texaphonic ».
Des morceaux boogie ayant émaillé la carrière de notre guitariste, il n’est guère étonnant qu’ils soient repris en concert. Ainsi, le riff mordant de « Righteous », contraste-t-il avec les notes virevoltantes et éberluées qui l’accompagnent. Avec « Zap », même si le jeu fluide de la guitare nous interpelle, l’intervention amusée de la basse dans le tourbillon de notes a de quoi faire sourire. Et on y apprécie les improvisations où se croisent sensibilité et virtuosité. En introduction de cet autre boogie rock qu’est « Cliffs Of Dover », Eric joue sur la corde sensible et nous fait voyager en imbriquant ses mélodies suaves avec des thèmes qui émaneraient d’Extrême-Orient. Mais c’est un soliloque ardent qui anime notre virtuose avant que le boogie ne prenne ses quartiers. Le Texan fait alors danser ses notes tout en n’hésitant pas à les mettre en compétition les unes avec les autres.

C’est aussi la sensibilité d’Eric qui traverse la soirée. Ainsi avec « Forty Mile Town », autour d’une mélodie enlaçante, on retrouve des notes chantantes et berçantes. Le chant, dont les poussées fiévreuses donnent de l’allant au morceau, titille également nos sens. Avec les échos éplorés de la guitare et les appels touchants de la voix, « Friends » nous ébranle aussi. Quand le jazz pointe le bout de son nez, les échos émouvants typiques du jeu de notre ami ravivent l’esprit de Wes Montgomery. Le batteur caresse alors ses fûts avec affection et la basse fait swinguer les notes. Quand le blues s’invite cette fois, la délicatesse des thèmes éplorés répond au feu des belles envolées fiévreuses. En revanche, dans la pause acoustique, c’est un dialogue tendre qui s’établit entre la basse aussi bien rêveuse que vive et la guitare lumineuse aux notes d’espoir lovées dans un cocon douillet. Par ailleurs, les notes pastorales qui concluent le duo portent en elles toute cette vie agitée mais affectueuse qui entoure le petit monde de la ferme.
Et le bouillonnement, on y vient. Sur des rythmes jazz-funk, les assauts country / bluegrass peuvent surprendre. Et quoi de plus normal alors pour Eric que d’y joindre des notes affolées de rock sudiste. Interrogations pour l’un, pimpance chez l’autre, basse et batterie se lancent dans un duo étonnant. Et notre guitariste, déjà fort affairé avec ses solos enflammés, trouve néanmoins le moyen de nous faire sourire à travers quelques notes hilares. On retrouve dans cette équipée le Eric Johnson du temps des Electromagnets. Dans un autre registre, mais plein d’allant, les élans rapides et fluides du guitariste laissent bouche bée. Et la sidération est loin de nous quitter quand l’imagination saisit la batterie et la basse dans leurs échanges passionnés. La complicité, c’est à nouveau elle qu’un bluegrass fiévreux met en avant. Et quand ce dernier style n’est pas électrique, c’est en version acoustique qu’on peut l’apprécier. Vitesse et humour y sont alors à l’honneur. Pour le volet effervescent, c’est en outre sur un rock bien secoué qu’on observe les notes de guitare se tordre dans tous les sens avant de se regrouper dans un bouillon agité. Dans le set acoustique, le motif entortillé aux échappées champêtres ne manque pas non plus d’éveiller notre curiosité. C’est aussi l’expérimentation hendrixienne des solos de « Desert Rose » qui nous intrigue. Et preuve que Jimi Hendrix compte beaucoup pour Eric Johnson, le rappel est une reprise captivante du « Love Or Confusion ». Alors que la voix présente toujours ces envolées émouvantes, la guitare semble interloquée dans ses interventions.
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Autour d’une programmation éclectique, c’est un artiste sensible et à la technicité renversante que le public a eu l’occasion d’applaudir. Eric Johnson est de ceux qui aiment brouiller les pistes, tout en suivant une ligne mélodique. Peu importe qu’il s’aventure dans le jazz, le folk, le blues, le rock sudiste, le bluegrass ou le rock psychédélique, il faut dans tous les cas que sa musique ait une âme et qu’elle nous fasse vibrer. La prestation du 2 juillet 2026 dévoilait un artiste qui a encore beaucoup de choses à dire et qui sait partager sa passion aussi bien avec ses musiciens qu’avec le public.