Kristoffer Gildenlöw – Empty

Empty
Kristoffer Gildenlöw
New Joke Music / Bad Dog Promotions
2024
Palabras De Oro

Kristoffer Gildenlöw – Empty

Kristoffer Gildenlöw - Empty

On ne présente plus les frères Gildenlöw. C’est marrant comme à chaque fois qu’on écrit ce genre d’évidence prétentieuse, le doute nous habite au point, qu’à regret, on se sent dans l’obligation de donner quelques indices quand même. Souvenez-vous, au beau milieu des 90’s, Pain Of Salvation débarque de Suède pour donner un coup de pied dans la fourmilière du prog avec des albums puissants et torturés impulsés par Daniel Gildenlöw, son leader charismatique à la voix la plus versatile qu’il ne m’ait jamais été donné d’entendre. Le groupe est formé de virtuoses, dont son frangin Kristoffer, au poste de bassiste n’est pas le moindre contributeur pour lui donner son originalité et son agilité musicale. Une décade plus tard, Kristoffer décide de voler de ses propres ailes. Il quitte le groupe et même la Suède pour s’installer aux Pays-Bas.
Sa nouvelle carrière le fait passer des planches ardentes sur lesquelles évoluait POS aux studios en tant que musicien de sessions pour des pointures telles que Neal Morse, Lana Lane, Damian Wilson (Arena), Kayak, etc. Ces expériences lui apprennent le travail communautaire ainsi que l’implication dans les idées des autres, tout en y apportant sa propre touche. Il s’engage en parallèle dans une carrière solo dont Empty est déjà le cinquième rejeton.

Kristoffer Gildenlöw - Empty band1
Entamé en 2019, celui-ci restera sur les étagères du musicien pendant la pandémie et les années suivantes, avant qu’il ne se sente capable de remettre le couvert pour achever cette fresque. En effet, sa trame retranscrit la vision critique qu’a Kristoffer de l’âme humaine, allant jusqu’à se mettre dans la peau du créateur, observant ce petit point bleu de l’univers et ses étranges habitants imparfaits. « Est-il coupable d’avoir commis une colossale erreur en nous créant ? Est-ce le moment de se lancer vers un nouveau départ ? ». Il faut admettre que les quatre dernières années que nous avons vécues ont dû déstabiliser le Suédois, au point de l’obliger à digérer toute cette matière humaine avant de pouvoir reprendre son projet pour l’y intégrer. Kristoffer Gildenlöw a également évolué en tant que musicien, devenant multi-instrumentiste et s’adonnant au chant. Sa palette technique l’a autorisé à concevoir et à réaliser Empty de A à Z, bien qu’il se soit entouré d’une douzaine de guests pour couvrir les domaines musicaux où il ressent le besoin d’être assisté comme la batterie, certains soli de guitare, les cordes ou encore les chœurs. Son idée directrice est de « capturer l’essence de l’imperfection qui définit la perfection dont les racines résident dans l’imperfection ». On n’est pas en période de bac, mais vous avez deux heures pour développer ce thème digne d’une épreuve de philo ! Ces apports entraînent Empty vers des sphères plus symphoniques, bien qu’une certaine alternance avec des parties plus rock ou ambient soient aussi de mise. Les cordes et les vocaux de « Turn It All Around » créent une ambiance inquiétante à souhait. Ce qui frappe, c’est la personnalité des soli de guitare, certes plutôt classiques, mais générateurs d’une émotion folle. Ceux de « Time To Turn The Page », « Down We Go », « Means To An End » et « Empty » n’ont rien à envier à celui du célèbre « Confortably Numb » de Pink Floyd. Également, la basse slidée de Kristoffer habille à merveille les mélodies tristounettes de titres comme « Means To An End » ou « Beautiful Decay ». Empty ne diffuse pas d’ondes positives, on s’en doute, vu le sujet qu’il traite. Son rythme est généralement lancinant. Le chant alangui et souvent artificiellement modifié de Kristoffer n’y est pas étranger non plus. Le single « Harbinger Of Sorrow », dont le clip tourné façon cinéma muet relate la négociation d’une jeune femme mourante avec le passeur de l’au-delà pour obtenir cinquante ans de plus à vivre, illustre parfaitement ces émotions d’une tristesse infinie. Le groove lent de « Satured », rythmé par des chœurs pulsatifs et recélant un solo sonnant Dire Straits, fait un peu figure d’exception dans cette ambiance délétère qui se réinstalle très vite pendant la très longue intro ambient de l’éponyme et ultime « Empty ». Si l’on excepte ce dernier titre, la construction des morceaux est somme toute classique sous une emprise constante du chant grave de Kristoffer dans lequel on peut retrouver pêle-mêle les accents les plus tristes de pointures comme Andy Latimer, Chris Rea ou autres Mark Knopfler.

Kristoffer Gildenlöw - Empty band2
On ne sort pas indemne de l’écoute de Empty. L’actualité en ce début de 2024 ne permet pas de baigner dans l’optimisme et ça n’est pas cet album qui nous remontera le moral. Il faut alors chercher son plaisir ailleurs… dans les tréfonds dépressifs de l’âme humaine que Kristoffer dépeint admirablement avec son analyse critique dérangeante qui engendre le malaise … et donc, c’est une bonne chose d’avoir des artistes aussi lucides et capables de la mettre en musique de façon tellement efficace et réaliste.

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