Boards Of Canada – Inferno

Inferno
Boards Of Canada
Warp Records
2026
Thierry Folcher

Boards Of Canada – Inferno

Boards Of Canada Inferno

Je ne vous apprendrai rien en disant que Clair & Obscur s’aventure parfois dans des univers peu fréquentés pour ne pas dire abandonnés. Le problème avec Boards Of Canada et leur tout dernier album Inferno, c’est que je ne sais même pas à quel public m’adresser. À priori je pencherais pour les inconditionnels d’une musique électronique obscure ou vers les férus d’ambient à tendance névrotique. Pour vous noyer un peu plus, il faut que vous sachiez que ce duo écossais est un des précurseurs de l’hantologie, un mouvement culturel dont la spécificité musicale réside dans l’incorporation d’enregistrements du passé dans des compositions actuelles (forme de passation du savoir). Vous allez me dire : voilà de bien grands mots pour expliquer ce qui se fait déjà depuis longtemps. C’est ce que je croyais, mais le concept de transmission va beaucoup plus loin. Bon, je ne vais pas trop entrer dans les détails, car je n’ai moi-même pas tout compris. Ce que je crois deviner, c’est que nos amis de Boards Of Canada semblent suivre une démarche similaire à celle de la musique dite concrète, qui fut développée en France dans les années 40 par Pierre Schaeffer. Désolé, je me rends compte que cela frise le trip intello à faire fuir les lecteurs et à donner peu de chances à Inferno de trouver des oreilles attentives. Sachez que je ne suis pas maso et si j’ai pris la décision d’écrire cette chronique, c’est que cet objet musical non identifié (OMNI) m’a vraiment séduit. Petits bouts par petits bouts, les dix-huit titres d’Inferno sont devenus pour moi une véritable source de félicité propice à la méditation et au décrochage bienfaiteur. Et je ne suis pas le seul à être complètement retourné (ça me rassure). En fouillant sur le net, certains n’hésitent pas à en faire un des événements majeurs de la création musicale actuelle. Je sais, c’est à la mode.

Voilà pour l’introduction, passons maintenant à l’histoire du groupe. BoC (à ne pas confondre avec Blue Oyster Cult) est né il y a longtemps, on va dire dans les années 80, mais de façon plutôt confidentielle. Le véritable premier jalon est à situer en 1998 avec la parution de Music Has The Right To Children, un joli galop d’essai déjà très instructif suivi de trois autres albums bien espacés dans le temps. Le dernier, Tomorrow’s Harvest, date de 2013 et ce n’est que treize ans plus tard qu’Inferno nous est enfin révélé. Mike Sandison et Marcus Eoin ont donc pris leur temps pour refaire parler d’eux et nous offrir ce qui se présente aujourd’hui comme une musique mystérieuse, hors du temps et très personnelle. Les comparaisons sont à prendre avec des pincettes, même si cela tourne autour des cadors du genre comme Massive Attack ou Brian Eno. La promotion de ce nouvel album fut digne d’un secret d’État et ressemble d’assez près à une mise en scène un peu exagérée. Heureusement que la musique fut à la hauteur des attentes. Les thèmes abordés font référence (entre autres) à la spiritualité, aux prophéties et aux descentes infernales vers lesquelles l’Humanité a coutume de se diriger. À présent, je ne sais pas quelle attitude adopter. Je pourrais continuer de détailler en profondeur chaque instant du disque au risque de perdre la plupart d’entre vous. Je vais plutôt jouer le rôle du candide qui découvrirait le monde de BoC avec des yeux de Chimène. En fait, je ne connais pas assez le groupe et son histoire pour crédibiliser mes observations. Si par bonheur je réussis à vous donner envie d’aller explorer cette étrange formation, les nombreuses infos sur le net feront ce qu’il faut pour vous rassasier en informations. Les reproduire ici ne servirait à rien.

Boards Of Canada Inferno Band 1

Il est grand temps d’ouvrir la page essentielle d’Inferno, c’est-à-dire celle de son contenu musical. Soixante-dix minutes et dix-huit titres ne peuvent pas être détaillés de façon habituelle, c’est l’ensemble qui prévaut et qui reste en mémoire. Le voyage est long, mais agréable, toujours inspiré et bourré de références. Lorsque le bref « Introit » introduit le disque, ce sont des boucles analogiques très connues qui lancent les hostilités. Des réminiscences de la scène électro des années 70 bien amplifiées par « Prophecy At 1420 MHz », le morceau qui enchaîne juste après. Le concept d’hantologie fonctionne à plein régime sur Inferno et les nostalgiques (dont je fais partie) d’une époque fondatrice seront à la fête. Ce que je peux dire, c’est qu’il se passe beaucoup de choses sur ce disque et, d’après les retours que j’ai pu lire, il se démarque des précédents ouvrages par son engagement sur les questions environnementales et politiques actuelles. Pour ma part, je ressens surtout une volonté d’aller vers le spirituel et l’introspection. Les échantillonnages vocaux sont fortement axés sur la religion et, que l’on soit croyant ou non, le recueillement s’impose souvent. L’envoûtant clip de « You Retreat In Time And Space » (voir ci-dessous) est là pour le confirmer. Ces sujets sont toujours délicats à aborder, c’est pourquoi je ne ferai jamais de prosélytisme et me concentrerai uniquement sur l’aspect artistique. Et là, je dois dire que nos amis écossais savent capter notre attention et concevoir leurs morceaux avec talent. Les trouvailles mélodiques sont nombreuses, chaque intervention de clavier est pertinente et les rythmes font vivre la musique sans à-coup ni domination outrageuse. Le confort d’écoute est certain et la variété des climats éloigne l’ennui comme par magie.

Boards Of Canada Inferno Band 2

Je découvre Boards Of Canada avec ce tout nouveau Inferno et constate qu’il prend de plus en plus de place dans mon univers musical. Je l’ai abordé doucement avec la retenue propre aux choses nouvelles qui doivent mériter leur place et demander du temps avant de se distinguer. Ce qu’il y a de fantastique, c’est qu’à un moment donné je me suis dit : ce que j’écoute là est différent et n’entre pas du tout dans l’habituelle tiédeur du tout-venant. Il y a des chroniques qui s’imposent et dont le partage relève d’une mission plus profonde que d’autres. Vous qui aimez la musique électronique et qui désespérez de ne plus vivre certaines émotions du passé, ne passez pas à côté des Écossais de Boards Of Canada dont les productions s’efforcent de relier les époques avec beaucoup de savoir-faire. Pour finir, je dirais que j’ai rarement écrit une chronique aussi ouverte. Mes impressions sont encore au stade larvaire et ne sauraient servir de guide ou d’appui à vos propres considérations. Nous sommes quasiment au même niveau avec juste quelques certitudes me concernant. Mais je ne doute pas un instant que vous les partagerez bientôt.

Coup de Coeur C&O

https://boardsofcanada.com/

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