Barclay James Harvest – Once Again

Once Again
Barclay James Harvest
Harvest
1971
Thierry Folcher

Barclay James Harvest – Once Again

Barclay James Harvest Once Again

Pourquoi écoute-t-on de la musique ? Quelle est cette force qui nous pousse à agrémenter nos journées de chants, de rythmes et de mélodies ? Difficile de répondre, n’est-ce pas ? Je pense aussi qu’il n’est pas inapproprié de dire que cette démarche est propre à l’Homme. A priori, le reste du vivant n’en a pas besoin, du moins de façon artificielle si l’on tient compte du fait que la nature peut produire elle-même de la musique. Une des réponses les plus efficaces serait d’écouter un disque que l’on aime et de se demander ce qui se passe à ce moment-là dans notre cerveau. En résumé, comprendre ce qui fait de cet instant un véritable besoin vital pour notre quotidien. Cela revient en partie à quitter la réalité et à pénétrer dans des univers aux attraits fantastiques. Pour l’auditeur, tout est possible : de l’écoute attentive au casque, pochette en main, jusqu’à l’aménagement d’un simple fond sonore. L’essentiel consistant à installer des ondes bienfaitrices dans un environnement qui peut être familier (notre foyer) ou étranger (les transports en commun, par exemple). Voilà des scénarios que nous répétons sans cesse depuis que nos sens se sont rendu compte des bienfaits que produisait la musique sur notre organisme. Même si chez moi cette manière d’agir est coutumière, j’ai décidé de tenter l’expérience avec Once Again, le deuxième album des incontournables Barclay James Harvest. Un groupe important, souvent considéré comme un des principaux challengers aux grosses pointures du rock progressif. Once Again n’est peut-être pas le plus connu ni le plus plébiscité des albums du quatuor britannique, mais pour moi, il possède avec « Galadriel », « Mocking Bird » et « Vanessa Simmons » une trilogie en tout point remarquable. La vieille école ajoutera que l’aspect visuel a lui aussi son importance dans le lâcher-prise. Le papillon de BJH (en gros plan sur Once Again) en fait partie et sera à chaque fois un moyen de déconnexion apprécié des fans.

Si le besoin de musique existe, il n’est pas perçu de la même façon avec ce que l’on découvre qu’avec ce que l’on connaît. Pour nos coups de cœur, la part du vécu est forcément un plus dans la démarche. On aime se repasser les bons moments avec anticipation et jubilation. L’inconnu est, quant à lui, à double tranchant. Il peut, tout aussi bien, être déconcertant que stimulant. Mais dans l’ensemble, le geste reste le même : il nous faut de la musique, on en a besoin et tant pis si elle ne plaît pas, on peut toujours passer à autre chose. Pour moi, Once Again est très familier et dès l’ouverture de « She Said », c’est tout un pan du passé qui remonte à la surface. Je dirai alors qu’en plus de ses indispensables vibrations, la musique peut également se transformer en une extraordinaire machine à voyager dans le temps. Je me rends compte que mon questionnement du début est sans doute plus complexe qu’il n’y paraît. Donc, avant « She Said », c’est notre décor familier qui occupe les lieux et tout d’un coup, le monde change, il s’éclaire, il s’embellit. Les Holroyd chante une histoire d’amour toute bête que la musique va transformer en épopée grandiose. La magie est là : à partir de pas grand-chose, les sons subliment les mots et amènent l’auditeur à quitter la normalité pour vivre une fantasmagorie insoupçonnée. Je commence à comprendre. La musique possède le don de sublimer, de faire voyager et de masquer les aspects sombres de la vie. Si nos existences étaient accompagnées de musique, je pense que les comportements différeraient. La petite histoire raconte que Sergio Leone avait l’habitude de passer les B.O. (préalablement enregistrées) de Morricone pendant le tournage de ses films. Il avait tout compris.

Barclay James Harvest Once Again Band 1

Musicalement, « She Said » donne le ton. Le chant de Les Holroyd, les nappes de claviers de Woolly Wolstenholme, la guitare acérée de John Lees et les percussions virevoltantes de Mel Pritchard créent une atmosphère changeante qui touche l’âme. À mi-chemin, la musique pousse à la méditation et à l’abandon, donnant ainsi un pouvoir immense à ce premier titre superbement mis en scène. Contrairement aux idées reçues, BJH n’est pas mou du genou et la prestation rock hard de « Ball And Chain » est là pour prouver le contraire. Sur Once Again, les sensations sont multiples et le divertissement complet. Lorsque « Galadriel » et « Mocking Bird » tissent leur décor symphonique (Robert Godfrey aux arrangements et à la direction d’orchestre), je peux vous assurer que cela devient irrésistible. Ce terme n’est pas anodin, car la musique est addictive comme peuvent l’être certaines substances illicites. J’en arrive à ce constat où l’accoutumance a sa part de responsabilité et où le sevrage n’est même pas envisageable. Pour les consommateurs compulsifs que nous sommes, le besoin de musique est immense. Qu’elles touchent le corps ou l’âme (ou les deux, comme pour le blues), ces successions de notes sont indispensables à notre bonne humeur et à notre équilibre. Chaque fois que je réécoute Once Again, je ne peux m’empêcher de ressentir une sensation d’envahissement proche d’une communion religieuse. Le mysticisme des paroles de « Vanessa Simmons » en fait partie et ne se gêne pas pour l’accentuer. Pour moi ce titre, comme beaucoup d’autres chez BJH, ressemble à un vrai moment de ferveur qui dépasse le simple cadre de la distraction. Que l’on soit croyant ou non, je pense que le divin et la musique sont intimement liés. Platon soutenait même que l’univers tout entier était fait de musique.

Barclay James Harvest Once Again Band 2

Un peu comme avec Hot Rats sur un autre sujet, j’ai pris Once Again de Barclay James Harvest en otage pour essayer de comprendre ce besoin vital de musique. Une chronique est certes trop limitée pour y répondre de façon exhaustive, mais se poser la question est déjà un premier pas important. Des réponses, il y en a beaucoup, et ce petit tour sans prétention au pays des tortures philosophiques en a révélé quelques-unes. Finalement, entre nous, que serait la vie sans musique ? Comment pourrait-on vivre sans Mozart, Miles Davis ou David Bowie ? C’est tout bonnement impossible. Comme pour beaucoup de gens de ma génération, Barclay James Harvest tient une place importante dans le monde musical et dans mon catalogue de souvenirs. Once Again est un superbe album qui me procure toujours autant de plaisir. Il méritait bien d’avoir sa place chez Clair & Obscur, même si cela s’est fait par des chemins détournés. À présent, je ne sais pas ce que vous allez retenir de tout ça. Si vous trouvez mes interrogations sans intérêt, j’espère au moins que ce focus sur BJH compensera mes prises de tête. En revanche, je serais ravi de connaître votre sentiment sur ce sujet en commentaire. Alors, n’hésitez pas !

https://www.bjharvest.co.uk/

 

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