Arnito – Musiques De Mon Monde, Vol. 4
AKA
2026
Lucas Biela
Arnito – Musiques De Mon Monde, Vol. 4

Les musiciens tous azimuts me fascinent. En premier lieu, je dirais que je me retrouve dans leur ouverture d’esprit. Ensuite, j’apprécie leur capacité à imbriquer des univers plus divers les uns que les autres sans que leur style n’en souffre. Il n’est donc guère étonnant que Steve Morse, Teradélie, Mike Patton ou Bill Laswell aient mes faveurs. Mais c’est d’un autre artiste, tout aussi attachant, que je voudrais vous parler. Rappelez-vous, il y a douze ans, ma curiosité m’avait poussé à vous présenter le protéiforme Ir d’Arnito (alias d’Arnaud Fillion-Robin). L’Annécien a continué à étancher sa soif de diversité, jusqu’à se lancer dans le quatrième volet d’une série nommée Musiques De Mon Monde. Dans ce nouvel album, les compagnons d’Ir, Robin Vassy (percussions) et le duo Guillaume Lavallard et Régis Ferrante (respectivement trompettes et saxophones) sont à nouveau là. Cependant, la section de cuivres a été complétée par Eric Gauffre (trombones). Et comme à son habitude, Arnito nous fait pénétrer dans un monde riche en émotions et en couleurs.
En effet, en explorateur inlassable, le compositeur nous gratifie d’ambiances venues des quatre coins de la planète. Ainsi, l’esprit chaleureux de la bossa nova s’anime aux sons d’un « Bulles De Soleil » éclatant de vitalité. Mais sous des latitudes moins ensoleillées, la brume écossaise saisit « L’Évidence » pour un moment où mystère et beauté ne font plus qu’un. En revanche, ce sont plutôt les fumées d’un club de jazz des années 50 qui entourent la guitare interrogative des « Oubliés ». Le soleil revient quand « Saveur Vanille » met les Caraïbes à l’honneur. Et il continuera à faire parler de lui quand la « Fête Au Faré » bat son plein autour d’une fanfare balkanique. Chaque titre propose ainsi de ressentir les émotions et les vibrations d’un peuple différent. L’ensemble pourrait paraître décousu si la complicité et la tendresse n’en étaient pas le fil conducteur.

Avec « Farandole », quand l’entrain des percussions et des claps accompagne l’allégresse d’une guitare au sourire contagieux, la complicité est assez évidente. Dans « Pèlerinage » c’est la même chaleur qui cimente le groupe. En effet, quand Arnito est en proie aux doutes, il peut compter sur l’appui attentionné de ses compères. « Sensolas » aussi met bien en avant l’entente qui règne entre nos amis. Ainsi, le dialogue entre la trompette amusée et la guitare ruminante y est des plus truculents. De même, dans « Danse Des Flammes », la facétie s’immisce quand les cordes disciplinent les percussions et les cuivres agités. Et que dire du souffle et des frappes qui prennent « L’Envol » sur les ailes de leurs rires. En revanche, c’est avec détermination que les éléments unissent leurs forces pour diriger « Trégastel » vers des horizons dansants.
L’autre élément que l’on retrouve dans les musiques du monde d’Arnito, c’est la tendresse. Celle-ci est très présente quand notre homme est seul avec sa guitare. Ainsi, les accord délicats de « L’Evidence » nouent une délicieuse mélodie qui hantera tout esprit qui sait s’émerveiller des beautés du monde. De même, autour d’excursions enjouées, les lignes plus réservées du « Pont Des Amours » offrent une dimension touchante au morceau. Et c’est à nouveau la sensibilité qui parcourt « Les Oubliés ». Le touché fragile à la Wes Montgomery nous plonge alors dans un cocon de douceur. Mais ces moments d’affection, Arnito ne les partage pas qu’avec nous. C’est aussi avec ses compères que le guitariste échange ses émotions. Ainsi, la mélodie satinée de « Pèlerinage » revêt-elle des tons vifs grâce à l’accompagnement coloré. Dans « Farandole», les développements à pleurer de la guitare se parent également d’habits étincelants grâce à la joie qui habite les percussions.

Je mentionnais plus haut qu’à chaque titre correspondait une culture différente. Mais avec la malice qui le caractérise, Arnito aime brouiller les pistes. Ainsi, trouve-t-on des incursions surprenantes dans certains morceaux. Pour preuve, notre musicien enrichit son périple brésilien (« Bulles De Soleil ») de notes secouées de guitare tzigane. Avec « Danse Des Flammes » et son solo versatile au rubab, on ne s’étonnera guère que notre multi-instrumentiste s’aventure dans le désert du Moyen-Orient. En revanche, l’insistance des cuivres nous renverra au soleil d’une autre contrée, Cuba. Eh oui, quelques notes de salsa : pourquoi se priver de pimenter une excursion en terre aride ? Et encore une fois, ce mélange des genres surprend moins qu’il ne nous saisit. C’est là la force d’Arnito : nous plonger dans un labyrinthe de sons sans nous perdre.
Avec sensibilité et adresse, Arnito sait mettre en valeur les cultures qui l’inspirent. En ce sens, il mérite tous les honneurs. Tour à tour entraînant et réflectif, Musiques De Mon Monde, Vol. 4 est fidèle à l’esprit d’ouverture que notre explorateur cultive depuis le début des années 2000.