Ulver – Flowers Of Evil

Flowers Of Evil
Ulver
House Of Mythology
2020
Jéré Mignon

Ulver – Flowers Of Evil

Ulver Flowers Of Evil

La surprise ne vient pas d’où on pouvait le penser. Si je vous dis Ulver, quitte à me répéter encore, encore (et encore), vous pensez caméléon, jeu de piste, style en mutation continuel, variantes multiples etc… Autant dans ses moments de bravoures que dans ses errements… Ulver, ancien représentant du black metal norvégien (déjà en dehors des clous) a la volonté de proposer à chaque sortie une transformation renouvelée, une nouvelle manière d’appréhender une réalité placée sous le signe du simulacre. La dernière offrande, The Assassination Of Julius Caesar avait tout d’un road-trip. Virée très, TRES, teintée eighties, Depeche Mode et Talk Talk en tête de gondole, pour un opus synthétique, gothique, groovy en apparence, peu avare en prouesses « progressives » et quasi expérimentales qui en avait marqué plus d’un il y a maintenant trois ans. Si on excepte cette parenthèse abstraite qu’est Drone Activity, commande de Redbull à la base mais épitomé conceptuel et drone dont seul est capable le groupe en condition (tout est dans le titre), Ulver a marqué les esprits par ce revirement rétro, attractif et quasi dansant. Sauf que là, la surprise, c’est qu’il n’y en a pas… Enfin, pas comme on l’entend. La surprise vient plutôt d’une continuité et non pas d’un chamboulement en grand écart. L’étonnement dans son absence… La surprise de Ulver, c’est celle qui ricane dans son coin. Parce que Flowers Of Evil, c’est quoi ?

Ulver Flowers Of Evil Band 1

Une assiduité. Une ténacité, même. Semblant parfaitement à l’aise dans ce style synth-pop, new-wave, approchant la synthwave, sans en enlever son avant-gardisme avec son image floue et fantomatique à divers embranchements, les Norvégiens ont opté pour un album sans ahurissement stylistique apparent. Sans effarement ou stupéfaction. Flowers Of Evil suit les traces de son précédent effort… Sans trop d’efforts… ? Celles d’une synth-pop mélancolique, aux relents électroniques et rythmes binaires qui, par delà sa pochette bien malsaine et ambiguë, donne à réfléchir aux travers du prisme du simulacre (Baudrillard ?), sur l’état d’un monde en décrépitude dont les comportements du passé se répondent aux simulations du présent. Rien de glorieux et encore moins d’optimiste. Bien plus épuré dans sa forme par rapport à The Assassination Of Julius Caesar, allant strictement à l’essentiel dans ses sonorités et arrangements, Flowers Of Evil paraît de prime abord comme fade, simple… Facile même. Fait sans difficultés, envoyé chez Mémé… Et pourtant, l’album tourne souvent parce que chaque détail se mue en pièce d’un puzzle qui s’accorde parfaitement. Alors que les modulations se répondent, que les détails surgissent ou se faufilent en douce, les Norvégiens arrivent à rendre inconfortable l’écoute par ces textes cyniques, en décalage et d’un malaise continu. Le poids des mots, la légèreté du style. Ulver piège le réel, intente, Ulver appâte par sa pop « transcendée » de la voix sombrement réverbérée de Kristoffer Rigg s’élevant au-dessus du marasme… Pour mieux le confronter au travers d’images de la pop culture et d’événements tragiques dans un éternel simulacre.

Ulver Flowers Of Evil Band 2

La mue des Norvégiens ne vient pas de l’extérieur mais est interne à l’album, même s’il faut bien avouer que le groupe joue sur une corde raide, bien fine et casse-gueule. Flowers Of Evil a tout d’une roulette russe par son inertie de façade et sa forme plus protocolaire, peut-être… Mais se montre plus radical dans son propos, sardonique, d’une pudeur de chimère. Ah oui, on fera peut-être quelques pas de danse, des stories quelconques, un tik tok va savoir… Mais en cela, Flowers Of Evil porte bien son nom. C’est le mal, l’allégorie de gestes désespérés, discutables et amoraux dans les entrelacs d’une synth-pop millimétrée, moqueuse sous cape, une sale intention, une destruction maladive en fait.

https://ulver.bandcamp.com/

 

Un commentaire

  • Babaluma

    Je l’attendais avec impatience celui-là! Encore éberlué par The Assassination of Jules Cesar et la tournée qui suivi, j’avais quelques doutes après avoir entendu les singles Nostalgia et Russian Doll pourtant intéressants mais auquel il manquait, semble-t-il, un je ne sais quoi.
    Ce je ne sais quoi qui manque, je l’ai retrouvé sur tout l’album lorsque je l’ai écouté la première fois. Des morceaux comme Little Boy un peu trop produits (et dont j’ai entendu une version live bien plus prenante au premier abord) m’ont laissé sur ma faim à la première écoute. Et pourtant…il faut bien se l’avouer je suis revenu, re-revenu et re-re-revenu sur cet album. C’était sans compter sur la propension d’Ulver à vous rentrer par oreilles, dans la tête et dans tout le corps pour vous convaincre. Ce son lourd, grave et puissant leur va à merveille et vous pénètre insidieusement. Ce groupe a toujours essayé des voies différentes avec plus ou moins de succès. C’est un choix artistique particulier et pas evident, mais qui montre une grande ouverture d’esprit. Faire différent à chaque fois comme l’a fait Ulver jusqu’à présent représente sans doute un vrai travail de concertation avec les membres du groupe. Toutefois on fini toujours dans ce cas par tendre vers une certaine recurrence, c’est normal, c’est humain personne ne peut prétendre savoir tout faire. On verra la suite que j’attends avec le même intérêt en espérant d’ici là que des concerts puissent avoir lieu.

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