Tammatoys – Conflicts

Conflicts
Tammatoys
Apollon Records
2020
Thierry Folcher

Tammatoys – Conflicts

Tammatoys Conflits

Allez ! On repart en Norvège. Décidément, je l’aurai fait souvent ce voyage. Je ne sais pas ce qu’il se passe avec ce petit pays de cinq millions d’habitants, mais il faut bien reconnaître qu’il empile les talents de renommée mondiale avec une régularité impressionnante (Wobbler, Airbag, Gazpacho, White Willow, rien que pour la partie progressive). Et puis, lorsqu’on descend dans la division inférieure, les belles surprises ne manquent pas. A commencer par Tammatoys et son album Conflicts qui risquent bien d’en surprendre plus d’un. Je dois avouer que lors de la première écoute, le coup de foudre n’a pas eu lieu. Je me disais : « tu ne vas pas faire une chronique uniquement pour quelques bouts de musique qui ont retenu ton attention !». Mais à chaque fois, quelque chose me poussait à revenir vers cet album à la manière d’une bonne adresse que l’on conserve jalousement. Petit à petit, l’ensemble prenait corps pour au final, éclater de toute sa classe au grand jour. Il faut savoir que la musique de Tammatoys se balade dans beaucoup de registres et c’est cet assemblage un peu bancal qui prend du temps à convaincre et qui demande de remettre le couvert plusieurs fois. Les gars de Tammatoys déclarent au grand jour être influencés par Porcupine Tree, Genesis, The Church ou Pink Floyd. Personnellement, j’ai beaucoup de mal à retrouver ces illustres références dans les cinq morceaux que composent Conflicts. A la rigueur, certaines parties vocales dédoublées me rappellent Steve Hackett, ce qui n’est pas forcément un atout. Moi, je verrais plutôt la marque de Simple Minds ou de Camel période Stationary Traveller, et là, c’est un sacré avantage. Cela dit, Tammatoys possède ses propres valeurs et mis à part quelques ajustements, il ne doit rien changer.

Drôle de parcours pour ce groupe qui jusque-là n’avait produit que deux EP, le premier en 1999 (Circles) et le deuxième en 2004 (Within A Dream). Deux pièces bien vertes mais non dépourvues de bonnes intentions. Et puis, plus rien pendant seize ans. Il a donc fallu attendre 2020 pour qu’enfin apparaisse Conflicts, un véritable premier album nettement un cran au-dessus. Drôle de combo aussi qui compte pas moins de trois vrais guitaristes dans ses rangs. Six musiciens organisés autour du duo fondateur composé du chanteur Kjetil Bergseth et du bassiste Øystein Utby. Le rock progressif a bien évolué, on s’en rend compte dans les thèmes abordés. Signe des temps, les propos sont plus sombres et en phase avec les déboires de notre Humanité. On est loin de la naïveté ou de l’imagerie fantasque des années 70. Il n’y a qu’à regarder la pochette de Conflicts pour s’en convaincre. Mais comme je le dis à chaque fois, dans le rock progressif c’est toujours la musique qui l’emporte. Et ici, question musique, il y a de quoi dire. L’album démarre doucement avec « I Will Follow », un titre à l’aspect dramatique et au climat lourd porté par une rythmique pesante vite éclairée par l’intervention judicieuse des guitares. La voix de Kjetil Bergseth suit la cadence et se travestit par moment en un Jim Kerr plus vrai que nature. Mais le meilleur intervient un peu plus loin quand la musique fait volte-face pour nous envoyer un passage progressif particulièrement réussi. C’est ce genre de trouvaille qui change la donne et accroche aussitôt l’auditeur casse-pieds que je suis. Un bon début qui met en appétit et place la suite dans les conditions idéales pour faire de Conflicts, une parfaite réussite. Le problème, c’est que « Downfall » qui enchaîne juste après sera plus conventionnel. Une déception ? Pas vraiment, mais peut-être une frustration de ne pas poursuivre l’aventure dans cet improbable mix Simple Minds à la sauce progressive appuyée.

Tammatoys Conflicts Band1

Les dix minutes de « Downfall » sont plus classiques mais pas dénuées de charme, même s’il m’a fallu un peu de temps pour adhérer à ce long morceau alambiqué. Le chant est moins convainquant mais tous les instruments sont à la fête et les changements de direction nombreux. Le titre s’achève par un solo de guitare destructeur confirmant le bon niveau de ce groupe atypique. Finalement, « Downfall » a réussi son coup, la jonction est faite et tout se met en place de façon cohérente. Mais alors, que dire de « Politics » qui sort carrément des clous en envoyant un punk rock débridé assez loin des schémas précédents ? Là, pour sûr on devient circonspect, l’inquiétude apparaît et tout semble bien compromis avant qu’un percutant solo de clavier ne vienne remettre la musique dans le bon tempo. Tammatoys nous trimbale et nous projette en tous sens sans aucun scrupule. Mais n’est-ce pas la marque des grands de ne pas s’installer dans la routine, de surprendre et de mettre l’auditeur mal à l’aise ? On le sait tous, la lumière a besoin de l’ombre et vice-versa. Tout compte fait, ce coup d’adrénaline a le mérite de lancer « The Conflict (part1) » comme une bouée à laquelle on a envie de s’accrocher désespérément. Eh bien croyez-moi, quel sauvetage ! Presque 15 minutes de bonheur où l’on croise Vangelis au début (The Friends Of Mr. Cairo pour les bruitages), ELP et sa rythmique soutenue ou encore Andrew Latimer pour la partie vocale. On passe de la furie à la sérénité d’un piano sans problème et la répétition d’une mélodie entêtante fait le reste. Seuls bémols, la voix un peu en-dessous et une fin trop abrupte à mon goût. Mais bon, dans l’ensemble c’est vraiment costaud. Enfin « Time », le dernier titre de l’album, possède le souffle des conclusions rassurantes. Un morceau que l’on peut résumer à un agréable cocktail de claviers « vintage », de passages chez Camel et de guitares inspirées.

Tammatoys Conflicts Band 2

Conflicts est un album surprenant, produit par un groupe hors norme et extrêmement joueur. Le titre « The Conflict (part 1) » laisse présager qu’une deuxième partie nous attend prochainement et c’est là que Tammatoys va devoir enfoncer le clou. Par rapport à ce premier essai, j’ai le sentiment que le potentiel de cette formation est amplement suffisant pour l’envoyer encore plus haut. Alors, vivement la suite, et puis, un énième voyage en Norvège ne me fait pas peur, je connais le chemin.

https://tammatoys.bandcamp.com/

 

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