Airbag – A Day At The Beach

A Day At The Beach
Airbag
Karisma Records
2020
Thierry Folcher

Airbag – A Day At The Beach

Airbag A Day At The Beach

Quatre ans après le très (trop?) Floydien Disconnected, revoilà nos amis norvégiens d’Airbag qui viennent nous rappeler qu’ils ont encore la foi et qu’ils savent toujours produire un rock progressif de grande qualité. Ce nouvel album était très attendu même si Bjørn Riis, leur talentueux guitariste, a su nous faire patienter grâce à ses deux derniers efforts solo, Forever Comes To An End en 2017 et A Storm Is Coming en 2019. Deux pièces atmosphériques imprégnées de climats sombres mettant en avant une guitare d’une grande virtuosité. Cela dit, Airbag n’est pas Bjørn Riis et vice versa. C’est toute la magie des rencontres, notamment celle avec Asle Tostrup, qui forge un son, une inspiration et donne définitivement une identité à la musique. Même si j’avoue avoir passé du bon temps avec les albums de Bjørn, je souhaitais maintenant retrouver l’intensité et l’inventivité de titres comme « All Rights Removed » ou « Homesick I-III » du génial All Rights Removed, toujours inégalé. Alors qu’en est-il de A Day At The Beach, ce tout nouveau Airbag désormais en formation trio ? Déjà « Machines And Men », qui fut proposé avant la sortie officielle de l’album, allait nous fournir de drôles d’indications. La construction, le son, les échos de la voix et même la façon de chanter m’ont tout de suite fait penser à du bon Archive. Une puissance qui monte crescendo, une basse omniprésente et un Bjørn Riis enfin libéré. La voix de Asle Tostrup, sans être exceptionnelle, fait maintenant partie du « son » Airbag et se trouve manifestement à l’aise dans ce registre assez tendu. Vers le milieu, un petit clin d’œil à leur compatriote de Gazpacho et voilà un morceau qui surprend et dont la mission sera de lancer l’album sur les chapeaux de roue.

Pour se faire une idée plus précise, on peut parler de « Sunsets », le second single dévoilé également en avant-première. Ce titre maintien une belle force avec des riffs quasiment hard mais aussi avec des passages très progressifs. Le solo de guitare est sublime et semble ne pas vouloir s’éteindre tellement il se trouve à l’aise ici. Deux longs morceaux de très haut niveau qui à eux seuls placent A Day At The Beach sur la base d’une franche réussite. De l’aveu même du groupe, c’est ce nouveau format à trois qui a dicté cette énergie et surtout l’obligation d’écrire différemment. Maintenant, il a fallu attendre quelques semaines pour enfin connaître la teneur exacte de l’album et donner un avis plus approprié à cette cuvée 2020. Le constat d’une écriture plus directe et nouvelle se confirme après une première écoute complète. A Day At The Beach est plaisant et fait preuve d’une belle maturité. La délicieuse naïveté des œuvres anciennes est désormais compensée par un savoir-faire incontestable qui installe définitivement Airbag parmi les artisans confirmés du rock progressif. Six titres pour presque cinquante minutes de musique qui puise son inspiration dans dans des structures progressives classiques mais terriblement bien faites. « A Day At The Beach (Part 1) », par exemple, prend son temps et développe une atmosphère qu’on connaît bien chez Fish. Un morceau introductif fait de répétitions et de boites à rythmes qui va servir à lancer le sublime « Into The Unknow », à la fois surprenant et terriblement familier. Cela commence par des séquences et des effets électroniques d’un autre âge servant de support au chant de Asle Tostrup qui ne s’effacera que pour laisser Bjørn Riis sortir des nuages et endosser son plus beau costume Gilmourien. Un titre bouleversant, de toute beauté.

Airbag A Day At The Beach Band 1

On pénètre aussi le concept de cette journée à la plage qui ne ressemble pas aux images de vacances habituelles mais plutôt à de tragiques épisodes opposant les puissants intouchables à tous ceux qui essaient de survivre contre vents et marées. On est en plein dans l’actualité et une fois de plus c’est la musique qui endosse le rôle du passeur de messages, bien utile dans nos sociétés cadenassées. Ensuite l’instrumental « A Day At The Beach (Part 2) » qui nous fait penser une fois de plus aux séquences répétitives de Gazpacho va préparer les presque dix minutes d’un « Megalomaniac » de grande classe. Le climat apaisé qui nous emmitoufle va soudainement se fissurer sous les assauts d’une guitare grinçante, rageuse et rassurante. Airbag sait montrer les dents quand il le faut. Dans son ensemble, A Day At The Beach est assez atmosphérique et planant, les tensions de « Machines And Men » et de « Sunsets » n’auront été que de fausses pistes. Du coup l’album est bien plus varié et s’écoute vraiment avec beaucoup de plaisir. C’est toujours difficile de donner un avis tranché et définitif sur une nouveauté tant attendue. On a tendance à enjoliver les choses et à tomber dans le piège du chef-d’œuvre incontournable. C’est le temps qui forcément aura le dernier mot et dira si on a affaire à une pépite ou seulement à un disque de plus.

Airbag A Day At The Beach Band 2

Ne boudons pas notre plaisir et ne tombons pas dans le défaitisme. Prenons les bons moments quand ils se présentent sans trop se poser de questions. J’ai adoré ce disque et c’est ce qu’il faut retenir. Bjørn Riis, Asle Tostrup et Henrik Fossum épaulés ici par le bassiste de Wobbler, Kristian Karl Hultgren, ont bien travaillé et ont su se réinventer sans trahir leur passion des musiques qui touchent l’âme. Airbag est de retour et le monde va beaucoup mieux.

https://airbagsound.bandcamp.com/album/a-day-at-the-beach

 

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