Pharmacist – Vertebrae After Vertebrae
Hells Headbangers Records
2026
Lucas Biela
Pharmacist – Vertebrae After Vertebrae

Pharmacist est une formation goregrind ayant vu le jour il y a six ans. C’est un Ukrainien établi au Japon, Kyrylo Stefanskyi, qui en a eu l’idée. Pour compléter son projet, notre chanteur / guitariste/ bassiste s’est adjoint les services d’un batteur local, affublé alors du nom de Therapeutist. Sur le plan musical, Pharmacist reprend les codes des premiers Bolt Thrower et Carcass, mais en les saupoudrant de thrash metal et de groove metal. Privilégiant les atmosphères menaçantes aux ambiances poisseuses, Vertebrae After Vertebrae est déjà le troisième album du groupe ukraino-nippon.
Dans ce nouvel album de Pharmacist, le triomphalisme sait se mettre en scène. Pour preuve, « Propelling Inwards » est un festival de riffs conquérants et de polyphonies certes repoussantes mais intransigeantes. Le rythme y jongle avec adresse entre vitesse et modération. Cependant, il me semble que nos deux acolytes se fourvoient dans la conclusion. Celle-ci relève en effet plus du m’as-tu-vu « groove » que de la bataille victorieuse. Porté par des riffs fulgurants, une succession de galops et de blast beats, ainsi que des discours implacables, « Bubonic Malacia Bloom » est un autre exemple de témérité. Pour conclure sur le volet conquérant, la diversité des tempos, les riffs impitoyables et l’aplomb des voix rendent les morceaux à la fibre « thrash » très percutants.

Sur d’autres pistes, c’est l’angoisse qui domine. Ainsi, dans « Vertebrae After Vertebrae », les guitares foudroyantes, la batterie hagarde, et les grognements effrayants sont de connivence pour suggérer la terreur. « Endogenica » présente des assauts rythmiques écrasants que les cris d’horreur parviennent à dompter. Les cymbales dubitatives et les guitares bouleversées achèvent d’imposer une ambiance d’épouvante. En outre, derrière les rythmes véloces et les guitares ténébreuses de « Lazure Sphacelation » se cachent la peur et la tension. L’intervention de growls indécis et de grognements troublés ne présage rien de rassurant non plus. Par un savant mélange de riffs hallucinés, de rythmiques troublées, et de voix alarmées, nos deux compères arrivent à créer des ambiances mouvementées.
Triomphalisme d’un côté, terreur de l’autre : et pourquoi pas ne pas combiner les deux ? Prenons le cas de « Mimicring The Organics ». Dans un premier temps, la batterie est affolée, les guitares confuses et les voix discordantes. Mais soudain, l’assurance s’empare d’elles pour une séquence survitaminée. Il est difficile cependant de ne pas remarquer que la transition manque de liant. Cet oubli sera rattrapé dans « Zenith Of Mnemonic Forensication ». Sur un rythme de valse (!), la guitare y présente des effets ondulants intéressants. Le triomphalisme se met progressivement en place mais il est ravalé par des gargarismes asphyxiés et des cymbales angoissées. Les contrastes s’imbriquent bien les uns les autres, et on ne peut qu’adhérer à l’effet qu’ils produisent. Mais comme avec « Propelling Inwards », on regrette une fin bâclée. En effet, à mi-chemin, le duo préfère entrer dans une jam « groove » plutôt que de nous plonger dans les ambiances effroyables qu’ils s’était efforcé d’installer jusque-là. Néanmoins, avec cette dichotomie entre angoisse et assurance, nos deux amis montrent qu’ils parviennent à manier les émotions avec habileté.

Proposant un langage à la fois dynamique et effaré, Pharmacist se posent en fers de lance du goregrind actuel. Ayant bien assimilé les rouages de la mécanique death/grind des premiers Carcass d’un côté, et l’intelligence rythmique de Bolt Thrower de l’autre, le duo cherche cependant moins à révolutionner le metal extrême qu’à en perpétuer l’esprit. Ils réussissent dans cette entreprise, même si l’on peut regretter des conclusions parfois trop négligées.