Live report TEMIC + Kingcrow

Live report TEMIC + Kingcrow au Backstage By The Mill, Paris
2026
Lucas Biela

Live report TEMIC + Kingcrow au Backstage By The Mill, Paris

Live report Kingcrow + TEMIC

Le 21 octobre, Garmonbozia invitait les Franciliens à venir applaudir deux groupes, Kingcrow et TEMIC. Ces formations présentent deux point communs. D’une part, elles évoluent dans le metal progressif. D’autre part, elles sont signées chez Season of Mist, un label spécialisé dans le metal extrême, mais qui au fil du temps a élargi son offre.

Live report Kingcrow + TEMIC band1

Kingcrow nous viennent d’Italie et, forts de huit albums en trente ans d’existence, se sont forgés une belle carrière dans le milieu progressif. Les ambiances développées par le combo sont assez variées. Ainsi, au rayon de l’optimisme, un rythme dansant peut s’accommoder de guitares obsédantes et de claviers alarmés, tout en mettant en valeur un chant exalté. La passion qui envahit ce dernier va même jusqu’à se traduire dans les expressions du visage. Mais dans le registre confiant, le chant présente déjà les deux facettes d’un contraste qui est amené à dominer le set de nos Italiens. Ainsi, malgré une marche triomphante et des claviers sautillants, la voix navigue entre sérénité et amertume tandis que la guitare délivre des notes à fleur de peau. Ailleurs, même si le chant s’aventure en terre aiguë pour rentrer dans un moule disco, rien n’y fait, il s’entête dans sa contrariété. Il faut attendre le refrain enjoué et un pont éthéré pour le délivrer de ses démons.

À côté de l’enthousiasme, l’accablement n’est jamais très loin. Pour preuve, c’est dans une ambiance apocalyptique, portée par des guitares terrifiées, qu’un chant enlevé tente de faire renaître l’espoir. Et malgré les éclaircies, les guitares sinistres et les roulements désemparés assombrissent le ciel. Une pièce comme « Closer » s’enfonce même davantage dans le désarroi. Cette fois-ci, notre chanteur est submergé par l’affliction. Son désenchantement suit un accompagnement certes morne mais fascinant. Le salut vient de la guitare, dont les nappes sereines font oublier celles désolées qui masquaient l’horizon.

Avec la coexistence de deux mondes, l’un tourmenté, l’autre décontracté, on entre dans le vif du sujet. Comment en effet ne pas être interloqué quand claviers angoissés, voix vindicative, guitares lugubres et rythmes hésitants font place à des chœurs éthérés et au relâchement. Les contraires font à nouveau bon ménage quand voix enlaçante et musique planante cèdent le pas à des guitares éplorées et à une voix hantée. En aparté, pour mettre encore plus de confusion, la batterie file droit quand la guitare se voit torturée. Et on n’est pas au bout de nos surprises. En effet, dans un autre contexte, claviers nostalgiques contrastent avec rythmes robotiques. À travers son phrasé saccadé, le chant soutient ce schéma. Mais il finit par s’en détacher quand l’onirisme vient le chercher. Plus loin, dans une alternance d’orages tumultueux et d’éclaircies éblouissantes, le travail des voix est admirable. S’y côtoient en effet sans anicroche colère, désarroi et félicité. Avec « Moth », c’est à nouveau le chant qui nous subjugue quand aux rythmes sautillants et à l’énergie ambiante répondent de belles voix superposées baignant dans un éther bouleversant. Enfin, alors que l’on ne s’y attend pas, une atmosphère tourmentée peut tourner à un cadre festif sans que le désarmement porté par la voix n’en soit affecté. Les échos perturbés des chœurs finissent même par nous donner des frissons. Avec Kingcrow, la surprise vient des contrastes, assemblés de main de maître par un collectif très soudé.

Live report Kingcrow + TEMIC band2

La formation muti-nationale TEMIC met également les clairs-obscurs à l’honneur. Ainsi, quand sur fond orageux, la voix clame son désespoir, les chœurs entraînants donnent du baume à son cœur. De même, alors que l’atmosphère est sinistre et oppressante, le chant y distille un parfum de liberté. Avec ses solos aériens, la guitare cherche d’ailleurs à rejoindre la voix dans son entreprise. Mais, sans déroger aux contrastes, chant et musique peuvent se mettre au diapason. Ainsi, dans ce qui s’apparente à une semi-ballade, la plainte domine dans les teintes embrumées typiques des derniers opus de Talk Talk, tandis que l’espoir suit les passages énergiques.

Les contraires se donnent également rendez-vous dans les marches triomphantes. Autour de claviers hantés par la peur de se retrouver nez à nez avec Michael Myers, le rythme conquérant peut faire intervenir des invitations à la danse. Malgré ces appels au déhanchement, la voix, tour à tour enlaçante et éplorée, reste rongée par le chagrin. Et comme si le mélange improbable de dynamisme et de peine ne suffisait pas à nous étourdir, l’effet est complet avec les motifs tourbillonnants de la guitare. Dans un autre moment triomphant, c’est cette fois-ci une voix énergique qui nous saisit. Avec son mélange de colère et d’effroi, elle finit néanmoins par s’attendrir une fois le refrain venu. Ainsi, les morceaux au groove affirmé ou sans détours voient les mélopées se farder d’espoir. Alternance de lourdeur tellurique et de légèreté céleste permettent en effet à notre maître des mots de jongler entre enjouement et détresse. Mais il n’est nul besoin de contrastes pour transir l’auditeur. Ainsi, ce sont les paysages désolés des Blue Nile que « Broken » nous invite à admirer. Paroles mi-chantées mi-susurrées touchent au plus profond de l’être. Et alors que les envolées lyriques nous troublent encore plus, les sifflements lents de la guitare achèvent de nous pétrifier.

Le compte rendu ne serait cependant pas complet si l’on ne mentionnait pas les bœufs émaillant la prestation des TEMIC. Ainsi, dans une grande jam où se croisent fureur et musicalité, on se met à sourire quand la guitare aérienne calme les ardeurs de ses camarades. C’est également dans un contexte où les chœurs solaires déjouent les velléités apocalyptiques d’à-coups rythmiques et de grondements assourdissants, qu’une autre jam se met en place. Bien complice celle-ci, elle met en avant la créativité des uns et des autres. Ailleurs encore, au décours d’airs victorieux et dans un moment de répit pour le chant, claviers et guitares semblent avoir croisé sur leur chemin… des champignons hallucinogènes ! En bref, TEMIC ont joué non seulement avec nos émotions mais également avec notre curiosité.

La soirée passée en compagnie de Kingcrow et de TEMIC au Backstage By The Mill fut riche en contrastes. Les deux groupes présentent en effet des compositions bien rythmées mais avec un fond vocal où faste et dépouillement partagent la même table.

https://temicband.com/

https://www.kingcrow.it/

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