Live report Sebastian Rochford & Kit Downes au Kings Place de Londres

Live report au Kings Place de Londres
Sebastian Rochford & Kit Downes
ECM
2024
Lucas Biela

Live report Sebastian Rochford & Kit Downes au Kings Place de Londres le 11 janvier 2024

Seb Rochford & Kit Downes live report

GBH ? Non, j’aime bien les tout premiers albums, mais nos punks ne sont plus dans la fleur de l’âge… Reality Unfolds (festival hardcore/screamo/extreme) ? Non, j’aime bien Pupil Slicer, mais transpiration et froid glacial ne font pas bon ménage… Abba Voyage ? Non, je n’aime vraiment pas les « fac-similés » d’artistes sur scène. Sebastian Rochord & Kit Downes ? Ah là oui, voici un duo qui avait sorti un fort bel album sur LE label de jazz « onirique », ECM. Découverts à l’occasion de mes recherches insatiables de nouveautés pour mes émissions du jeudi, j’avais été immédiatement séduit par leur musique. Mais pourquoi cette liste de noms ? En fait, je suis à Londres en ce début d’année, et ce sont d’autres recherches (de concerts donc) qui m’ont amené à choisir notre duo.

Comme précédemment pour le concert de Ché Aimee Dorval, c’est avec mon frère que j’ai prévu d’assister à la prestation scénique de nos deux Anglais. Quelques mots à leur sujet. Sebastian Rochford est le fils du poète Gerard Rochford, décédé en 2019, auquel il rend hommage dans son dernier album en date (A Short Diary). Celui-ci comprend principalement des compositions que le batteur a écrites sur le piano de son grand-père dans sa ville natale d’Aberdeen, avant de les enregistrer en compagnie de son ami pianiste Kit Downes. Si l’on lorgne sur le parcours de chacun des deux musiciens, on voit une nette contribution au jazz britannique depuis le début des années 2000 (avec des noms récents comme Polar Bear ou Sons Of Kemet ou plus anciens comme Django Bates ou Andy Sheppard). On notera également des contributions à bien d’autres styles (Brigitte Fontaine, Babyshambles, Squarepusher, Acoustic Ladyland… ), témoignant de leur éclectisme. C’est donc à des musiciens chevronnés et très demandés que l’on va se frotter dans la soirée qui nous attend.

Seb Rochford & Kit Downes_live report band1

Aux notes lentes du piano, ponctuées de silences propices à l’introspection, et héritées du romantisme de Fryderyk Chopin, de l’impressionnisme de Claude Debussy, et du modernisme d’Erik Satie, répondent les explorations atmosphériques des baguettes, des maillets, des balais, voire des mains du natif d’Ecosse. D’emblée, on comprend que ce n’est pas un duo anodin qui va nous accompagner pendant 1h15. En effet, dans cette musique, les échos néo-classiques nous enchantent et de riches atmosphères stimulent notre imagination. Par ailleurs, les intrigues sont au rendez-vous avec une construction en « slow burner », où le piano mélancolique donne souvent le la, avant que l’ensemble ne glisse sur un terrain festif (le rappel, ode à l’Ecosse), ou plus dépressif (« on se croirait en Finlande en plein hiver »). On pourra même être témoin de moments lugubres quand les graves du piano donnent des airs de marche funéraire, ou encore de passages de colère, inspirant à mon frère cette réflexion : « c’est le moment black metal ».

Vous l’avez compris, les ambiances varient et permettent de tenir le public en haleine. Sebastian, maniant par ailleurs, dans ses présentations des morceaux, l’humour avec autant d’adresse que les accessoires de sa batterie, l’ennui n’a pas sa place dans la prestation qu’il partage avec Kit. A l’exception de rares moments, comme des rythmes rappelant légèrement le motorik beat popularisé par Can et Neu dans les années 70, la batterie s’exprime moins dans un langage groove que dans un langage émotionnel, dans le prolongement de ce piano qui alterne entre un univers pensif et un univers plus festif. On pourrait même rapprocher cette alternance d’ambiances de celle à laquelle nous avait habitué le regretté T Lavitz (Dixie Dregs, solo). Dans une syntaxe mélodique, les deux instruments qui se font face construisent des phrases tantôt simples, tantôt complexes, mais toujours d’une grande richesse et d’une fluidité non moindre. A nos côtés est assise une maman et son fils, le seul spectateur de moins de 18 ans. Il fait de la batterie et c’était l’occasion rêvée pour lui de voir une façon bien personnelle d’en jouer et de l’inspirer. J’ai trouvé touchant qu’il batte la mesure pendant la prestation, notamment lorsque sa paume rencontrait celle de sa mère. Cette dernière était confuse à la fin du spectacle, s’excusant pour son petit. Moi et mon frère avons essayé de lui faire comprendre que cela nous avait fait apprécier davantage la soirée. Je ne peux d’ailleurs que féliciter cette maman d’avoir fait partager un moment aussi magique à son fils : c’est avec des modèles non conventionnels (le jeu de Sebastian est vraiment atypique, loin des standards du jazz comme vous avez pu le lire plus haut) que l’on arrive à se dépasser en musique.

Seb Rochford & Kit Downes live report band2

crédits photo : David Auckland (concert du 10 janvier 2024 à Norwich)

Le set était un peu court (1h15 avec le rappel) mais la passion et la concentration qui animaient nos deux vedettes de la soirée pourraient justifier un épuisement physique (nerveux ?) sur un temps plus long. La qualité était au rendez-vous avec des plages variées et des « twists and turns » pendant les morceaux (« c’est du prog » comme me confiait mon frère quand je lui ai parlé de slow burners). Sebastian Rochford et Kit Downes : deux artistes qui ont déjà fait pas mal de chemin, mais qui ne sont pas prêts de s’arrêter en si bon… chemin.

https://ecmrecords.com/product/a-short-diary-sebastian-rochford-kit-downes/

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