Live report – Partie 2 Festival Au Fil Des Voix, 19ème édition, 360 Paris Music Factory et Le Trianon, du 29 janvier au 14 février 2026

Live report - Partie 2 Festival Au Fil Des Voix, 19ème édition, 360 Paris Music Factory et Le Trianon, du 29 janvier au 14 février 2026
2026
Lucas Biela

Live report – Partie 2 Festival Au Fil Des Voix, 19ème édition, 360 Paris Music Factory et Le Trianon, du 29 janvier au 14 février 2026

Live report Festival Au Fil Des Voix, 19ème édition

Je vous en avais parlé dans la première partie du compte-rendu, la surprise est au rendez-vous du festival Au Fil Des Voix. Ainsi, quand Laura Perrudin fait jouer les mots sur sa harpe préparée, Hausmane use de sa voix cotonneuse pour nous plonger dans une atmosphère feutrée. Avec énergie, Karen Nerak dessine des esquisses urbano-latines que la formation transatlantique Combo Efectivo lui permettra de transformer en un tableau aux mille couleurs. Ayant grandi aux Pays-Bas, Meral Polat a toujours gardé un lien fort avec ses racines kurdes, et son plaidoyer pour la liberté résonne très fort à travers sa musique à la fois sombre et festive. Avec Bonbon Vodou, le maloya est réinventé avec ingéniosité, puisant aussi bien dans le blues du Bayou que dans la chanson décalée. Enfin, Tribeqa, tout comme David Walters et K.O.G. Soundsystem mettent leur mélange de tradition et de modernité au service de rythmes contagieux.

Laura Perrudin, le 6 février 2026

Festival Au fil des Voix édition 19 band 9

Seule sur scène, Laura Perrudin suspend le temps. Quand sa voix vogue entre mythe et réalité, jouant sur le sens propre et le sens figuré des mots, elle sait nous « méduser ». En revanche, autour d’un jeu de harpe peu conventionnel et entre étonnement et désillusion, on ne peut s’empêcher de penser à l’OVNI Joanna Newsom. Bien entendu, les ondulations des cordes de l’instrument nous plongent dans la rêverie. Mais il suffit que la jeune femme y insère différents objets, à la manière des pianos préparés, et la voilà prête à explorer de nombreuses pistes. Ici, les mélodies sont mises en cadence, là les cordes dansent, là-bas encore le propos est rendu plus grave. Et quand l’autrice-compositrice empoigne sa guitare, c’est d’une voix enchanteresse qu’elle entonne une folk qui peut prendre des intonations aussi bien rustiques qu’oniriques. Avec une réflexion intéressante sur le temps, Laura Perrudin sait mettre ce dernier à profit pour nous évader et nous immerger dans des univers fascinants.

Hausmane, le 6 février 2026

Festival Au fil des Voix édition 19 band 10

D’une voix cotonneuse à la Chris Rea qui sait étreindre les mots, Hausmane nous transporte sur un petit nuage. Ses falsettos émouvants et les intonations à la Kevin Gilbert achèvent de nous subjuguer. Et comme si cela ne suffisait pas, la choriste qui accompagne notre homme nous envoûte de sa voix charmeuse et de ses vocalises touchantes. D’ailleurs, le talent de la jeune femme ne s’arrête pas là puisque son violon aux accents aussi bien flottants qu’enlaçants drape les compositions de velours. Que ce soit dans l’ambiance de recueillement de « Happen » ou aux rythmes secoués de « At The Door », l’alchimie entre les voix et les instruments est parfaite et la magie opère. Sans crier gare mais pour notre plus grand bonheur, les ambiances passent de tons éclatants à ternes, jusqu’à un final à fondre entre batterie lascive, guitare perlante et chant sinueux. Alternant univers intimiste et jubilation communicative, la musique d’Hausmane et de ses comparses sait captiver le public.

Combo Efectivo, le 7 février 2026

Festival Au fil des Voix édition 19 band 11

Membre de la formation transatlantique Combo Efectivo, Karen Nerak présente en introduction quelques-unes de ses propres créations. Dans sa quête de rapprochement des traditions latines et des rythmes urbains, elle crée le rythme avec sa voix et joue de la flûte amérindienne. Et ce n’est pas tout puisqu’elle chante aussi avec entrain de son timbre grave, rappe avec frénésie et mime même le son d’une trompette en respectant le placement des doigts pour que l’illusion soit parfaite. Une véritable femme-orchestre ! On retrouve ces éléments quand elle s’entoure de ses compatriotes Colombiens et de ses amis Français. Avec Combo Efectivo, on n’est pas loin des fanfares de rue. Mais la leur brouille les pistes. Quand des couleurs andéennes l’habillent (on peut alors penser à Los Jaivas), on est loin de s’imaginer que le hip hop mais aussi l’humour distillé par des cuivres espiègles et une flûte malicieuse seront de la partie. Et autour d’un jazz-rock latin (c’est à Caldera qu’on pense cette fois-ci), la marche défie l’espace-temps en prenant des allures cosmiques. La trompette spectrale vient même prolonger le rêve intergalactique. L’audace saisit la section cuivrée et autour du tambour et des maracas, le rythme s’emballe. On se réveille ainsi sur des terres tribales pour une transe étourdissante. Ailleurs, quand ce n’est pas un jazz funk porté par des cuivres alors sur leur 31, ce sont d’autres fusions qui jouent avec nos sens. Ainsi, que d’émotion dans les effluves éthio-jazz qui émanent des cuivres sinueux. Autour du piano sautillant, nous voilà aussi surpris par une fusion colorée digne d’Irakere, du temps où Chucho Valdés aimait assaisonner sa salsa d’épices jazz-rock. Et quand le rythme danse d’un pas dub, la fantaisie rencontre la décontraction. J’évoquais les cuivres élégants, mais ceux-ci peuvent laisser leur costume au vestiaire pour partir dans des solos enflammés. De même, les claviers aiment inviter à la détente, mais leur imagination étant débordante, ils savent aussi s’engager dans des aventures fantasques. C’est un peu comme si le T Lavitz de « Tears » passait à celui du « I’m Freaking Out » des Dixie Dregs. Quand ce n’est pas sa flûte versatile, c’est la large palette vocale de Karen qui a de quoi impressionner. Rap acerbe, mélopées envolées, récitatif appliqué, voix passionnées avec trémolos saisissants, tout y passe ! Quelques duos marquants émaillent la prestation de notre « combo efficace ». Pour preuve, alors que nous sommes submergés par un torrent de rythmes, le saxophone et les claviers ont la bonne idée de suspendre le temps à travers leurs notes enlacées. A l’inverse, c’est un dialogue passionné qui anime la trompette et la basse en marge des improvisations farfelues du rappel. Ainsi, à travers leur univers extravagant aux multiples influences, Combo Efectivo affichent avec piquant complicité, énergie et fantaisie.

Meral Polat, le 10 février 2026

Festival Au fil des Voix édition 19 band 12

Avec Aynur Doğan, Meral Polat s’impose comme la voix du Kurdistan aux Pays-Bas. Comme j’apprécie le rock anatolien (ce ne sont pas Liraz ou AySay qui diront le contraire), l’univers de la quarantenaire m’a tout de suite attiré. Mais dans la salle, je croise, ô surprise, Laurence Haziza. Je ne manquerai pas de reprendre contact avec elle cette année pour Sacré Sound  et Jazz’n’Klezmer. Mais revenons à Au Fil Des Voix. Partageant souvent un désespoir amer, la voix de Meral Polat donne des frissons. La musique se veut alors sur ses gardes. La batterie est désemparée, la guitare reste sur le qui-vive et les notes enchevêtrées des claviers traduisent un certain trouble. Et cependant les ornements caractéristiques du rock anatolien apportent un peu de fantaisie. Quand ceux-ci s’associent à des rythmes ondulants, une certaine suavité parcourt le récit et la voix se relâche. L’ambiance étant alors propice tantôt à l’introspection tantôt au déhanchement, le chant nous étreint avec bienveillance, mais toujours avec ce timbre rêche à frémir. Au décours de ces éclaircies, Meral esquisse des pas de danse avec son tambourin. Mais elle n’hésite pas aussi à rejoindre le public pour tourner sur elle-même à la manière des derviches tourneurs. Triste ou souriant, ces deux visages se retrouvent également dans le jeu de l’orgue. Les accents liturgiques de l’instrument font baigner l’atmosphère dans la contemplation, tandis que la fantaisie à laquelle il s’adonne autrement fait rentrer les morceaux dans la danse. Et sur ce dernier volet, on notera que notre chanteuse ne se gêne pas pour faire valser les conventions quand elle se livre à des onomatopées songeuses ou à des mélopées saccadées. Qu’il se mue en dub hanté, en drum’n’bass étourdissant, en trip hop rêveur, en rock psychédélique enivrant, en blues embourbé, ou encore en jazz-funk entraînant, le rock anatolien de Meral Polat est protéiforme et fait passer l’auditeur par de nombreuses émotions.

Bonbon Vodou, le 11 février 2026

Festival Au fil des Voix édition 19 band 13

Bonbon Vodou, c’est un duo qui revisite de manière amusante les musiques des Caraïbes. Ce décalage peut se manifester dans le traitement des voix. Ainsi, autour de la procrastination, quand l’un parle l’autre chante, nous ramenant à la grande époque de Frank Zappa ou des moins connus Rip Rig & Panic. De même, dans l’incitation à faire bouger son derrière, à la voix nonchalante de Jérem Boucris répond le chant habité d’Orianne Lacaille. Sur une musique le plus souvent très rythmée (il faut souligner la performance exceptionnelle de la batteuse, Yann-Lou Bertrand), les camarades de jeu de notre duo se permettent aussi de jouer dans la cour de l’humour. Ainsi, sur le thème des rites funéraires, c’est avec malice que la trompette répond aux voix incantatoires. De même, autour d’un excès de « testostérone », comment ne pas sourire à la surprise du saxophone et à l’amusement des claviers. Sur le thème inverse, à savoir la « chasteté », les cuivres farfelus tranchent avec les voix en canon dont la gravité est mise en exergue par une trompette haendelienne. Mais nous ne sommes pas au cirque ni à un spectacle humoristique, et la formation parvient à trouver un équilibre entre légèreté et profondeur. Le duo de flûtes pastorales qui illustre « l’absence » est ainsi tout aussi touchant que les chœurs en soutien de la voix chaleureuse d’Orianne. Autre duo, c’est en rendant hommage de manière rythmée aux ancêtres que le saxophone et la flûte revêtus de leurs plus beaux atours apportent élégance et tenue aux récits poignants de Jérem et Orianne. Et sur le morceau-titre du dernier album, « Épopée Métèque », c’est non seulement le chant affectueux de la batteuse qui nous émeut, mais également le contraste entre la voix touchante d’homme-enfant de Jérem et les mélopées passionnées d’Orianne. On retrouve également cette belle complicité à l’évocation des « mains d’or », quand un beau contrepoint vocal rejoint le chant cristallin de la belle. Humour, émotion, et vitalité ont rythmé la performance de Bonbon Vodou.

Tribeqa, le 13 février 2026

Festival Au fil des Voix édition 19 band 14

Avec Tribeqa, on plonge dans une musique rythmée où le balafon et le vibraphone apportent une touche tropicale. À travers cette broussaille percussive, la guitare délicate d’Étienne Arnoux tente de se frayer un chemin. Tour à tour réflective et solaire, elle apporte un peu du Brésil d’Egberto Gismonti. On la laisse même voyager au Sahara pour délivrer quelques notes de blues touareg. En revanche, la voix fluette mais suave de Malou Oheix vole avec poésie au-dessus de cette forêt dense. Quand nos amis posent leurs valises en Jamaïque, le chant devient plus puissant, révélant la versatilité de la jeune femme. Quelques samples de voix locales font sortir la musique de la jungle pour l’ancrer dans les villages africains. Malou en profite alors pour nous mettre à l’aise avec des lignes langoureuses agrémentées d’aigus touchants. Au contact de territoires disco-funk, la chanteuse fait même preuve d’audace dans ses élans passionnés. Par ailleurs, à travers ses frappes amusées, Josselin Quentin apporte un peu de fantaisie, réveillant l’esprit du regretté Dave Samuels (Spyro Gyra). Le spectacle ne saurait être complet sans une jam enflammée entre le vibraphoniste et le batteur, Julien Ouvrard. Et les deux vont aller encore plus loin, quand Josselin se munit de baguettes pour transformer le solo de son compère en batucada. De retour après douze ans d’absence, Tribeqa ne semblent pas montrer de signe de lassitude. Bien au contraire, leur enthousiasme et leur complicité sont gage d’une nouvelle ère créatrice pour la formation.

David Walters, le 13 février 2026

Festival Au fil des Voix édition 19 band 15

Avec David Walters, les Caraïbes sont à nouveau à l’honneur. Mais ici point d’humour comme chez Bonbon Vodou. Il s’agit d’une relecture moderne du zouk. On l’acoquine avec un jazz-funk tonitruant, mais on le fait aussi cohabiter avec d’autres musiques, tout aussi entraînantes. Ainsi, sur un r’n’b technoïde, c’est une voix exaltée et des claviers tourbillonnants qui nous font entrer dans une valse enivrante. On a également droit à un voyage dans la blaxploitation des années 70, avec guitare bensonienne et claviers vintage s’il vous plaît ! On ne fait pas les choses à moitié. Le disco-funk peut aussi prendre des couleurs 80’s, et on retrouve alors la pimpance de Prince dans la voix. David chante, mais il joue aussi très bien de la guitare (n’ai-je pas parlé de George Benson plus haut ?). Et loin de se cantonner à ce rôle de chanteur-guitariste, il frappe aussi sur son conga et interagit régulièrement avec le public, allant même jusqu’à sa rencontre dans la fosse. Quand il tâte de son instrument de percussion, c’est souvent pour rentrer dans des jams passionnées avec le batteur Andy Berald-Catelo et le clavier Xavier Belin, rendant le spectacle encore plus vivant. Il n’est pas étonnant que ses concerts soient si plébiscités. Jouant au « Ti Love », le trio surprend aussi par sa maîtrise du langage dub. Basses profondes et échos cosmiques font alors la joie des amateurs du genre. Auparavant, Andy et Xavier s’étaient aussi lancés dans une petite improvisation jazz. J’aime quand les musiciens partent dans d’autres styles, c’est une forme d’hommage aux musiques qui les ont façonnés. Avec son zouk protéiforme, ses excursions dans d’autres genres, et son charisme, David Walters a assuré un show de qualité.

K.O.G. Soundsystem, le 13 février 2026

Festival Au fil des Voix édition 19 band 16

Originaire du Ghana, Kweku Sackey s’est associé avec un DJ pour délivrer un spectacle à fort potentiel dansant. En effet, autour de musiques techno, africaines, ou électro-funk, les rythmes tribaux de ses percussions incitent à se déhancher. Saïd, l’accueillant fondateur du festival, avait d’ailleurs prévenu : « Ceux qui sont au balcon sont invités à descendre dans la fosse ». Outre un jeu de percussion original, c’est la voix du Ghanéen qui interpelle. Chant aigu, chant de gorge, flow rap hargneux ou même chant lyrique, il les maîtrise tous et passe avec aisance de l’un à l’autre. Et comme si cela ne suffisait pas, il danse également avec la grâce d’une gazelle et la majesté d’un lion. Par ailleurs, à la manière d’un coach sportif, il rend son spectacle interactif en faisant participer le public. Mais dans ce tourbillon d’agitation, quelques pauses sont les bienvenues. Ainsi, Kweku nous touche quand il se retrouve seul avec son petit kalimba. De même quand il fait quelques démonstrations avec ses baguettes, on lui découvre des aptitudes dans la transmission de savoir. Véritable entertainer, notre homme aux mille visages multiplie les talents tout en transformant la salle de spectacle en rave party.

Vous le voyez à la lecture de ce compte-rendu, le festival Au Fil Des Voix est une véritable institution en terme d’éclectisme et de versatilité. On est ému aux larmes, on rit, on danse, on chante, on y découvre d’autres horizons, bref on vit. Bousculer nos acquis, exciter notre curiosité, cette série de concerts y parvient par des choix audacieux.

https://www.aufildesvoix.com/

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