Live report Messa + The Night Eternal
2026
Lucas Biela
Live report Messa + The Night Eternal, à La Marbrerie, Montreuil, le 1er novembre 2026

Le soir du 1er novembre 2026 à La Marbrerie de Montreuil, Sanit Mils présentait deux formations ayant démarré dans les années 2010. Messa, d’un côté, se sont forgé un nom dans le milieu du doom metal par leur association audacieuse de structures lourdes et de passages éthérés. The Night Eternal, d’autre part, lorgne du côté du heavy metal 80’s tout en le saupoudrant d’influences gothiques.
The Night Eternal, justement, nous viennent d’Allemagne. Avec Unto Others, ils font partie de ces groupes à la frontière entre le rock gothique et le heavy metal. Les tonalités sombres, on les retrouve surtout dans le chant grave et les guitares plaintives. Ainsi, les mélopées passionnées qui parcourent la chevauchée entraînante « The Veins Of Time » glacent le sang. « Prince Of Darkness » nous remue également avec ses implorations et ses guitares torturées. Avec « Caught In The Spell », les guitares éplorées et les accents désespérés de la voix parviennent même à nous tétaniser. En revanche, le chant vindicatif gorgé d’amertume d’« Eurydice (Don’t Look Back) » nous rappelle à quelle famille le groupe appartient. Il en va de même avec les accélérations fulgurantes et les galops à taper du pied de « Prince Of Darkness ». À la fin du set, la débauche d’énergie, allant jusqu’aux blast beats, ravit également la foule. L’originalité du combo vient néanmoins des rythmes discoïdes qui parsèment les compositions. Dans un univers mêlé d’inquiétude et de désemparement, ces moments impromptus apportent une touche de fantaisie rafraîchissante. À titre d’exemple, entre deux hésitations, la batterie de « Where This World Ends » aime se lancer dans un de ces défis qui mettent en mouvement nos hanches. Mais rassurez-vous, il n’est pas question ici d’un mélange indigeste, mais d’influences discrètes pour rendre le propos moins monolithique. En bref, la prestation de nos Essenois était de qualité, même s’il était difficile de distinguer clairement le chant.

Messa est un quatuor italien qui brille par les contrastes entre noirceur et onirisme. En effet, les rythmiques pachydermiques y sont accompagnées de voix incantatoires. Ainsi, « Babalon » mêle avec adresse désarroi, éberluement et mystère. Avec « The Dress », c’est non seulement un chant jonglant entre incantations et implorations qui nous interpelle, mais également les guitares troublées. Et la surprise y vient aussi bien du plan jazz-fusion dans lequel se vautre la guitare, que des blast beats fortement encouragés par les claps du public. Les rythmes pachydermiques sont également bien ancrés dans des titres comme « Thicker Blood » et « Immolation ». Cependant, le chant y apporte à nouveau son lot d’interrogations. Habité comme émerveillé, il sait nous captiver. En outre, les arabesques énigmatiques qui s’échappent du monde oppressant d’« At Races » vont dans le même sens. Avec « Reveal », ici encore, alors que des blast beats ponctuent des riffs sabbathiens, de belles implorations s’extirpent de l’atmosphère suffocante. D’ailleurs, en parlant d’univers tourmenté, la jam embourbée du tortueux « Pilgrim » nous y plonge davantage. Mais signalons que les guitares lamentées d’« At Races » s’expriment dans un contexte auquel The Night Eternal nous avait habitués, les fameux rythmes discoïdes. Baignant dans des ambiances mystérieuses, « Void Meridian » ménage la chèvre et le chou de la même manière. Ainsi, c’est sur des incantations résignées que les motifs dansants se greffent. Et comme si ce yin-yang ne suffisait pas, on observe que le solo ahuri de la six-cordes intervient sur un rythme effréné. Et que dire de « Snakeskin Drape ». Alors que la guitare pensive accompagne une voix incantatoire, c’est la sidération quand la foudre s’abat sur la scène. Frappes énergiques et guitares orageuses balayent alors tout sur leur passage. Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Pour preuve, le solo de guitare torturé en milieu de set ne manque pas de nous retourner. Les incantations ne changeront d’ailleurs rien à sa nature. Mais le public, lui, est en émoi. Enfin, avec « Hour Of The Wolf », autour d’une voix envoûtante, un blues bien sinistre se transforme en doom festif. Le temps d’une soirée, Messa ont mis nos émotions sens dessus dessous.

Par l’usage d’éléments lumineux dans un contexte sombre, les univers de The Night Eternal et Messa se rejoignent. Avec un public présent en nombre et des applaudissements copieux, l’adhésion à ces deux formations semble être acquise.
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