Live report Jean-Pierre Como et Javier Girotto, à la Salle Cortot, Paris, le 3 juin 2026
2026
Lucas Biela
Live report Jean-Pierre Como et Javier Girotto, à la Salle Cortot, Paris, le 3 juin 2026

À côté de la formation jazz-rock Sixun, Jean-Pierre Como mène de front une carrière solo très prolifique. En effet, Parfum d’Azur, paru il y a peu, est déjà son seizième album. Le claviériste y est accompagné de Javier Girotto, un saxophoniste argentin à l’imagination aussi fertile que celle de notre Français. Le 3 juin 2026, les deux musiciens se sont donné rendez-vous à la Salle Cortot pour enchanter le public de leurs compositions envoûtantes.
Tout au long du set, une belle complicité lie nos protagonistes. Ainsi, d’emblée, une belle mélodie se développe quand les deux âmes se retrouvent au carrefour de leur enthousiasme. Des dialogues enflammés animent alors les acolytes, comme s’ils se lançaient des défis. Quand Javier empoigne une petite flûte, cette amitié nous touche à nouveau. La mélodie rêveuse qui vogue entre folk champêtre et classique romantique ferait presque renaître l’esprit du compositeur franco-roumain George Enesco, dont un buste entretient d’ailleurs la mémoire dans les lieux. Par ailleurs, dans les interactions entre les vedettes de la soirée, le frisson n’est jamais très loin. De fait, quand Javier garde une conduite modérée, Jean-Pierre, en grand amateur de sensations fortes, flirte avec les écarts de vitesse, sans toutefois perdre le contrôle de son jeu. Ces excès, typiques de Franz Liszt, se voient parfois accompagnés d’interrogations caractéristiques de l’univers de Claude Debussy, bouleversant d’autant nos émotions.

Dans le même ordre d’idées, les deux partenaires peuvent partager des sentiments opposés. Ainsi, quand les notes nous transportent dans leur parcours sinueux comme les oies feraient voyager Nils Holgersson à travers les terres contrastées de la Suède, c’est un saxophone délicat qui compose avec un piano grave. Mais que la sensibilité s’installe, et au sublime des notes de clavier se joint le chagrin de l’instrument à vent. De même, plongeant dans un océan de sérénité, Jean-Pierre parvient à rester stoïque malgré les signes d’inquiétude que montre son compagnon de jeu. L’émotion, toujours elle, imprègne aussi la ballade poignante dans laquelle le déchirement du saxophone côtoie les lignes sensibles du piano. Et quand la musique nous étreint jusqu’à nous combler de chaleur, l’instrument doré s’aventure dans des terres lacrymales là où le dispositif à touches navigue entre tension et relâchement.
L’humour parvient également à imbiber le langage de nos deux amis. Ainsi, quand le piano retrouve le sourire après avoir ruminé des pensées sombres, le saxophone répond à son effronterie par la malice. « Une Étoile Pour Danser », un des morceaux de l’album présenté ce soir, est tout autant marqué par les facéties du duo. Ce dernier entre dans une valse amusée qui prend différentes tonalités et fait varier sa course. De même, pour conclure avec passion le moment d’étreinte mentionné plus haut, c’est à nouveau la fantaisie qui anime nos deux compères. Une autre belle surprise nous attend quand les souffles agités et la précipitation cocasse prennent le pas sur la douceur satinée et l’enjouement candide. En outre, rythmé à souhait, le dernier rappel n’en est pas moins traversé par un vent de fraîcheur que le saxophone souffle cependant avec parcimonie.

Jean-Pierre Como et Javier Girotto, c’est certes un duo, mais les deux aiment également s’isoler de temps à autre. Et cela donne des instants magiques. En témoignent ces moments suspendus entre légèreté et gravité, auxquels le claviériste nous avait déjà habitués avec Sixun, notamment sur le magnifique « Bleu Citron ». De même, l’ouverture au piano de « Punto Finale » évoque des images de réflexion devant un grand lac. Les longues litanies du saxophone qui suivent ne manquent pas non plus de nous émouvoir. Mais c’est une intervention surprenante qui nous laisse pantois. En effet, entre deux improvisations inspirées, Javier expire avec force sur les cordes du piano pour en faire sortir des échos glaçants. Parenthèse remarquable du concert, j’en tremble rien qu’à l’évoquer.
Avec complicité et liberté, Jean-Pierre Como et Javier Girotto ont livré une prestation à couper le souffle le soir du 3 juin 2026 à la Salle Cortot. Tendresse, tension, rythme, mélodie : c’est une musique à la fois exigeante et accessible qui a bousculé les émotions du public.