Live report Erella

Live report Erella, au Sunside, Paris, le 29 octobre 2026
2026
Lucas Biela

Live report Erella, au Sunside, Paris, le 29 octobre 2026

Live report Erella

Le soir du 29 octobre 2026, me voici embarqué dans l’univers singulier d’Erella, brassant sans distinction chanson, jazz, classique et musiques traditionnelles. Le temps d’une soirée, la belle a mis de côté sa casquette d’orchestratrice et de compositrice de musiques de film pour nous faire vibrer à l’écoute de chansons la plupart composées pour un album à paraître au printemps 2027. Même si le travail de composition pour une bande-son et une chanson n’est pas comparable, on ne peut s’empêcher de voir des passerelles entre les deux formats. En effet, la Parisienne et ses acolytes ne sont guère avares en rebondissements. Ainsi, dans « Souvenirs », si l’on n’est pas surpris de voir la batterie courir dans tous les sens quand le piano sautille, on l’est en revanche quand viennent le ton éploré de la voix et les notes distraites de la trompette. Sur une autre trame intrigante, les à-coups de la batterie nous enferment dans un labyrinthe tortueux là où les mesures affectueuses du piano nous en délivrent. Et en matière de contrastes, nous voilà servis quand, dans un des moments les plus insolites de la soirée, les notes de musique se désagrègent avant de former un bloc uni. Autre exemple de rencontres improbables : devant un oud étourdissant et un piano vacillant, la trompette parvient à garder son calme. L’effet pourrait sembler cocasse mais il montre que la musique d’Erella sait jongler entre les émotions sans que cela ne heurte l’esprit.

Tout au long de la soirée, nous assistons également à une belle complicité entre les musiciens. Ainsi, quand la chanteuse évoque le « ghosting », oud et batterie se soutiennent mutuellement dans les épreuves. De même, lorsque les influences gnawa imprègnent la salle, le rythme secoué est encouragé par la trompette allègre. L’entente imprègne également ces moments d’improvisation si chers au jazz. Ainsi, oud, batterie et basse n’hésitent pas à rentrer dans une danse enivrante. En revanche, c’est pour consoler un piano affecté que la basse et la batterie tirent la carte de l’enjouement. Et nous voilà donc partis sur le thème de l’empathie. En guise d’exemple, quand des notes de piano s’évadent, ne voit-on pas l’archet de la contrebasse faciliter leur envol ? À l’inverse, l’imposant instrument à cordes s’improvise compagnon d’infortune dès lors que le piano est plongé dans ses pensées.

Live report Erella band 1

Mais n’oublions pas la voix d’Erella. Celle-ci est loin de se cantonner à un registre. En effet, alors que le chant est saisi d’une douceur ouatée dans les premiers moments du concert, on lui découvre par la suite un côté plus malicieux, éclatant d’égaiement. Et le plus étonnant, c’est que cette désinvolture peut s’accommoder aussi bien d’un cadre rythmé que d’une ambiance plus intimiste. Que ce soit dans le sillage d’une trompette guillerette, ou auprès d’un oud troublé, ce registre surprend. Il nous montre cependant que notre compositrice sait bousculer les conventions sans toutefois briser l’harmonie. Et la stupéfaction va même encore plus loin quand le piano circonspect est pris en étau entre slam nerveux et chant haletant. Dans un set déjà fort marqué par les contrastes et l’éclectisme, l’ouverture d’esprit est alors à son comble. Erella nous touche également quand dans « Souveraine », les accents prudents laissent entrevoir des zones fragiles. Par ailleurs, quand les intonations prennent un chemin escarpé, celles-ci ne sont pas sans rappeler Loreena McKennitt. Sous les belles volutes diaphanes, notamment dans la berceuse soutenue par une basse enlaçante et un oud remué, nous voici subjugués. En outre, les contrastes mentionnés plus haut nous interpellent à nouveau quand la voix porte un mélange de désenchantement et de passion. Espoir et douleur s’y croisent avec beaucoup d’authenticité. Les clairs-obscurs se retrouvent également dans les modulations du chant. Ainsi, quand le piano vogue, la voix est tout aussi chaloupée. À l’inverse, quand l’oud prend des airs amusés, les ondulations dansantes des mélopées soulignent la joie portée par les rythmes secoués. Mais quand, autour d’un piano tourmenté, les implorations viennent conclure la soirée, c’est la larme à l’œil que l’on quitte la salle.

Live report Erella band 2

Erella est une artiste à la curiosité insatiable. En même temps que sa voix nous transporte dans divers univers, son expérience de la musique de film donne à ses morceaux un souffle dramatique. Artiste aux multiples facettes, la compositrice fascine par son approche résolument moderne de la chanson et de la musique. D’autres dates sont prévues au Sunside en novembre et en décembre, n’hésitez pas à vous y rendre, le monde d’Erella est truffé de… péripéties !

https://www.erellaatlan.com/

 

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