Live report Amandine Habib, au Bal Blomet, Paris, le 27 mai 2026

Live report Amandine Habib, au Bal Blomet, Paris, le 27 mai 2026
2026
Lucas Biela

Live report Amandine Habib, au Bal Blomet, Paris, le 27 mai 2026

Live report Amandine Habib

Pianiste qui a fait ses armes dans la musique classique, Amandine Habib n’a pas hésité à sortir de sa zone de confort sur son dernier album, Tressages, dont elle joue l’intégralité le soir du 27 mai 2026 au Bal Blomet. Seule, en duo avec le violoncelliste Éric-Maria Couturier, en trio avec le saxophoniste Raphaël Imbert et le batteur Jean-Luc Di Fraya, ou encore en quartet, elle crée des passerelles entre musique classique, jazz et avant-garde.

Ainsi, qui oserait imaginer une version jazz des « Barricades Mystérieuses » de François Couperin ? C’est pourtant ce à quoi le public assiste quand la hâte du piano rencontre la frivolité du saxophone sur un tempo enjoué. Et toujours avec le protégé du Roi Soleil, les « Dominos » font travailler la créativité de nos musiciens puisque les galops du piano mettent la batterie et le saxophone dans tous leurs états. Et déjà les contrastes nous intriguent quand sur un rythme de fanfare de rue de La Nouvelle-Orléans, révolte et calme se succèdent dans le souffle de Raphaël. La « Sonate Pour Violoncelle » de Claude Debussy est également chargée en clairs-obscurs. Pour preuve, quand le piano avance à pas feutrés, le violoncelle marche avec fierté. Et malgré la détente apparente, la gravité est toujours à l’affût. Les rôles s’inversent quand la douleur saisit Éric-Maria et la vitalité s’empare d’Amandine. Toujours dans l’association de contraires, sur une pièce de la première femme américaine à avoir composé de la musique pour orchestre, Amy Beach vous l’aurez deviné, des notes de piano tournoient tout en en encerclant quelques-unes en quête d’évasion. Dans les duos piano-violoncelle, comme sur le traditionnel « El Cant Dels Ocells », il n’est pas rare non plus que les pensées encombrent la tête de l’un quand l’autre cherche à l’en vider. Et en trio, comment ne pas être amusé quand le piano tente de garder son sérieux devant une batterie et un saxophone excités comme des puces. En revanche, autour du chant aigu gorgé d’émotion de Jean-Luc, on est touché quand des notes bousculant le temps côtoient celles le suspendant.

Live Report Amandine Habib band 1

C’est également des moments de complicité et de soutien dans les épreuves qui nous saisissent. Ainsi, dans la musique de l’homme qui prêtait naguère ses traits aux billets de 20 francs, on assiste à un beau moment de compassion quand le piano ralentit pour réconforter le violoncelle. De même, dès lors que des mélodies prenantes jaillissent du rythme répétitif du « Railroad » de l’inclassable Meredith Monk, c’est un immense soulagement que l’on ressent. Mais, comme pour nous rappeler que rien n’est acquis dans la vie, sur le poignant « Evil Nigger » de Julius Eastman, le duo piano-violoncelle frétille de joie avant de tomber dans des abîmes toujours plus sombres et plus terrifiants. On suit avec bouleversement ce destin tragique. Par ailleurs, quand ce n’est pas un vent de liberté qui souffle dans les duos complices piano-batterie, c’est la virtuosité et l’humour qui les marquent. Et revirement de situation, alors que les ondulations inquiétantes du saxophone sèment le trouble, c’est à une mélodie suave qu’elles cèdent le pas, entraînant alors le piano dans leur sillage. Les chants de la Shoah font également partie des moments émouvants de la soirée. Quand les graves et les aigus se succèdent autour d’un saxophone tentant de rendre le cadre plus festif, ou quand la voix sensible libère la musique de ses chaînes, c’est une onde de choc émotionnelle qui nous secoue.

Live report Amandine Habib band 2

Ainsi, sur un répertoire qui privilégie autant la diversité que les appels à la tolérance, Amandine Habib et son quartet subjuguent de leur sensibilité, de leur habileté et de leur compréhension mutuelle. Avec près de deux heures de concert où se sont agglomérés moments de grâce, échanges complices et talent, la soirée du 27 mai 2026 au Bal Blomet a été riche en rebondissements.

https://www.amandinehabib.com/

 

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