Hommage à Máire Brennan (1952-2026)
2026
Lucas Biela
Hommage à Máire Brennan (1952–2026)

Máire Brennan (aussi appelée Moya Brennan) n’est plus. L’information tombe comme un coup de massue pour moi qui, en découvrant Clannad il y a bien une trentaine d’années, avais cherché compulsivement à écouter tout ce qui touchait de près ou de loin à cette formation pour le moins protéiforme. Car oui, c’est avec Clannad que commence l’aventure musicale de notre chanteuse/harpiste. Entourée de ses deux frères et de ses oncles jumeaux, l’Irlandaise baigne à ses débuts dans un folk celtique d’obédience assez traditionnelle. La petit sœur Brennan, Enya, rejoint la formation à la fin des années 70 avant de lancer une carrière solo couronnée de succès. Máire, elle, préfère rester avec Clannad. Et bien lui en prend puisque les ventes décollent avec le désormais fameux « Theme From Harry’s Game ». La participation de Bono au morceau « In A Lifetime » assoit encore plus la notoriété du quintet. Ce dernier commence d’ailleurs à être sollicité pour créer la bande-son de séries télé et de films. À ce titre, Legend offre une parfaite illustration de la mutation que Clannad est en train d’opérer à l’époque. Les compositions gardent en effet la beauté du répertoire traditionnel mais elles se tournent vers des ambiances plus planantes. Après la forêt de Sherwood, nos Irlandais s’attaquent à l’Océan Atlantique. C’est la sublime BO d‘Atlantic Realm, comprenant un « Signs Of life » glaçant, mais aussi un « Child Of The Sea » envoûtant. Même si les synthés y dominent, on retrouve par moments les vocalises si touchantes de Máire, tout comme sa harpe ensorcelante. Par ailleurs, la trame sonore peu connue du dessin animé The Angel And The Soldier Boy fait certes à nouveau la part belle à la rêverie et au spleen, c’est aussi la facétie qui s’y invite.
A partir de l’album Macalla, le groupe se met à lorgner vers le pop/rock. La formule prend, Sirius brillant même par ses compositions colorées et ses chœurs enchanteurs. Par la suite, on aurait pu s’attendre à ce que le succès monte à la tête des membres de Clannad. Il n’en est rien. Les albums des années 90, même si parsemés de quelques titres accrocheurs, sont marqués par un registre confidentiel où se croisent rêve et sensibilité. À l’instar de sa petite sœur, mais en parallèle de ses activités avec Clannad, une carrière solo démange Máire. Une fois en route, celle-ci permet d’apprécier les qualités vocales de notre chanteuse dans un écrin toujours feutré mais avec des partenaires de jeu différents. En outre, en 2001, pour donner corps au premier volet d’une série de chants de gloire intitulée New Irish Hymns, Máire Brennan est contactée. Participent également à ce projet Margaret Becker, dont on ne recommandera jamais assez l’album Immigrant’s Daughter, et Joanne Hogg, la voix de la plus grande formation de rock progressif celtique des années 90, Iona. Pour conclure, Máire Brennan, c’est une voix confortante, avec une fragilité poignante et des soupirs à hérisser le poil.