Glass Museum – 4N4LOGY CITY
Sdban Records
2025
Lucas Biela
Glass Museum – 4N4LOGY CITY

Les duos batterie-claviers ne sont pas rares en musique. Moraz / Bruford, Rudess Morgenstein Project ou plus récemment Rochford / Downes, tous ont conquis le cœur des amateurs de musique instrumentale. Mais avec Glass Museum, autour de Martin Grégoire à la batterie et Antoine Flipo aux claviers, c’est à un creuset d’influences plus larges que nous sommes exposés. Breakbeat, jazz, néo-classique, minimal techno, deep house, et maintenant soul et hip hop avec leur dernier album en date, 4N4LOG CITY, voilà autant de couleurs différentes qui composent la palette de nos Belges. C’est également en trio qu’ils se présentent depuis ce nouvel opus, le bassiste Issam Labbene ayant rejoint leurs rangs.
Ainsi, l’on note à nouveau un mélange de rythmes enivrants et de romantisme songeur, comme sur « Rewind » ou « Soap ». Et cependant, dans ces pièces déjà, l’angoisse est palpable. Celle-ci se retrouve dans le caractère circonspect des claviers, mais aussi dans les effets nébuleux et dans quelques hésitations. « Soap « est particulièrement intéressant de ce point de vue-là. La tension qui monte à travers les battements affolés du cœur rythmique et dans les scènes dramatiques des tableaux que peignent les claviers offre un beau contraste avec l’amusement qui règne par ailleurs. « Rewind », quant à lui, propose des souffles haletants pour un clair-obscur qui excite notre imagination. Ce sont également les effets de brume et les grondements qui participent à l’assombrissement des ambiances. Ainsi, « Gate 1 » interpelle par son duel permanent entre ténèbres (les synthétiseurs vaporeux et la basse ronflante) et lumière (les claviers sautillants). L’ambivalence développée par « Anchor » et son petit frère « Steam » ouvre par ailleurs la voie à un imaginaire cinématique. Avec le côté plus froid qu’apportent les pads électroniques et les effets aussi bien vaporeux que mélodiques, c’est une intrigue tout autant palpitante que réconfortante qui se noue. Le petit saxophone lointain de « Steam » nous plonge même dans l’atmosphère noire d’un film lynchien. La tension se manifeste également à travers le ton irrité du rappeur JAZZ BRAK (du groupe STIKSTOF), invité sur « VAN GLAS ». Son intervention souligne la détresse des échos plaintifs avant qu’étincelles et soubresauts ne relâchent l’atmosphère.

Glass Museum aiment également se vautrer dans le canapé de la contemplation. Ainsi, « Haiku » se voit-il en proie au questionnement, tiré entre le doute des notes lentes et la fierté des sons scintillants. De même avec « III », c’est dans un dialogue touchant que claviers et cymbales partagent leurs inquiétudes mais également leurs espoirs. Et quand la machine s’emballe et rejoint des pistes étoilées, les deux partenaires parviennent malgré tout à poursuivre leurs échanges attendrissants. « Trails » aussi dérive vers un univers luxuriant mais les échos lamentés des claviers y maintiennent le contact avec le souffle de vie poignant qui leur sert d’interlocuteur. Quant à l’invité soul JDS, son chant bouleversant sur « Call Me Names » s’accorde parfaitement avec les cordes éplorées et les claviers déboussolés. Dans ces moments de tendresse, les roulements de batterie touchent également par leur côté choyant.

Réflectivité, rythme, romantisme, contrastes, la musique de Glass Museum frappe par sa versatilité et ses échos attendrissants. Toujours à l’affût de nouveaux horizons, nos Belges incorporent des influences variées, faisant évoluer leur univers avec celui de leurs contemporains, sans toutefois sacrifier leur imaginaire musical.
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https://glassmuseum.bandcamp.com/album/4n4log-city