Florent Marchet – Mobil Home

Mobil Home
Florent Marchet
Wagram
2026
Fred Natuzzi

Florent Marchet – Mobil Home

Florent Marchet Mobil Home

Florent Marchet vient de sortir son huitième et magnifique album, Mobil Home. Partageant sa vie dorénavant entre Maisons-Alfort et Tunis, cet opus est le fruit de ses voyages, emportant avec lui sa culture du mot juste et rapportant le souffle du vent et l’air de la mer, retrouvant un rapport au temps plus distant. Cette respiration, cette prise de recul, semble avoir infusé les chansons du disque au point de voir naître une nouvelle musicalité dans sa façon de peindre ses vignettes de vie. Sa musique prend de la hauteur, va aller chercher d’autres cimes pour mieux traduire les sentiments. Ses paroles et son chant vont toujours à l’essentiel, mais une intemporalité s’installe. Il parle de lui, de nous, et ses personnages sont touchants et beaux. Mobil Home a beau avoir un titre qui traduit le mouvement, Florent Marchet fige le temps et nous offre ainsi son plus bel album. Dans nos colonnes, je vous avais présenté Bambi Galaxy en 2014 (déjà ! Comme le temps file). À l’époque, il s’était servi de l’électronique pour parler du futur tout en tendant un miroir à ses contemporains. L’ensemble était singulier, osé même. Puis il était revenu aux sources avec Garden Party, un disque écrit pendant la période covid, peut-être un poil trop triste, avant de revisiter ses meilleurs morceaux en piano-voix (ou presque) avec Maisons-Alfort. Mobil Home offre une autre perspective, plus lumineuse, tournée vers l’espoir, même si, chassez le naturel, il revient au galop, certaines chansons peuvent mettre la larme à l’œil (mais sans pour autant être triste). Le disque est produit par Xavier De Maere (frère de Pierre De Maere) qui a travaillé avec Florent sur les textures de l’album, donnant ainsi naissance à un opus à multiples strates, émouvant et prenant.

Il ne faut pas « Sortir Les Violons » pour autant ! Ce titre surprenant ouvre le bal, dans une modernité quasi urbaine qui côtoie les instruments à vent. Et la voix de Florent, en écho, intrigue par ce texte qui oscille entre critique et fatalisme. Pour « Irréel », la mélodie est une évidence, il est plaisant de suivre les maux de cette histoire de violence à travers les mots, même si l’expérience a été douloureuse. Ce sont les percussions qui étonnent. Elles accompagnent, implacables, toutes les paroles de la chanson qui est truffée d’effets et de sophistication musicale. Le passage du temps est au cœur des « Courants ». Là aussi, un rythme métronome manifeste l’avancée de l’inéluctable et pourtant, la musique n’est pas mélancolique. Elle tourbillonne, carillonne, se meut comme un courant, qu’il soit chaud ou froid. Florent Marchet inscrit là sa vision de la vie et de la mort, sans concession mais sans tristesse. Un tempo rythmé, soutenu par un riff de guitare, expose « Mon Ado ». À distance, Florent dépeint l’époque par le prisme de son ado (avec qui, comme il l’a expliqué à la radio, il partage un moment pour écouter sa musique. Celle que son ado écoute, pas la sienne). Des mots justes qui évoquent, qui illustrent, qui témoignent. Tout le talent d’écriture d’un artiste qui se questionne sur la société, sa place et celles des autres. « Tant Que Tu Respires » qui suit fige instantanément le temps. Sa portée, tant musicale que d’écriture, touche directement le cœur et élève l’âme. Une grande chanson d’amour personnelle, d’une beauté sidérante portée par une instrumentation quasi post-apocalyptique. Il ne reste au monde que ce couple. La tension de la rythmique, les effets sonores qui parsèment le titre, le cor et la trompette élégants sont au diapason. Et cette mélodie aérienne parachève ce sublime tableau. Un sommet.

Florent Marchet Mobil Home Band 1

On revient en terrain plus familier avec « Romance ». L’histoire de cette virilisation à outrance est portée par une observation fine d’une dérive de notre société. Là aussi les percussions sont mises en avant, ce qui n’aurait peut-être pas été le cas sur un autre opus. « La Reine Du Bal » suit un futur artiste dans un train en direction d’un télé crochet du style Star Académy. Au-delà de cela, la chanson questionne l’urgence pour certains jeunes pour qui « il faut qu’il se passe quelque chose ». Toujours ce jeu percussif, ce cor en résonance et ces ponctuations de trompette, qui imposent un ton singulier à cet album attachant. Pour « Voir La Nuit Venir », Florent Marchet parle de ses émotions à la suite de la disparition d’un de ses amis. Les paroles sont touchantes, finement analysées. La mélodie atténue la tristesse et rend le titre universel. « T’As Quelqu’Un » et « J’Ai Quelqu’Un » se répondent sur une thématique familière. Ce qui frappe, c’est le tempo rapide de ces deux chansons. Il fait claquer les mots, traduit l’urgence, puis se calme avant de reprendre de plus belle. L’histoire défile comme un film, rapide, précis. L’expression en lâcher prise de cette libération à la fin de la deuxième partie est une idée de génie. « Mobil Home » narre l’histoire d’une femme vivant de peu, sur une musique douce, qui laisse l’émotion se dégager des mots de Florent, simples, pesés, évocateurs et qui toucheront tout un chacun. Plus glaçant, « Nous Ne Ferons Rien » expose en parlé chanté un environnement hostile étrangement familier. Les notes de piano qui sont égrenées sur une texture presque post rock interpellent. « Un Jour L’Occident » enchaîne sur un sujet d’actualité avec une nouvelle fois des mots qui serrent le cœur. Le travail sur les percussions, associé au bugle et à la texture brumeuse de l’ensemble, emmène loin cette chanson sur la guerre qui montre aussi une autre facette du chant de Florent. Pour clôturer Mobil Home, il a choisi de rendre hommage à un artiste qui l’a beaucoup inspiré, Jean-Louis Murat. Il s’entoure de Morgane Imbeaud (qui a chanté avec Murat sur certains de ses albums) pour délivrer « Orcival », commune où l’artiste est décédé. Pour ceux qui connaissent son œuvre, on retrouve dans le morceau des attitudes, des mots, des titres ou références à des chansons de JLM. C’est un bel hommage, plein de respect et de tendresse pour le poète auvergnat.

Florent Marchet Mobil Home Band 2

Avec Mobil Home, Florent Marchet poursuit sa route d’observateur de la société, tout en allant explorer de nouvelles contrées musicales. Le voyage s’inscrit temporellement (les chansons vont toutes assez vite), sociétalement, géographiquement et mélodiquement. On sent ici un artiste soucieux du détail des mots, mais aussi de la texture qui vont les accompagner, poussant également son chant en allant plus loin dans la mélodie. Un musicien singulier qui mêle pop, chanson française, électronique et plume aiguisée. Il y en a peu, alors tentez l’expérience Mobil Home, elle est belle.

Coup-de-Coeur

https://florent-marchet.com/

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