Ryo Okumoto – The Myth Of The Mostrophus

The Myth Of The Mostrophus
Ryo Okumoto
Inside Out Music
2022
Rudzik

Ryo Okumoto – The Myth Of The Mostrophus

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Vingt ans après son dernier album Coming Through, Ryo Okumoto, le fantasque claviériste de Spock’s Beard is « coming back » aux plaisirs solitaires de l’album solo avec The Myth Of The Mostrophus. Vingt ans pour écrire trente chansons et les proposer au chanteur bassiste Michael Whiteman (I Am The Manic Whale), repéré fin 2020 (comme quoi, cette année n’est pas si maudite pour tout le monde) afin de co-écrire celles retenues pour l’album et nous livrer, je cite : « Ma propre version de Spock’s Beard ». Alors, je vous le demande, quel est l’intérêt de sortir un album solo pour y faire ce que l’on fait avec son propre groupe ? Ryo se sent-il bridé au sein du combo américain ? Ses idées ne recueillent-elles pas suffisamment l’assentiment de ses compères pour figurer sur leurs opus ? Je ne suis pas allé poser la question à Ryo cependant, des éléments de réponses figurent dans la liste des participants à l’album et dans celle des titres.
Direct, Ryo a contacté… les membres de Spock’s Beard (quelle surprise !) pour jouer sur le premier titre, « Mirror, Mirror », une sorte de retour aux sources du groupe puisqu’il porte le nom de l’épisode de Star Trek où Mr Spock porte la barbe, ainsi que sur l’épique morceau éponyme qui termine l’album. On peut en conclure qu’il n’y a pas spécialement de blocages dans le groupe qui seraient à l’origine des velléités de Ryo de créer son Ryo’s Beard, mais plutôt l’envie d’un retour aux sources comme semble l’indiquer le nom de la chanson d’ouverture. « Il n’y a rien de mieux que d’avoir une chanson qui est votre bébé » nous glisse-t-il aussi dans sa bio. Il s’est également adressé au batteur Jonathan Mover et au guitariste Mike Keneally avec qui il collabore dans ProgJect’s, un groupe de cover des standards du prog, ainsi qu’à quelques guests célèbres comme les deux Steve, Lukather et Hackett, pour jouer sur les quatre autres titres qui composent l’album.

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Alors, à l’écoute, The Myth Of The Mostrophus ne ressemble pas à un projet solo qui ferait la part belle aux claviers de Ryo Okumoto, mais effectivement à un album de Spock’s Beard bien construit, toutefois pas forcément très novateur ou expérimental, c’est le principal reproche que l’on pourrait lui faire. Passé cet écueil, il faut prendre son plaisir sans retenue ni a priori, car c’est vraiment du Spock’s Beard bien foutu. « Mirror, Mirror » s’étale d’entrée sur près de dix minutes alternant rythmes enlevés, syncopés ou bluesy avec un enchaînement de soli d’orgue Hammond et de guitare affriolants. Sa partie finale très majestueuse est plutôt inattendue et donne les goose bumps de par ses breaks de batterie et son solo de guitare émouvant. « Turning Point » nous entraîne sur une rythmique au parfum de Rio, ou Ryo, enfin les deux quoi, avec un joli travail à la basse et des breaks très « Beardiens ». Là encore, la complémentarité des soli de claviers et de guitares sur une longue partie instrumentale est exceptionnelle. « The Watchmaker (Time On His Side) » offre une plage d’AOR très rocky aux refrains pop, un peu à la Toto. Simple mais efficace. Passée son intro planante, « Maximum Velocity » s’installe dans une rythmique syncopée qui le porte jusqu’à un final où les soli gratte/claviers sont bien barrés. On lui reprochera de traîner un peu en longueur toutefois. Il fallait une ballade et « Chrysalis » comble ce manque sur une rythmique d’arpèges de piano très légère avec de superbes parties vocales.
Et voici qu’arrive la bête. Est-ce le syndrome de Godzilla qui est enfoui dans les racines japonaises de Ryo ? Toujours est-il qu’il a imaginé ce Mostrophus comme étant une très grosse bébête qui détruit tout sur son passage avant de s’endormir pour une durée de cent mille années de tranquillité pour l’humanité. Malheureusement, qu’ils sont cons ces humains qui construisent la ville de Basingstoke juste à l’aplomb de l’endroit où il s’est enterré, ce qui le réveille bien sûr. Il reprend ses exactions dont on ne sait pas si les pires sont les meurtres ou son « haleine de vache ». Figurez-vous que toute la technique moderne et militaire ne peut rien contre lui. C’est un ancien qui, à la vue d’une peinture rupestre, trouve la parade : il faut lui chanter une chanson pour le chasser. Et devinez à qui on fait appel ? À un chanteur de… rock progressif dont la chanson sera repris par cent mille voix et fera fuir le monstre. Y a pas à dire, faire du prog, ça crame grave le cerveau ! Question musique, « The Myth Of The Mostrophus » est un pavé de vingt-deux minutes plutôt enlevé avec des rythmiques sensiblement pop/dance/funk/rythm’n blues/loungy à la sauce prog bien sûr. Un passage bien « rentre dedans » lui aurait donné beaucoup plus de caractère. Le final est bien grandiloquent comme dans tout titre épique qui se respecte. L’on ressent l’extrême complicité des compères de Spock’s Beard qui se connaissent sur le bout des ongles même si la pièce n’est pas d’une complexité folle.

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L’opus du Ryo’s Beard est joliment conçu et interprété. Il lui manque ce soupçon de folie dont Ryo Okumoto est coutumier sur scène. Pour autant, The Myth Of The Mostrophus s’écoute avec un réel plaisir et ne lasse pas malgré quelques longueurs. Pas de folie, mais des surprises qu’on retrouvera plus sur des morceaux comme « Mirror, Mirror » ou « Maximum Velocity » que sur la plage éponyme pourtant épique. À croire que Mostrophus m’a plus fait de peur que de mal.

https://www.ryookumoto.com/
https://www.facebook.com/RyoOkumotoMusic

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