O.R.k. – Ramagehead

Ramagehead
O.R.k.
Kscope
2019
Rudzik

O.R.k. – Ramagehead

O.R.k. Ramagehead

O.R.k. est ce que l’on appelle un super groupe (déjà chroniqué dans nos colonnes lors de la sortie de son second album Soul Of An Octopus), mais moi, les juxtapositions de grands noms m’en ont toujours chatouillé une sans forcément faire bouger l’autre. Ramagehead est leur 3ème album et il était quand même temps que je pose une oreille plus attentive à leur musique étant donnés les retours enthousiastes de la communauté prog. Mais ça me rappelle un adage hérité de la région de mon enfance à savoir : « Marchandise trop vantée, marchandise avariée ». Alors qu’en est-il de ce Ramagehead conçu à l’issue de la tournée de Soul Of An Octopus et qui sort à peine deux ans après ce dernier?
Incontestablement, cette tournée n’a pas entamé les forces vives du groupe car la créativité est au détour de chacun des neufs titres composant l’album. Son climat oscille entre colère et tragédie désabusée car si Ramagehead n’est pas un concept album, il « exprime la stupéfaction quotidienne accumulée par les temps incertains dans lesquels nous vivons et la surcharge d’informations déroutante, constante à laquelle nous sommes tous soumis » dixit son bassiste Colin Edwin.

O.R.k. ramaghead band1
La contribution des quatre maestros apparaît équilibrée même si l’ensemble est très dominé par la performance vocale de Lorenzo Esposito Fornasari (Obake), LEF pour les intimes et les accros à une célèbre bière belge. Il faut dire que celui-ci considère O.R.k. comme étant son premier véritable groupe après seulement quatre ans d’existence, toutes les autres créations qui fourmillent dans sa longue biographie n’ayant été, à son avis, que des projets personnels.
Ainsi la basse de Colin Edwin (Porcupine Tree) est particulièrement à son affaire sur le groovy « Kneel To Nothing » introductif, tout particulièrement lors du pont de ce morceau baigné d’une atmosphère d’urgence écorchée. O.R.k. réussit à impulser beaucoup de puissance à ses compositions alors que, paradoxalement, les riffs de Carmelo Pipitone (Marta Sui Tubi) ne sont pas alourdis outrancièrement même sur les titres les plus bardés de décibels comme « Signals Erased ». Pour illustrer mon propos, le mid tempo (quoique toutes les plages de Ramagehead sont en quelque sorte des mid tempi mais celui-ci l’est plus que les autres) « Strangled Words » propose une rythmique simili orientale puissante bien que s’appuyant majoritairement sur une guitare acoustique.
Et d’ailleurs, l’acoustique tient une très large place dans cet opus assurant les rythmiques aussi d’un « Time Corroded » gavé d’émotions et de « Down The Road ». Pourtant, je vous assure que ça n’est pas du folk ou du country. Le très court « Some Other Rainbow Part 1 » est lui, carrément un morceau acoustique mais exécuté au piano, au violon et envoûté par la fabuleuse voix de LEF.
Le jeu de batterie hyper technique de Pat Mastelotto (King Crimson) n’est donc pas noyé dans la masse et n’écrase pas non plus la prestation de ses acolytes. Il est particulièrement en évidence sur « Black Blooms », « Time Corroded » et « Some Other Rainbow Part 2 ».

O.R.k. ramaghead band2
J’ai gardé le meilleur pour la fin à savoir le chant de LEF qui en viendrait presqu’à faire oublier qu’il joue également du clavier. Sa complicité et sa complémentarité avec celui de Serj Tankian (System Of A Down), venu faire une pige sur « Black Blooms », donne un côté déchirant et ultime à ce morceau. LEF est un monstre de délicatesse sur le Porcupinien « Beyond Sight » et sublime le merveilleux « Some Other Rainbow Part 2 » tissé de violons hypnotiques.
Si je devais faire un minime reproche à Ramagehead, ça serait celui de l’accumulation de langueur et de rythmiques mid-tempi qui peut un peu lasser à l’écoute, mais la versatilité des arrangements, des accompagnements et du chant empêchent de se laisser gagner par une certaine monotonie. Ramagehead est dark mais sa noirceur apparaît naturelle et non renforcée par des artifices évidents tels des riffs ultra-puissants ou des nappes de claviers envahissantes. Au contraire, il est étonnant de constater que c’est à partir de l’apport d’éléments acoustiques comme la guitare et le chant qu’O.R.k. a construit la trame de ce ténébreux album.
Du coup, ma méfiance initiale a été engloutie dans cet océan d’émotions créé par cet envoûtant Ramagehead qui montre qu’O.R.k. a réussit à conjuguer l’addition de talents avec l’efficacité créatrice.

https://www.facebook.com/O.R.k.band/

http://www.orkband.com/

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