Kent – La Grande Effusion (+ Interview)

La Grande Effusion (+ interview)
Kent
At(h)ome
2018
Christophe Gigon

Kent – La Grande Effusion

Kent La Grande Effusion

Quand on parle de chanson française de qualité, on a tendance à souvent oublier le discret Kent, pourtant responsable d’une discographie pléthorique d’égale qualité. Certes, de Starshooter au Kent à lunettes d’aujourd’hui, de l’eau a coulé sous les ponts. L’homme s’est assagi et nous offre une posture digne : le regard sur le monde d’un sexagénaire lucide, avide de poésie et de belles harmonies, sans acoquinements honteux avec de vagues starlettes tout juste bonnes (et encore) à apparaître dans de mous albums-hommages moulinés à l’autotune. Foin de tout ce cirque avec notre saltimbanque des temps modernes. Déjà, Kent possède une sacrée voix. De plus, quand notre chanteur veut créer des synergies, il propose des duos ou des concerts entiers à d’autres artistes qui, comme lui, partagent des valeurs artistiques posées et porteuses d’une vision globale qui sert l’ensemble d’une carrière. On pensera ici au tandem de toute beauté qu’il forma jadis avec Enzo Enzo.

Ainsi, cette Grande Effusion, album-anniversaire visant à fêter les plus de 40 ans de carrière de Kent, propose toute une série de rencontres à haute valeur ajoutée : Alex Beaupain, Pierre Guénard de Radio Elvis, Katel ou Alice Animal. Des standards survoltés de l’époque Starshooter (dans ces années-là, le concurrent de Téléphone avec Trust,) aux chansons désormais classiques de son répertoire, Kent survole ici avec élégance et énergie une carrière impeccable et revisite des titres devenus des incontournables. L’album est enregistré au concert organisé le 7 novembre 2017 au Café de la Danse à Paris.

Kent La Grande Effusion band 1

Starshooter a sorti quatre albums studio. En 2014, Capitol a proposé à la vente un coffret proposant l’intégralité des albums produits en solo par Kent, une mine de quatorze disques qui prouvent l’évolution maîtrisée du chanteur, qui a parfaitement réussi sa mue : d’ex-punk « fou-fou » à artiste respecté et exigeant. A cet égard, il y aurait des parallèles à tirer entre les chemins empruntés par un Hubert-Félix Thiéfaine ou un Alain Bashung et les voies moins éclairées tracées par l’ex-Starshooter. La Grande Effusion marque un instantané de la tournée visant à promouvoir le dernier album en date, La Grande Illusion, paru en 2017, dont quelques titres sont présents sur ce live. Les hits sont bien là : « Tous Les Mômes », « Juste Quelqu’un De Bien », « Betsy Party » et, surtout, « Les Vraies Gens », chanson simple et magnifique aux paroles d’une intelligence rare. Ecouter ce titre lumineux, c’est apprécier toute la carrière du bonhomme.

Kent La Grande Effusion band 2

Faut-il encore ajouter que l’auteur-compositeur-interprète se double d’un auteur de bande dessinée (sous les pseudonymes de Kent Hutchinson – oui, le compagnon de David Starsky dans la série mythique des années 70 – puis Kent Cokenstock (avis aux tintinophiles !) et d’un animateur de radio à l’antenne de France Inter : l’émission quotidienne Vibrato proposait de savoureuses promenades musicales et littéraires dans les coins cachés de la mythologie rock. A signaler également le très réussi ouvrage « Dans La Tête d’Un Chanteur », édité par Castor music en 2015 qui, plus qu’une énième autobiographie, offre un panorama sympathique du métier de chanteur. Fourmillant d’anecdotes et d’explications précises, ce « manuel de survie » pour chanteur en devenir formera le livre de chevet de tout passionné de musique. Egalement auteur de romans et de chansons pour autrui (Zazie, Johnny Hallyday, Nolwenn Leroy ou Calogero), Hervé Despesse (véritable nom du monsieur) ne chôme jamais. Il reste un artiste complet, polyvalent et insaisissable. A signaler que l’intégralité de ce concert mémorable est gracieusement et officiellement disponible sur l’Internet (voir le lien en bas de cet article).

http://kent-artiste.com/index.php

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Entretien avec KENT à l’occasion de la sortie de l’album live La Grande Effusion.

Kent, ex-Stashooter, peut se targuer d’une longue carrière : quatorze albums en studio depuis la dissolution du groupe de rock au début des années 80. La sortie de La Grande Effusion semble l’occasion rêvée de revenir sur cette carrière exemplaire, malheureusement peu connue du grand public. Auteur de bandes dessinées, romancier, musicien et compositeur pour autrui, Kent est un artiste à 360°, qui maîtrise ses projets de A à Z. Discussion philosophico-musicale de bon aloi.

Kent La Grande Effusion Band 3

Christophe Gigon : La Grande Effusion apparaît comme un disque plus audacieux que la simple captation d’une date de tournée visant à promouvoir la sortie de votre dernier album en date, La Grande Illusion. En effet, cet album propose une sorte de panorama de votre carrière. Comme un cadeau à vos fans fidèles, vous offrez la participation d’invités de qualité pour vous seconder dans cette photographie de cette musique qu’est la vôtre aujourd’hui. Ce disque marque-t-il une étape vers une nouvelle orientation musicale ou s’agissait-il seulement d’une envie de réaliser une « fête de votre musique » ?

Kent : Ce disque marque une étape, clairement. Certes, je fête mes 40 ans de carrière. Cet album fonctionne donc comme un panorama. Et certaines de ces chansons, je pense que je ne les rejouerai plus.

CG : Votre répertoire semble réaliser la synthèse réussie entre des aspirations rock et des ambiances de chansonniers. D’autres que vous comme Jacques Higelin, Hubert-Félix Thiéfaine ou même Alain Bashung se sont risqués à remplir cet espace alors vide en France entre la chanson « classique » (Brel, Aznavour) et le rock (Téléphone, Starshooter ou Trust ). Vous sentez-vous appartenir à cette école ? En d’autres termes, vous reconnaissez-vous dans le travail des artistes précités ?

K : Higelin et Bashung étaient des artistes qui ne se posaient pas ce genre de questions. C’est ma culture, je me suis construit sur ce double pilier : rock et chanson, entre les deux, il y a un terrain de jeu infini.

CG : Votre style, bien que très ouvert et difficilement classable, s’est affiné tout au long de votre carrière. Aujourd’hui, on peut dire qu’il existe clairement un style KENT. Comment le définiriez-vous ? J’ai réécouté dernièrement les quatorze disques qui constituent votre coffret-intégrale. Chacun est différent mais votre identité est toujours bien présente. C’est assez fort !

K : Je suis très embarrassé par votre question mais je vous remercie du compliment. Je travaille par coups de cœur. J’ai des idées de chansons qui me viennent, fruits de ma vie quotidienne. En plus, chacun de mes albums possède une couleur qui lui est propre. Vous posez que c’est une qualité mais je ne suis pas sûr qu’en France ce soit vraiment perçu comme tel. C’est compliqué de ne pas être catalogué. Je me sens comme un comédien, qui ne souhaite pas se spécialiser dans un genre. Il faut pouvoir passer d’un style à l’autre. En France, on accepte très bien cela d’un acteur ou d’un réalisateur mais pas d’un chanteur.  Il faut élargir le champ !

CG : C’est drôle car Reuno, le chanteur de Lofofora et de Madame Robert, a tenu les mêmes propos que vous sur ce même sujet lors de nos entretiens du mois passé (à lire sur notre site). Cela semble être un problème très français. En Suisse, si on pense à des carrières comme celles de Stephan Eicher ou des Young Gods, le moins que l’on puisse dire est que ces artistes ne se sont pas répétés d’un disque à l’autre !

K : C’est possible, même si je ne sais pas ce qui se passe en Allemagne par exemple. Mais c’est probable qu’en Belgique ou en Suisse, il y ait moins cette volonté de catalogage.

CG : Le titre « Si C’Était À Refaire » offre une ambiance assez proche de ce que l’on a pu entendre sur le dernier disque de Jacques Higelin (Higelin 75). On peut même penser à certaines plages d’Arno. Pensiez-vous à eux en proposant cette orchestration ?

K : Arno a fait partie de mon univers musical il y a trente ans. Il est revenu à la chanson française en même temps que moi, après sa période avec T.C. Matic, quand il a sorti son disque A La Française. On est parmi les premiers à être revenus à la chanson française, avec accordéons et orchestrations. Bien que je sois assez ouvert musicalement, je ne peux pas dire que je fréquente beaucoup d’artistes. Un chanteur professionnel a peu de temps pour lui, entre les enregistrements, les tournées et les journées de promotion.

CG : Le texte du titre « Les Vraies Gens » est bouleversant, sous son apparence de fausse simplicité. Honnêtement, il s’agit peut-être d’un des textes les plus poignants de la chanson française. C’est émouvant, triste, joyeux, honnête et philosophiquement très clairvoyant. Quel était votre objectif quand vous vous êtes lancé dans l’écriture d’un tel monument ? Un tel texte marque une carrière.

K : Je suis mon premier lecteur et mon premier auditeur. J’entendais souvent cette expression de « vraies gens » et je me suis dit qu’il y avait un texte à écrire là-dessus. J’ai donc voulu une musique simple, comme une rengaine, une sorte de véhicule souple, « à la Bob Dylan », sur laquelle je pourrais placer des paroles mouvantes, extensibles. Ce qui est marrant est que cette chanson ne fait pas de cadeau ! Et mon public, constitué principalement de ces mêmes vraies gens-là, adore ce titre et applaudit à tout rompre quand je la chante. Quand on dit la vérité, on ne peut pas déplaire. Même si celle-ci peut être dure.

CG : Mais alors, qui sont les « fausses gens » ?

K : Les gens qui se donnent en spectacle. Ce qui est paradoxal puisque j’en ai fait mon métier. A la différence qu’il est clair, quand je monte sur scène, que je me donne en spectacle. Comme un comédien, les règles sont établies et connues du public. Les penseurs, les journalistes, ceux qui se donnent en spectacle, sans l’admettre, me répugnent.

Kent La Grande Effusion Band 4

CG : Votre album live propose une reprise de « Scary Monsters » de David Bowie. Excellent choix ! Quel est votre rapport avec le travail de cet artiste anglais ? Kent possède-t-il des influences anglo-saxonnes ?

K : Quelqu’un peut-il se targuer de ne pas admettre Bowie comme référence ? Une carrière exemplaire, un artiste complet. Je cite volontiers mes influences. Les Anglais le font aussi volontiers d’ailleurs. J’ai toujours suivi la carrière de Bowie même s’il y a des périodes que j’aime moins. Il fait partie de ma famille discographique. Et c’est drôle de constater que, au fil du temps, tous les artistes que j’aime aiment également les mêmes artistes que moi. Vous comprenez ? Comme une sorte de communauté d’esprits. Ce ne sont cependant pas des influences qui vont me pousser à copier. Il ne s’agit pas de ce genre d’influences-là. Plutôt des modèles. J’aime les artistes aventuriers comme Bowie, Elvis Costello, ou Claude Nougaro en France. Mais Bowie, c’est le plus grand. J’ai d’ailleurs une anecdote assez étonnante à raconter à ce sujet. Quand j’ai sorti mon album Le Temps Des Âmes, en 2013, il y avait un titre, « Ombre Berlinoise », chanson mélancolique qui traite de mes impressions liées à cette ville. Le disque était déjà sorti depuis quelques semaines quand David Bowie lui-même, à la parution surprise de son The Next Day, proposa comme premier single, « Where Are We Now ? », aux similitudes frappantes avec ma propre création. Un matin, je suis réveillé par un message de mon manager qui m’annonce, avec humour, que j’aurais influencé Bowie. J’ouvre le lien qu’il m’avait envoyé et je constate, incrédule, cette concordance thématique et musicale alors qu’il est bien évident que Bowie ne connaît pas mon travail…et que moi je ne savais alors même pas qu’il allait sortir de sa retraite musicale. C’est déroutant. Il s’agit donc bien plus que d’influences ! D’imprégnations plutôt.

CG : Mais ce genre de « communications à travers les airs et le temps » existe également en littérature et en philosophie, comme des correspondances entre créateurs qui ignorent jusqu’à l’existence-même de leurs alter ego. C’est bien là que réside la beauté de toute démarche artistique. Changeons de sujet. Pensez-vous, comme l’affirmait à l’époque Daniel Balavoine, qu’il s’agit encore d’inventer le rock français, c’est-à-dire se sortir de cette gangue moisie de musique de variété afin de proposer un rock anglo-saxon chanté en français (ce que lui-même a fait puisqu’on peut le présenter comme le Peter Gabriel français) ou pensez-vous que, grâce, entre autres, à des artistes tels que vous, la mue s’est enfin opérée et que le rock en français n’a pas à rougir du travail de ses collègues d’outre-Manche ? Daniel Balavoine lui-même a beaucoup souffert d’être vendu comme le nouveau Gérard Lenorman alors qu’il se voyait en Peter Gabriel ou David Byrne (Talking Heads) français. Pensez-vous que cette difficulté à se positionner médiatiquement, pour un artiste en France, est toujours aussi important ?

K : Le grand public ne se pose pas ces questions. Il ne se demande jamais si c’est rock ou non. Il aime ou il n’aime pas. Ce débat est un débat de spécialistes ou de gens fermés. En plus, en France, si un artiste « rock » obtient du succès, ce n’est plus du rock mais de la variété. Etonnant, non ? Si mon disque sort, il va être catalogué « rock » par la presse musicale spécialisée. Mais si j’obtiens un gros succès, ce sera de la variété. J’irais même plus loin. Je pense qu’en France on a trop voulu prouver que l’on savait faire du rock. Au détriment de notre identité pourtant très exportable : la chanson française de qualité. Notre identité musicale a rayonné dans le monde entier. Puis, on a oublié cet aspect-là pour se focaliser sur un fantasme de rock français. J’essaie plutôt d’apporter humblement ma contribution à une chanson française de qualité…rayonnante.

CG : Pour aller plus loin, le problème, en France, semble être l’existence de cette ligne rouge qui séparerait le rock (ou la chanson au sens noble du terme) de la chanson de variété. Les Anglais semblent moins se poser de questions puisque la bonne pop music cible tous les publics, d’Adele à Paul McCartney. Pour être clair, en France, on lira dans Rock and Folk, des articles sur Bashung, sur Thiéfaine, sur Arno ou sur vous-même mais pas sur Calogero, Nolwenn Leroy ou Florent Pagny. Comme vous avez travaillé avec ces artistes que je viens de citer, comment vous positionneriez-vous dans un tel débat visant à poser ce qui est rock de ce qui ne l’est pas, pour reprendre une thématique chère à Rock and Folk.

K : Il s’agit de classifications. Par et pour les journalistes. J’espère que le public s’en fiche. Heureusement que les débats n’ont pas uniquement lieu dans les salles de rédaction. Ils ont lieu aussi dans les salles de concert et les lycées. Quand je travaille avec des personnes classées « variétés », la seule question que je me pose est : pourquoi celle-ci souhaite-t-elle collaborer avec moi ? Je ne vais pas chercher les gens. Ils me contactent. Et s’ils semblent apprécier mon univers et désirent le faire se rencontrer avec le leur, je suis déjà intéressé. Le reste m’importe peu. Puis un dialogue va s’amorcer, je ne sais pas faire du sur-mesure. Qu’il s’agisse de Calogero ou d’Enrico Macias, si les raisons de notre rencontre sont les bonnes, je me mets au travail. Si la personne veut que je collabore avec elle, c’est déjà intéressant même si je ne sais pas si je pourrais vraiment fonctionner avec n’importe qui. Si Michel Sardou m’avait contacté, je me serais posé des questions mais j’aurais tout de même voulu le rencontrer afin d’échanger.

CG : Quel bon exemple ! Ce qui est dérangeant, c’est cette sorte de double-jeu comme celui que mène un Jean-Louis Murat par exemple. C’est un artiste de grande qualité, que j’apprécie beaucoup, mais qui passe son temps à dire du mal des artistes français de variété (comme Laurent Voulzy) mais qui a écrit pour Mylène Farmer. Comment gérer un tel grand écart déontologique ?

K : Il est toujours intéressant de rencontrer des gens avec qui on n’a aucune affinité…. Honnêtement, je ne pense pas, finalement, que j’arriverais à travailler avec Michel Sardou, je n’ai jamais aimé ce qu’il fait. C’est un peu l’exemple difficile.

CG : Comment avez-vous sélectionné les excellents chanteurs qui ont participé à La Grande Effusion ?

K : Il s’agit de personnes qui ont compté pour moi lors de ces derniers mois. Alex Beaupain, que je ne connaissais pas, a beaucoup aimé mon dernier album, et ça m’a touché. J’aime beaucoup l’atmosphère de ses chansons et son désespoir, qui me touche beaucoup. Quant à Pierre Guenard, de Radio Elvis, je lui avais demandé de faire ma première partie lorsque je jouais mes concerts pour l’album Le Temps Des Âmes. Il faisait alors souvent des concerts tout seul. On s’est rencontrés dans les loges. Et il m’a avoué qu’il adorait mon titre « Métropolitain » que même mon public n’aime pas trop ! Cela m’a touché, bien-sûr. Quand j’ai entendu l’album de Katel, j’ai tout simplement été scié. Son disque est sorti en même temps que le mien. Elle jouait à Paris, je suis allé la voir et ce fut le plus beau concert de ma vie ! Malheureusement, la tournée avec cette formation-là est terminée. Tout l’album et le concert étaient basés sur les harmonies vocales. C’était d’une modernité stupéfiante. Je suis allé la féliciter. Et j’ai pensé à elle pour mon album live. J’ai également pensé à d’autres musiciens mais qui n’étaient malheureusement pas libres, comme Thomas de Pourquery, superbe musicien de jazz qui a fait un disque fabuleux, il y a un an ou deux, avec Supersonic. Et puis Serge Teyssot-Gay (Noir Désir). Il était en tournée, il n’a donc pas pu se joindre à nous.

CG : On sent bien qu’il s’agit de vrais invités, qu’il n’y a pas de coup médiatique derrière. On est à mille lieux de ces disques qui sortent dans lesquels les invités prestigieux font vendre le produit plus facilement. Il y a une communauté musicale dans ce concert.

K : C’est vrai que je n’étais tout d’abord pas très motivé par l’idée d’accueillir des invités, c’est devenu un peu tarte à la crème comme concept. Mon manager m’a conseillé de le faire. Il m’a convaincu. J’ai pu inviter les gens que j’aimais vraiment.

CG : Votre ouvrage Dans la tête d’un chanteur est passionnant. Bourré d’anecdotes et d’informations intéressantes. Etes-vous vous-même un lecteur compulsif de biographies de musiciens ou de la presse musicale ?

K : Je ne suis plus un lecteur compulsif mais quand je m’intéresse à un artiste, j’aime bien lire des biographies à son sujet. Ce qui m’a donné envie d’écrire ce livre est le fabuleux ouvrage de Boris Vian, « En Avant La Zizique…Et Par Ici Les Gros Sous ». J’ai adoré ce bouquin et même si le monde musical a bien changé, son humour, son détachement et son grand intérêt professionnel rendent la lecture de cet essai indispensable. Et je me suis toujours promis qu’un jour j’écrirais un livre dans cet esprit. Je vois mon livre comme une suite de ce monument, toutes proportions gardées.

CG : On retrouve dans votre ouvrage des anecdotes bien connues dans l’histoire de la musique mais toujours racontées de votre point de vue honnête et curieux. On remarque que vous avez beaucoup lu.

K : Oui, oui, c’est vrai. Mais j’ai dû également beaucoup me documenter pour cette émission de radio que j’animais sur France Inter, qui s’appelait « Vibrato ».

Kent La Grande Effusion Band 5

CG : Notre site s’intéresse à toutes les musiques qui présentent de l’intérêt et qui font des efforts pour sortir de la soupe mainstream qui envahit nos ondes et nos télévisions. Cependant, le rock progressif reste un style assez discuté dans nos articles. Appréciez-vous des groupes de rock progressif français, des anciens comme Ange ou Magma ou des « petits nouveaux » comme Lazuli, Galaad ou Feu ! Chatterton, dans un style plus inclassable. Ou en tant qu’ancien punk, vous détestez ce mouvement-là ? Que dit l’ancien-punk ?

 K : « Progressif » était un gros mot à une certaine époque, pendant la période punk. Mais quand j’étais adolescent, j’écoutais du rock quel qu’il soit. Il y avait des gens que j’appréciais et c’est tout. A l’époque, des journaux comme BEST ou Rock & Folk ne proposaient pas de chapelle. Je lisais ces magazines de A à Z et tout m’intéressait. On parlait de Chuck Berry comme de Van Der Graaf Generator. Quand j’ai pu m’acheter mes premiers disques, j’ai commencé connement par de la variété française puis, très très vite, grâce à mes lectures, je suis passé à autre chose. J’adorais en même temps Creedence et King Crimson. Je savais bien que l’un faisait du rock and roll et l’autre du rock progressif mais cela n’avait pas plus d’importance que cela. Du reste, j’ai commencé ma vie de musicien en jouant du rock progressif, comme beaucoup à cette époque-là. Même avec Starshooter, on a commencé par essayer de jouer ce style de musique-là, puis on s’est vite rendu compte qu’il fallait savoir bien jouer ! (rires). On a donc très vite laissé tomber pour se rabattre sur du rock basique, on va dire. J’avais acheté le premier disque de Magma puis je n’ai pas suivi. Ange, je me rappelle avoir eu des disques d’eux mais c’est tout. King Crimson m’a marqué. Mais pour moi, le groupe le plus intéressant restait Van Der Graaf Generator. Plus proche de cette énergie brute que l’on retrouvera dans le punk. D’ailleurs le groupe lui-même n’a jamais affirmé qu’il faisait du rock progressif. Et il y a cet incroyable chanteur qu’est Peter Hammill dont j’ai suivi la carrière. On sent aujourd’hui des réminiscences du rock progressif. A l’époque, Pink Floyd cartonnait. On ressent encore leur influence aujourd’hui. Ce qui était incompréhensible, c’est que ces groupes avaient du succès avec des morceaux très longs, incroyables, qui ne pouvaient de toute façon pas passer en radio. Aucune publicité, c’était une autre époque. Aujourd’hui, de tels groupes vendraient quarante disques et joueraient dans des salles minuscules ! A l’époque, ils étaient populaires ! Je me souviens être allé voir un concert de Van Der Graaf Generator dans ma ville de Lyon en pensant qu’il n’y aurait personne et la salle était pleine ! A l’époque, il y avait moins de classifications, les gens pouvaient écouter Polnareff comme Pink Floyd.

CG : Cet entretien accompagne la chronique de votre dernier album La Grande Effusion. Une frange de notre lectorat entendra peut-être parler de vous pour la première fois. Avez-vous un message à leur faire passer ?

K : Soyez curieux ! Je ne suis pas celui que vous croyez.

Propos recueillis par Christophe Gigon, octobre 2018

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