Premiata Forneria Marconi – I Dreamed Of Electric Sheep

I Dreamed Of Electric Sheep
Premiata Forneria Marconi
Inside Out Music
2021
Thierry Folcher

Premiata Forneria Marconi – I Dreamed Of Electric Sheep

Premiata Forneria Marconi I Dreamed Of Electric Sheep

Dans les années 70, l’Italie était considérée comme l’autre pays du rock progressif. Genesis et la plupart des grands groupes anglo-saxons y étaient adulés autant que dans leur propre pays. La scène locale s’est tout naturellement construite sur les mêmes bases musicales avec de surcroît, de belles particularités liées aux traditions musicales italiennes. Ce que l’on appelle encore aujourd’hui le RPI (Rock Progressivo Italiano) a vu quantité de groupes comme Le Orme, Banco Del Mutuo Soccorso ou Quella Vecchia Loccanda proposer de véritables chef-d’œuvres reconnus bien au-delà des frontières transalpines. Cela dit, il faut reconnaître que Premiata Forneria Marconi (ou PFM) fut leur véritable chef de file avec quelques albums considérés comme des monuments du rock progressif toutes périodes et tous genres confondus. Premiata Forneria Marconi, ce nom étrange est en fait celui d’une boulangerie (Forneria Marconi) auquel on a ajouté Premiata (primé). Il n’y a aucune explication sur le choix d’un tel patronyme si ce n’est de vouloir sonner différemment et d’emmerder un petit peu le show-biz italien de l’époque. A la fin des années 60, le groupe s’appelait Quelli et proposait une musique très marquée par la variété du moment. C’est la rencontre avec le flûtiste Mauro Pagani qui va radicalement faire évoluer le répertoire et imposer un changement de nom. Storia Di Un Minuto sort en 1972 et c’est déjà un gros succès. La formation récidive la même année avec Per Un Amico, la référence absolue, non seulement du RPI mais aussi de tout le rock progressif. Du coup, les Mussida, Premoli, Piazza, Di Cioccio et Pagani sont devenus des artistes incontournables dans le paysage rock italien. Enfin, l’arrivée en 1974 du bassiste cannois Patrick Djivas va compléter l’épine dorsale du groupe. Une formation où seuls ce dernier et Franz Di Cioccio subsistent encore et qui publie cette année un I Dreamed Of Electric Sheep/Ho Sognato Pecore Elettriche très attendu.

PFM nous devait une petite revanche car Emotional Tattoos, sorti en 2017, n’avait dégagé que peu d’émotions. Un album moyen où l’absence de Franco Mussida s’était cruellement fait sentir et semblait sonner le glas du PFM progressif d’antan. Alors, ce tout nouvel effort studio va-t-il nous réconcilier avec nos amis italiens ? Avant de m’exprimer, il est important de revenir sur la genèse de Ho Sognato Pecore Elettriche (cette chronique portera sur la version italienne) et sur son histoire pleine de poésie. Le titre fait directement référence au roman de Philip K. Dick Do Androïds Dream Of Electric Sheep ? (1968), ainsi qu’à Blade Runner, son adaptation cinématographique de 1982. Franz Di Cioccio nous explique que ce nouvel album est né de la crise sanitaire, coupable selon lui du repli sur soi et de l’envahissement de l’informatique dans notre quotidien. Le concept de Ho Sognato Pecore Elettriche se veut malgré tout positif car il traite de notre capacité à réagir et à se démarquer de la machine par l’imagination (le rêve) et la création artistique. Alors, et ce verdict ? Eh bien, je ne sais pas trop quoi en penser. Qu’on le veuille ou non, il y a une continuité avec Emotional Tattoos, et ce n’est pas ce que j’espérais même si le nouveau PFM a pris ici un peu plus de consistance. Il faut s’y faire, on ne retrouvera pas la musique d’avant mais comment peut-il en être autrement ? Les acteurs ont changé et personnellement je trouve l’écriture moins inspirée. Cependant, certains moments du disque vont procurer de belles émotions. A commencer par l’intro de « Mondi Paralleli » qui ouvre les hostilités par un mélange classique/métal d’une grande intensité. C’est le choc absolu et la meilleure entame que l’on pouvait souhaiter pour ce disque. Franz Di Cioccio nous parle d’une libre explosion de couleurs et de sons et c’est bien ce qu’il en ressort à l’écoute de cet instrumental réussi.

Premiata Forneria Marconi I Dreamed Of Electric Sheep Band 1

Le piano fait le lien avec « Umani Alieni », un titre plein d’allant fort bien chanté par Franz Di Cioccio mais dans une formule guère aventureuse qui nous renvoie, hélas, au disque précédent. Tout au long des dix morceaux, le rock progressif sera bien présent mais dans des proportions modérées laissant le format chanson s’imposer et devenir une norme un peu banale. Sans remonter trop loin dans le temps, je n’ai pu m’empêcher de faire la comparaison avec le génial Stati Di Immaginazione de 2006 qui, sans aucune parole, nous faisait beaucoup plus voyager que cette dernière fournée, certes appétissante, mais tellement conventionnelle. Bref, revenons à Ho Sognato Pecore Elettriche qu’il ne faut pas trop accabler car il possède de réelles qualités. Je pense en particulier à « AtmoSpace », une chanson réussie qui narre une histoire d’amour assez cocasse entre un drone et la Terre qu’il survole. Ici l’e-bow de Marco Sfogli amène de la rêverie et de la hauteur à une ambiance qui avait, jusqu’à présent, du mal à décoller. « Mr Non Lo So » tire lui aussi son épingle du jeu avec son groove entraînant et sa jolie mélodie parfumée au Genesis des années 80. Mais c’est surtout « Il Respiro Del Tempo » sur lequel vont se poser la guitare de Steve Hackett et la flûte de Ian Anderson qu’il faut retenir. Un titre en forme d’évocation celtico/orientale un peu usée mais qui fonctionne malgré tout avec son côté hymne de fin de show. On est ici dans la meilleure période du disque mais malheureusement, proche de la fin. Juste derrière, il ne reste plus que « Transumanza » et « Transumanza Jam », deux bonus instrumentaux reliés par des sonnailles Yessiennes qui démontrent à quel point une musique libérée peut faire monter l’intensité d’un album jusque-là un peu coincé.

Premiata Forneria Marconi I Dreamed Of Electric Sheep Band 2

Le nouveau PFM est vraiment nouveau et c’est là que le bât blesse. Flavio Premoli puis Franco Mussida ont laissé un vide qui ne pourra, hélas, être comblé. L’équipe Di Cioccio/Djivas, bien épaulée par de jeunes musiciens talentueux, est partie dans une direction plus simple, moins cérébrale et peut-être plus facile d’accès. C’est ce qu’il faut se dire et apprécier Ho Sognato Pecore Elettriche à sa juste valeur sans attendre autre chose qu’un bon album de rock en langue italienne (surtout) auquel il faut souhaiter la même vie que ses antiques prédécesseurs. Mais sans vouloir être méchant, cela risque d’être compliqué.

http://www.pfmworld.com/

 

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