Placebo – Placebo

Placebo
Placebo
Virgin Records
1996
Fred Natuzzi

Placebo – Placebo

Placebo Placebo

Punaise, cet album a 30 ans ! Cela ne me rajeunit pas, mais quand d’autres font des chroniques sur, par exemple, Status Quo, je me dis que finalement ça va ! En parcourant les réseaux sociaux, je me suis aperçu que Placebo avait cet anniversaire-là. Et cela m’a ramené à de vieux souvenirs qui ont fait naître un sourire sur mon visage. Comme le groupe n’a jamais eu les honneurs de nos colonnes (sans doute trop mainstream), je me suis dit que j’allais parler de leur premier album, paru donc en 1996, histoire de marquer le coup. J’ai rencontré Placebo en live. Je n’avais jamais entendu une seule note, jamais vu leur visage. Il faut dire que je n’allais pas les voir à la base ! J’étais allé assister à un concert d’une de mes idoles, j’ai nommé David Bowie. En grand dénicheur de talent qu’il était, il avait trouvé en la musique de Placebo de belles promesses pour l’avenir. Il ne s’était pas trompé, il fit même un duo avec eux sur le fabuleux titre « Without You I’m Nothing » pour leur deuxième opus. Pour autant, ce n’était pas Placebo qui était prévu au programme, mais un certain… Morrissey ! Bowie et lui ayant deux fortes personnalités, enfin surtout Morrissey, les deux se sont un poil pris la tête et Morrissey a déclaré forfait. Un trait de caractère de l’ex-chanteur des Smiths qui le fera annuler bon nombre de concerts par ailleurs. Il m’a fallu attendre 2025 pour enfin l’entendre au Zénith de Paris, accompagné d’une excellente première partie, Brigitte Calls Me Baby, que je vous recommande chaudement.

Revenons donc à Bowie. En remplacement de Morrissey, il a choisi ce groupe inconnu avec à sa tête un jeune Brian Molko. Quelle surprise de l’entendre parler en français sur scène ! Né en Belgique d’un père américain et d’une mère écossaise, il fait ses études au Luxembourg, où il s’ennuie et décide de partir s’installer à Londres. Il y rencontrera ses partenaires, Stephen Hewitt, batteur (qui quittera Placebo en 2007), et Stefan Olsdal, bassiste, qui fréquentait la même école que lui au Luxembourg mais qu’il ne côtoyait pas ! Cependant, c’est le batteur Robert Schultzberg qui enregistrera le disque, Hewitt n’intégrant définitivement le combo que fin 1996. Le look androgyne de Molko, ses chansons pleines de désespoir et de colère, les thèmes de sexe, drogue et rock ‘n’ roll, tout est déjà là lors de ce premier concert lyonnais (eh oui, c’était à la Halle Tony Garnier pour la tournée de l’énorme Outside). Dès les premières notes, le public a su qu’il avait affaire à la relève du rock européen. À la fois s’inspirant du punk, de la new wave et du rock indé, Placebo a rebattu les cartes et s’est positionné comme un électron libre qui allait soit s’installer durablement, soit imploser au bout de deux ou trois albums. Heureusement pour nous, ils sont maintenant une référence incontournable dans le rock.

Placebo Placebo Band 1

Placebo commence par « Come Home » avec une énergie dingue : un son de batterie garage, une basse lourde, une guitare fiévreusement jouée, une voix androgyne très spéciale. Le titre est une tornade réjouissante, réveillante. Le groupe possède déjà un son à lui, une assurance insolante. « Teenage Angst » ne ramollit pas. En moins de trois minutes, il met tout le monde d’accord sur le fait que ces mecs savent écrire une chanson. « Bionic », plus aventureuse, met en avant un fabuleux travail sur les guitares et une batterie beaucoup moins basique que précédemment. Une première surprise qui sera confirmée tout au long de leur carrière. « 36 Degrees » reprend une cadence sur les chapeaux de roue pour une chanson typique de la dépression adolescente. Belle atmosphère sur « Hang On To Your IQ » et on se dit qu’à la moitié de l’effort, nous avons affaire à quelque chose de consistant. Il y a de la matière, du travail, des arrangements qui amènent un style. Déjà, à ce moment-là, on sait si on adore ou on déteste. Et ce solo de guitare, mazette !

Avec « Nancy Boy » (sorti en single), on est presque sur le terrain des Smashing Pumpkins avec ces guitares agressives et ce chant maniéré. Un titre emblématique du Placebo de l’époque, sonique et torturé. Surprise avec « I Know », c’est une guitare acoustique qui ouvre la chanson avec quelques percussions avant de devenir plus électrique sur le refrain, et ce didgeridoo incongru qui ponctue le titre. Étonnant. Autre moment culte du disque, le furieux « Bruise Pristine » et son tempo étourdissant. La batterie fait des merveilles et les guitares étincellent. Plus calme, « Lady Of The Flowers » s’inspire de Jean Genêt pour poser une narration hypnotique, un mini-film qui ouvrira la voie à bon nombre de morceaux plus contemplatifs. L’album se termine par « Swallow » et commence par installer une base qui se développera comme un instrumental. Molko pose des mots, comme une conversation à la fois lointaine et intimiste, mais un sentiment d’inconfort perdure tout du long. Beaucoup disent que certains morceaux ont été composés sous acide, je vous laisse juge ! Un titre instrumental caché, « HK Farewell », clôture finalement l’ensemble. Il est d’une beauté fulgurante. Le piano allège les derniers sentiments d’inconfort et nous envoie vers une sorte de lumière bienvenue. Cela reste mélancolique, mais ce générique de fin est un ravissement.

Placebo Placebo Band 2

30 ans après, ce premier effort reste essentiel à la carrière du groupe. Celui qui a posé les jalons, a défini la suite. Un album culte qui évoque bon nombre de souvenirs, certainement aux gens de ma génération. Le lendemain du concert, je suis allé à la FNAC pour acheter l’album. J’ai demandé à un vendeur qui m’a répondu « Placé quoi ? ». Effectivement, l’opus ne sortira qu’en juin 1996, avec cette bannière « Découverte FNAC » qui m’avait fait beaucoup rire en référence à l’anecdote précitée. Ben non la FNAC, j’ai découvert Placebo avant toi et avant tout le monde, et c’est grâce à Bowie. Fier d’avoir pu être le témoin de l’éclosion d’un groupe si important. Un grand merci, David.

https://www.placeboworld.co.uk/

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