Midori Hirano – Otonoma
Erased Tapes Music
2026
Lucas Biela
Midori Hirano – Otonoma

Pianiste et compositrice japonaise, Midori Hirano fait cohabiter abattement et réconfort dans des vignettes à la fois sublimes et fragiles. Sous ses doigts, des atmosphères ouatées et des univers réconfortants prennent forme. Ainsi, avec des signaux aux échos mélodiques s’interposant entre des nappes de claviers majestueuses, « Illuminance » se présente comme un soleil éblouissant, sublimant des cirrus à travers son rayonnement. La mélodie douce qui se développe nous enveloppe dans un cocon douillet. Il en va de même quand le piano d’« In Colours » résonne avec fierté dans un écrin aérien. Et au détour de « Rainwalk », l’instrument à touches noires et blanches va même se couvrir de duvet pour nous mettre autant à l’aise que dans un fauteuil rembourré. La fantaisie vient même s’inviter quand les signaux éphémères de « Blue Horizon » volent vers des espaces sereins tout en entraînant dans leur sillage des nappes de claviers facétieuses. Telles des bulles de savon qui font le bonheur des enfants, ce sont des moments de joie qui viennent égayer notre quotidien.

Mais le doute peut aussi s’installer. Preuve en est avec « Ame, Hikari », où le motif affolé traduit un besoin impérieux d’âme dans un paysage désolé aux précipitations incessantes. À la manière d’éléments satinés qui briseraient un motif rugueux sur un tissu, des ouvertures radieuses apportent un peu d’espoir. « Warped In Red » met aussi en scène un esprit tourmenté. Mais celui-ci finit petit à petit par trouver la voie de l’ataraxie. Cette dernière se retrouve d’ailleurs également dans la trame d’« Aurora ». Alors qu’il est encerclé par une armée de doutes, le piano réflectif ne cède pas aux tourments et délivre des notes soyeuses et libres de tout désarroi. Comble du désespoir cependant, « Was It A Dream » questionne un univers troublé aux confins des musiques les plus éplorées d’Harold Budd. Et quand ce n’est pas le doute, c’est l’anticipation qui peut plonger dans le bain de sérénité. Les errements affectueux de « Before The Silence » font ainsi presque écho à des oiseaux qui couveraient avec amour leurs œufs, tout en gardant un œil sur l’extérieur pour les protéger du moindre danger. De même, à travers les vrombissements stridents qui émaillent les sonorités enjouées d’« Oto, Kioku », on peut imaginer des créatures maritimes qui évoluent en toute tranquillité dans leur élément, mais qui restent cependant à l’affût du moindre bruit suspect.

Dans le monde de l’ambient, Midori Hirano parvient à créer un langage subtil et sensible. Avec Otonoma, sa dernière œuvre en date, les trames sont particulièrement soignées, les ambiances sont immersives, et les notes sont à la fois aériennes et délicates. L’expérience d’écoute chez soi est certes fort agréable, mais il est également possible de la vivre sur scène. Pour cela, il faudra vous rendre de l’autre côté du Rhin, là où la quarantenaire vit et se produit.