Live report Patrick Rondat, à la Maroquinerie, Paris, le 18 avril 2026

Live report Patrick Rondat, à la Maroquinerie, Paris, le 18 avril 2026
2026
Lucas Biela

Live report Patrick Rondat, à la Maroquinerie, Paris, le 18 avril 2026

Live report Patrick Rondat

Guitariste qui évolue dans un registre néo-classique à la Tony MacAlpine, George Bellas ou encore Michael Angelo Batio, Patrick Rondat est la référence française dans ce domaine. Depuis An Ephemeral World en 2004, il nous tardait d’entendre la suite de ses aventures musicales. Ce fut chose faite l’année dernière avec Escape From Shadows, un nouveau bon cru dans sa discographie. Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, le line-up de l’opus précédent a été reconduit. Ainsi, Dirk Bruinenberg, des excellents Elegy, est à la batterie. Le fidèle Patrice Guers (dans l’aventure depuis Amphibia en 1996) tient toujours la basse. Enfin, les parties de claviers ont été confiées à Manu Martin. Le 18 avril 2026, c’est dans une salle pleine a craquer que le prodige de la guitare fait un tour d’horizon d’une carrière mêlant shredding, influences néo-classiques, et velléités progressives. Et le public en a pour son argent, car, outre les dernières compositions, tous les plus grands moments du répertoire de Patrick Rondat sont passés en revue, qui plus est avec la ferveur des premiers jours. La musique a beau être instrumentale (à une exception près), elle n’en captive pas moins la foule. En effet, il y a de la virtuosité, mais aussi des riffs entraînants, des mélodies attachantes et des contrastes saisissants.

Ainsi, parmi les anciennes compositions, « Mindscape » offre toujours ce parfait équilibre entre nappes légères mais planantes et riffs acérés mais tordus. Le clou vient bien entendu avec le solo aux montées à transformer les yeux en fontaines. Le courroux intermittent du morceau apporte même son lot de surprises. Avec des notes enjouées se faufilant entre deux attaques rythmiques, le tour de force technico-mélodique « Barbarians At The Gates » fait aussi son effet. Par ailleurs, fort de ses à-coups intrigants, de sa guitare alarmée et de ses envolées mélodiques, « Ultimate Dreams » reste un des morceaux les plus emblématiques de la carrière de l’ancien collaborateur de Jean-Michel Jarre. Dans la version « live » de ce titre, Patrick n’oublie pas le fameux clin d’œil tonitruant à « L’Inverno » du Prêtre Roux. En revanche, tiré d’Amphibia, l’un des albums les plus connus de notre Francilien, « Shattered Chains », avec sa six-cordes aguicheuse et sa détermination sans faille, se pose en véritable rouleau compresseur. Mais le bloc inébranlable semble plus fragile qu’il n’y paraît. En effet, quand elles s’extasient, les notes entraînent la troupe sur un chemin mélodique poignant. Puis, se perdant en questionnements, la mélodie alors affectée apporte bouleversement là où la fierté dominait. Autre marche, mais plus prudente malgré son pas lourd, « Amphibia Pt 4 » fait montre d’une maîtrise impressionnante dans l’alliance des disparités. Pour preuve, la guitare se retrouve à la fois apeurée et exaltée. On note un gros travail de la rythmique dans cette pièce à la complexité débridée. À l’écoute de tous ces standards du guitariste, la salle est évidemment aux anges. Et l’enthousiasme du public ne faiblit pas quand Patrick laisse ses compères se lancer dans la jam funk « Tryon Avenue ». Synthés sautillants et traitement tous azimuts de la basse ont de quoi sidérer tout en fédérant.

live report Patrick Rondat Band 1

Sur les morceaux plus récents, les grands classiques d’An Ephemeral World retrouvent une nouvelle jeunesse. Ainsi, avec « Tethys » c’est un maelstrom de clairs-obscurs qui secoue la scène. Sur une marche triomphante, la guitare avance à pas de loup mais avec une aura cajoleuse. L’instrument se tourne vers un tourbillon étourdissant en même temps que des riffs agressifs maintiennent la charge. Bien qu’une éclaircie larmoyante illumine le théâtre des opérations, les slaps d’un noir anthracite de la basse ajoutent de la tension. Toutefois, la guitare finit par jubiler dans cette succession de contrastes. Ses échos majestueux sont magnifiques et réchauffent le cœur. Ensuite, dans un élan de confiance, les notes s’emballent pour tournoyer à l’infini. « Donkey’s Island » prend également le chemin de la félicité après avoir sondé les profondeurs de l’âme. Avec l’atmosphère inquiétante qui y règne, la guitare est en effet dans tous ses états. Mais les notes égayées des claviers accompagnent les nappes pensives vers une excitation qui culmine en une explosion de joie. Par ailleurs, le jeu étincelant de la batterie revêt magistralement l’ambiance d’atours épiques. Enfin, si l’on s’intéresse au morceau-titre de l’album de 2004, on s’aperçoit qu’à la guitare éplorée répondent des claviers facétieux. Nous voilà alors à nouveau happés dans une spirale de contrastes.

live report Patrick Rondat Band 2

Le public est également très réceptif aux compositions du dernier album, Escape From Shadows. Ainsi, « Fear & Guilt » montre une fois de plus que Patrick Rondat sait non seulement doser à merveille technique et émotion, mais qu’il arrive aussi à jongler entre l’empressement et l’attente. Notre guitariste ne choisit pas entre les notes menaçantes et les plaintes sensibles. Il ne fait pas non plus le tri entre les solos où se mêlent passion et allant et ceux plus caressants aux effluves satinées. Notre homme offre le même toit à tous ces éléments, tout en parvenant à les faire s’entendre. Autre preuve de la fascination du compositeur pour les clairs-obscurs, « Whispery Hopes » fait surgir des notes amusées à partir d’une ambiance sinistre. L’angoisse et la joie se bousculent et s’étreignent dans ces notes courant tels des enfants au soleil. Et c’est à nouveau du grand art quand « Escape From Shadows » joue sur les deux tableaux. Alors que les notes crient leur désespoir avec un déchirement bouleversant, des touches d’optimisme s’insinuent. Celles-ci sont certes hésitantes mais elles créent néanmoins une mélodie à fendre le cœur. L’inverse se produit avec « Invisible Wars ». Guitare pleine d’allant, musique tournée vers le funk, c’est bien l’allégresse qui ressort de la pièce. Cependant, on sent des fêlures miner cet excès d’entrain, notamment dans les gémissements tantôt discrets tantôt plus manifestes. Autre ambiance, « From Nowhere » passe d’une élégie sanglotante à une marche victorieuse. Les notes quittent leur chagrin pour rejoindre l’amusement. Mais la plaisanterie a suffisamment duré quand les éléments frivoles préfèrent s’adonner à un jeu de voltige à retourner l’estomac. Nous ne pouvons néanmoins terminer le compte rendu sans parler de l’unique morceau chanté du répertoire de Patrick Rondat. C’est « Now We’re Home ». Il est sur le nouvel album, et c’est la chanteuse blues-rock Gaëlle Buswel qui lui prête sa voix. Fort heureusement, le soir du 18 avril, la blueswoman est disponible et le guitariste peut compter sur elle pour reprendre le titre sur scène. Le chant habité de la belle nous explose alors en pleine figure. De même, au contact des mélopées chaudes, les notes endolories de Patrick finissent par s’enflammer.

live report Patrick Rondat Band 3

Un concert de Patrick Rondat, c’est l’assurance de passer un moment inoubliable. En effet, cette façon que le guitariste a de mélanger émotion à fleur de peau, virtuosité, et riffs sautillants est tout bonnement renversante. Mais au-delà du jeu exceptionnel de notre homme, on apprécie sa modestie, sa simplicité et son humour décalé.

https://www.rondat.com/

 

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