Little Big6ster – Mue

Mue
Little Big6ster
Autoproduction
2026
Palabras De Oro

Little Big6ster – Mue

LITTLEBIG6STER Mue

Virginie est le prénom de ma super belle-fille. Mais, de ceci, t’en as certainement rien à battre. Ouais, mais c’est de l’autre Virginie que je connais, dont je vais te parler : la leader de Little Big6ster et son quatuor masculin pour la sortie de leur album Mue. Ha ! C’est déjà nettement plus conforme à notre scope musical… enfin si tu la (les) connais déjà. Et d’abord, t’as pas le droit de les ignorer, car tu dois sans doute te souvenir de ces deux chroniques bien barrées que j’ai publiées concernant leurs albums Cobra puis LB6. Sinon, dépêche-toi d’aller faire ta mise à jour et reviens ici lire la suite quand tu auras une idée de ce dont je vais te causer.
T’as donc compris qu’avec ces cinq bourlingueurs, c’est un étonnant mélange de soul blues rock tribal hyper rooty qui figurera au menu aujourd’hui. À vrai dire, ces Angevins sont tellement accros à la scène qu’ils ont tourné comme des malades depuis cinq ans avant de se dire « Et si on se posait un peu pour sortir un nouveau LP ? ». Mais comme il sont incapables de se renier, c’est dans les conditions du direct qu’ils ont enregistré les neuf brulots qui constituent Mue aux studios Tostaky (Le Chabada, Angers) sous l’égide du talentueux Olivier Fournier, dit « Cali », l’homme qui sait saisir l’émotion du live pour la magnifier sur un album studio.

LB6STER - Mue Band1
LB6 s’est stabilisé sous la forme d’un quintet, que dis-je, un quinté+ d’une qualité que même le PMU n’aurait pas pu proposer à ses parieurs. Aux côtés de Virginie Pinon au chant, à la cigar box et au bonnet de Davy Crockett, on retrouve Nico Bach, son compère de toujours, à la guitare et au chant, le frangin Cyril Bach aux percussions et autres trucs zarbs qui produisent des sons tribaux comme le didgeridoo, Gilles Theolier à la basse et un petit nouveau, Vincent Lechevallier à la batterie. Le titre Mue m’a un peu intrigué, mais je n’ai pas constaté de mutation profonde dans le répertoire du groupe. Le brassage des genres musicaux est tellement riche et régulièrement inattendu qu’en fait, de mutation, il n’est pas nécessaire (faut que j’arrête de regarder Star Wars avec mon petit-fils, oui l’enfant de Virginie… la mienne : je me mets à inverser les phrases comme Maître Yoda.) C’est bien simple, dans ce melting pot, tu ne sais plus si c’est de la soul, du blues, du tribal ou du rock. Alors, pour bien écouter Mue, faut que tu fasses abstraction de la théorie des genres (musicaux bien entendu) et que tu te laisses imprégner par ces cascades de percussions, ce chant d’une chaleur rocailleuse folle, ces riffs de cigar box secs comme braises, l’ondoiement sonore du bottle neck, le tout porté par une section rythmique simplissime, mais diaboliquement efficace. En tout cas, même si ça n’est pas du grunge, tu atteindras ton nirvana sans problème… ni substances interdites, la cigar box n’étant pas homologuée pour contenir l’herbe que mamie Marie-Jeanne cultivait dans son potager… paix à son âme. Tel un conjoint qui rentre à 4h du mat. les chaussures à la main, Mue démarre un peu sur le bout des pieds avec un « Alien » gorgé de soul sur lequel Virginie souffle le chaud et le froid pour étaler toute la versatilité de son étonnant timbre de voix. « Fight 2 B » est dans la même veine avec toutefois plus de groove pour rappeler que le blues vient de l’esclavagisme, ce qui n’est pas inutile en ces temps où le racisme est de plus en plus décomplexé : « History repeats, with modern chains, Sweat and tears, mmm… they still remain, Livin’ in shadows, in a world insane… » (« L’histoire se répète, avec des chaînes modernes ; la sueur et les larmes, mmm… elles sont toujours là ; vivre dans les ombres, dans un monde en pleine folie… »). L’absence de batterie et un jeu de guitare désaturé sur ces deux morceaux permettent de garantir leur délicatesse. La suite de l’opus se montre définitivement plus musclée avec notamment la reprise emballante du titre fétiche des Black Keys « Heavy Soul ». Tel Anakin, le chant de Virginie bascule du côté obscur (je vous rassure, je ne suis pas son père) en se faisant rocailleux et la batterie sort de sa réserve initiale pour ce boogie rock hargneux. Ça y est, les chevaux sont lâchés et le single « Blind Me » déboule tel un mustang au galop. La cigar box est la cravache, les percussions sont le piétinement des sabots, une guitare sauvage monte à cru le cheval pour un solo qui décoiffe la crinière. Quelle cavalcade ! Pourtant, il faut que tu fasses une RAZ (remise à zéro) pour aborder « Modern Tribe », le titre le plus aventureux de Mue. Il faut absolument que tu te concentres sur l’étonnante opposition de style entre les couplets de cette chanson. Sur le premier, Nico prouve qu’il n’a rien à envier à sa comparse pour délivrer des lyrics rocky à souhait alors que, sur le deuxième couplet, cette dernière lui répond dans un phrasé complètement hip hop. Le plus surprenant est que la structure musicale du morceau demeure totalement rock, même lorsque le chant est rapé comme le gruyère… et ça marche du feu de dieu. Ajoute à ça un solo de bottle neck à la Jimmy Page, un refrain popisant et des chœurs à la Motown, tu te demandes comment ils ont réussi à garder une telle cohérence pour cet OVNI. LB6 revient à un peu plus de classicisme pour le groovy « Running Wild » dans lequel il m’a semblé qu’une certaine dose d’impro avait peut-être étoffé son enregistrement, exacerbant son côté soul tribal « Dancing with a cajun flame » (« Danser avec une flamme cajun »). La cigar box donne ce côté un peu crade aux riffs dont je raffole. L’autre pièce de choix de Mue (avec« Modern Tribe ») est ce « Soul _S Sacrifice » sempiternel, un lent folk/blues encore une fois tribal, au riff improbable et inspiré tout comme ses parties de guitare et de didgeridoo. Je suis certain que t’en as plein les esgourdes là « For life is a queen and death her king » (« Car la vie est une reine et la mort son roi »). Tu ne croyais pas aux rites vaudous, ça y est, tu es converti ! Je finis par ne plus savoir si ce sont les riffs ou la voix joplinienne de Virginie qui me font le plus vibrer. « Step Aside » me confirme que c’est l’association des deux qui en est à l’origine. Cette fois-ci, LB6 sort de sa manche les cartes harmonica, refrain et chœurs soul, batterie renforcée à mi-titre pour t’emballer… c’est pesé. T’approches de la fin de la galette et c’est un « Toy » énervé, métronomique et bicéphale qu’on te donne pour que tu termines de t’amuser. À des couplets énergiques, Virginie associe des passages éthérés où le chant s’éclaircit et se pare de trémolos qui montrent qu’elle sait vraiment tout faire avec ses cordes vocales. « I need love more than bread, I need truth more than gold » (« J’ai besoin d’amour plus que de pain, j’ai besoin de vérité plus que d’or. ») Et toi, de quoi as-tu besoin encore pour être convaincu que cette Mue est aussi faite pour toi (peau de serpent sur la jaquette oblige) ?

LITTLEBIG6STER-Mue band2

Ainsi, Little Big6ster a encore mis dans le mille avec ce savoureux mix des genres, parfois improbable, mais toujours pertinent pour construire cet album en grande partie énergique bien que régulièrement bourré de sensibilité. La prise de risques est admirable, notamment dans le domaine des conditions d’enregistrement. Le coffre vocal que possède Virginie Pinon est un trésor qui contribue largement à produire des chansons très percutantes, mais pas que. Pour la petite histoire, Virginie, ma belle-fille cette fois-ci, chante comme une casserole, mais ça ne m’empêche pas de l’adorer… oui je sais… vous vous en foutez toujours.

PS :  Les morceaux reçus n’étant pas numérotés, cette chronique a été écrite selon leur ordre de lecture de VLC qui n’est pas celui de l’album. Tu crois quand-même pas qu’on allait te mâcher tout le boulot non ?

Coup-de-Coeur

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