Kamil Rustam – Listen Up!

Listen Up!
Kamil Rustam
Can U Feel It Records / Oregon Productions
2026
Lucas Biela

Kamil Rustam – Listen Up!

Kamil Rustam Listen Up!

À l’instar de Manu Katché et de Jean-Yves D’Angelo, avec qui il a partagé son temps au sein des éphémères Preface, Kamil Rustam est un des musiciens de session les plus estimés. Mais ce n’est pas d’une de ses nombreuses collaborations qu’il sera question ici, mais de sa carrière solo. Après s’être installé aux États-Unis, c’est seulement à l’âge de 55 ans qu’il sort son premier opus, Cosmopolitain. Celui-ci, contrairement au second qui fera l’objet de notre attention, est essentiellement instrumental. Voguant entre le jazz-rock enjoué de Spyro Gyra et le jazz-funk acéré de John Scofield, l’album des débuts contenait cependant une pièce avec un duo de chant, « Tempted ». Orienté soul / funk, ce morceau marquait déjà l’intérêt de notre guitariste pour une musique qui a fait le bonheur d’émissions télé comme Soul Train, et qui allait devenir la trame sonore de son deuxième effort, Listen Up!, presque dix ans plus tard.

Le funk de notre ami, quand il est nonchalant, peut frapper à la porte de notre cortex préfrontal de différentes manières. Ainsi, accompagnés de la voix chaleureuse de Billy Valentine, qui défend becs et ongles un accent bluesy à la Alex Ligertwood (Santana, Brian Auger’s Oblivion Express…), les cuivres allègres de « I Wanna Dance » invitent à profiter du temps présent. Et de manière surprenante, le solo de Kamil y reste sobre. Mais le décalage en musique permet justement de distraire l’esprit. Sans les voix, le funk insouciant a tout autant d’attrait. Pour preuve, sur son 31, « Warped Memories » est un modèle d’élégance. La trompette nocturne aux douces notes berçantes, les claviers étoilés de l’invitée Patrice Rushen, et la guitare percolant légèrement donnent du chic à une pièce pleine de charme. Tout aussi instrumental, « Relentless Passing Of Time » présente néanmoins une ambiance plus éplorée. D’un côté, les roulements rythmiques y sont affectueux, de l’autre, la modestie touchante de la guitare a finalement raison de tout triomphalisme qui l’animait. C’est que le temps, voyez-vous, on ne le domine pas ! Les notes de piano ont d’ailleurs beau être colorées, elles résonnent avec perplexité.

Kamil Rustam Listen Up! Band 1

Le funk de notre Français peut aussi avancer avec allant. Ainsi, avec ses cuivres amusés et son chant gorgé d’énergie, « Summer Highways » déborde de vitalité. La guitare entortillée est même un clin d’œil assumé à Stevie Wonder. C’est qu’il est « superstitieux », notre guitariste ! Dans cette folle journée d’été, le solo de six-cordes débonnaire et les chœurs embrumés font néanmoins redescendre la température. Autre hommage, et non des moindres, le solo enflammé de « We Were Family » porte le sceau du psychédélisme de Jimi Hendrix. La guitare incisive et les cuivres rutilants propulsent cette pièce sur la voie d’un funk tonitruant. Les ardeurs partagées dans les falsettos sont néanmoins calmées par les chœurs confortants, et le morceau peut alors revêtir des habits chamarrés. Toujours dans les moments de funk énergique, l’invitée Kudisan Kai sait surprendre. Sur « Custom Made », sa voix alarmée est en effet contrebalancée par des envolées poignantes à la Anita Baker. En voilà un grand jeu d’équilibre ! Et cependant, celui-ci fascine davantage qu’il ne déconcerte. On note que la guitare garde la tête froide dans ces moments d’émotion intense.

En outre, c’est également dans les instants de soul enlaçante que le chant de Kudisan nous interpelle. Ainsi, dans « Peaceful Place », quand Kamil montre cette fois-ci son côté sentimental, l’affliction de la chanteuse est toujours là, mais elle est mâtinée d’espoir. Il faut saluer ici le travail de contorsion de la voix, permettant de passer des lamentations à l’extase en un claquement de doigts. Et les beaux chœurs attendrissants qui l’accompagnent ne sont pas en reste. Dans cette pièce langoureuse, le rhodes foisonnant et la guitare radieuse pansent également avec soin les blessures de Kudisan. Toujours dans les moments berçants, c’est une ambiance plus solaire que la voix rocailleuse et les falsettos pensifs d’Eddie Brown instaurent dans « Let’s Stay Together ». Ajoutez-y une pincée de voix féminines suaves, et vous voilà à rêvasser dans un hamac. Dans ce morceau, on apprécie aussi le duo que forme le piano et la guitare : distraits, les deux se répondent avec facétie.

Kamil Rustam Listen Up! Band 2

Le passage au pays de l’Oncle Sam de notre Français lui a permis de se forger une forte expérience de la « black music ». Avec des invités prestigieux, il en ressort des compositions chargées en émotion, permettant d’apprécier des timbres de voix plus saisissants les uns que les autres. Il reste à voir comment notre guitariste va arranger ces pièces pour la sortie d’album prévue le 11 juin au Théâtre de l’IA à Paris.

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