Jon Anderson – 1000 Hands – Chapter One

1000 Hands - Chapter One
Jon Anderson
Auto-production
2019
Thierry Folcher

Jon Anderson – 1000 Hands – Chapter One

Jon Anderson 1000 Hands

Chroniquer Jon Anderson s’apparente à une démarche purement égoïste. Avec son demi-siècle de présence sur le devant de la scène musicale, l’homme à la voix de cristal a eu tout le temps et tout le talent de se constituer un public d’admirateurs et ce n’est pas une chronique, aussi élogieuse soit-elle, qui va changer les choses. Donc, je me suis fait plaisir. 1000 Hands – Chapter One est le quinzième album d’une carrière solo commencée en 1976 avec l’incontournable Olias Of Sunhillow. Peut-on vraiment parler d’une nouveauté 2019 ? La réponse est toute simple : oui et non. Ma chronique va quand même servir à raconter l’histoire assez surprenante de cet album. Pour commencer, laissons Jon s’exprimer. Il avoue : « J’ai passé de longs moments à faire des disques, mais je n’ai jamais rien connu de semblable avec celuici ». Nous voilà sacrément alléchés. Ensuite, il enfonce le clou en s’adressant aux fans : « Je pense qu’ils seront ravis d’entendre une musique intemporelle. C’est l’une des meilleures choses que j’ai jamais faite ». Alors là, j’ai sacrément la trouille. Soit il bluffe, soit il est sincère. La réponse, on l’a bien sûr en écoutant l’album, mais avant cela, on est obligé de connaître la genèse de 1000 Hands. Sa création remonte 30 ans en arrière, lorsque Jon Anderson s’attelle à un projet qui doit s’appeler Uzlot (que l’on peut traduire par : Beaucoup d’entre nous) en compagnie de quasiment tous les musiciens de Yes. Malheureusement, les occupations des uns et des autres ont mis Uzlot en veilleuse avec peu de chance de revenir dessus. Cependant, Jon nous dit qu’il gardait toujours au fond de lui le secret espoir d’achever ce projet. Avec le producteur Michaël Franklin, impliqué très tôt sur les orchestrations, ils décidèrent enfin, il y a un an et demi, de le terminer.

Michaël Franklin va reprendre la matière originale et lui incorporer mille mains. Le titre vient de l’incroyable quantité d’invités, la plupart prestigieux, qui vont peupler ce nouveau disque. Impossible de les citer tous, alors au hasard on voit passer Billy Cohbam, Larry Coryell, Chick Corea, Bobby Kimball, Steve Morse ou encore Ian Anderson. La famille Yes est présente aussi avec Alan White, Steve Howe et surtout Chris Squire qui avait à l’époque laissé quelques lignes de basse. Au total, 9 guitaristes, 3 bassistes, 4 batteurs et 8 claviers plus une ribambelle de musiciens accompagnateurs et de vocalistes plus ou moins connus. Une affiche de rêve, prestigieuse et difficile à égaler. Mais le pire dans tout ce « gloubi-boulga », c’est que ça fonctionne. 1000 Hands est dés le départ un album hors du commun. Sa gestation (longue) et sa réalisation rejoignent évidemment les propos de Jon sur le côté intemporel et unique de l’œuvre. Mais le plus important reste malgré tout la qualité musicale et émotionnelle qui devrait être au rendez-vous selon ses dires. Là-dessus on peut avoir bon espoir car en dehors de Yes, l’ami Jon a déjà côtoyé les étoiles avec Olias bien sûr mais aussi avec Change We Must ou The Friends Of Mr Cairo (Jon et Vangelis) et plus récemment, ses travaux avec Rick Wakeman (The Living Tree), Jean-Luc Ponty (Better Late Than Never) et Roine Stolt (Invention Of Knowledge) ont été assez convaincants. Il est maintenant libéré des ses soucis de santé et fait revivre Yes avec ses potes Rabin et Wakeman de la plus belle des façons. C’est donc en pleine possession de ses moyens et avec un enthousiasme bluffant qu’il nous offre ses 1000 Hands comme une nouvelle pierre à l’édifice de sa merveilleuse carrière.

Jon Anderson 1000 Hands Band 1

Les compositions sont familières, mais la voix de Jon semble renaître et nous offrir sa clarté d’antan. Par ailleurs, le travail colossal de Michaël Franklin a permis de créer un ensemble d’une grande homogénéité, très riche musicalement et qui évite surtout les écueils de la surcharge inaudible de ces « 1000 mains ». C’est du moins ce que j’ai ressenti à la première écoute. Ce que l’on ressent aussi c’est que les dix chansons de 1000 Hands sont pour la plupart des « happy songs ». Il se dégage une félicité, un entrain et une exaltation communicatives à l’écoute de l’album. Jon, ce n’est un secret pour personne, a depuis longtemps la tête tournée vers les étoiles et pratique les enseignements bouddhistes avec ferveur. Le 21ème siècle prend des tournures de plus en plus spirituelles et ça lui va bien. On le sent investi d’un besoin de transmettre à travers ses chansons, tout l’amour du monde et de l’univers. A présent, voyons d’un peu plus près cette nouvelle livraison céleste. Mille mains c’est bien, mais l’essentiel de la musique va revenir au trio composé de Michaël Franklin aux claviers, son frère Tim à la basse et Tommy Calton à la guitare. L’album commence doucement avec « Now », une courte chanson d’introduction très classique dans un style purement andersonien qui va ravir les fans. Le pétulant « Ramalama » qui suit est construit à partir des vocalises matinales que s’impose Jon tous les jours. Cet échauffement vocal va déboucher sur un mantra entêtant aux intonations tribales. Un titre qui oscille entre world et pop music avec un léger souffle prog par endroit. « First Born Leaders » commence par un long préambule scandé par Jon avec en écho un lointain gospel. Puis le titre prend des airs exotiques tournés vers la danse et le soleil. Un travail proche du Graceland de Paul Simon mais en plus explosif. Sur cette chanson magnifiée par la présence de Zap Mama, des Voices Of Lindahl et du Solar Choir, on apprend que Chris Squire a laissé son empreinte et cela fait évidemment plaisir.

Après quelques notes de guitare acoustique, c’est la flûte d’Ian Anderson qui va introduire « Activate », une merveille de construction où chaque apparition et chaque changement de rythme s’accordent parfaitement. 1000 Hands prend ici la réelle mesure de son potentiel ébouriffant et crédibilise ce projet un peu fou. Néanmoins, il est bien difficile de savoir où interviennent Steve Morse, Larry Coryell, Pat Travers ou même Alan White. Bien sûr l’essentiel n’est pas là, mais cela risque de devenir une sorte de défi chez certains d’entre nous. Pour « Makes Me Happy », surtout ne loupez pas le clip (ci-dessous) qui nous plonge dans une orgie colorée de sons et d’images. Le montage est très habile et Jon semble s’amuser comme un fou. Une merveille de réalisation à se passer tous les matins pour bien démarrer la journée. Ensuite « Now Variations » rejoue le thème du premier morceau  traité ici de façon classique avec violon et violoncelle. Puis l’album va prendre une direction plus douce et plus apaisée avec le touchant « I Found Myself » qui nous offre un joli duo avec Jane Anderson et la belle prestation de Jerry Goodman au violon. On reste dans la continuité avec « Twice In A Lifetime » introduit magnifiquement par Charlie Bisharat au violon et fort bien agrémenté de notes d’accordéon et de clavecin. Une chanson symphonique à la mélodie imparable qui prouve encore le savoir faire et la maîtrise du leader de Yes (eh oui). On repart dans un rythme techno avec « WDMCF » (Where Does Music Come From), un titre qui vaut surtout par la qualité du traitement de la voix. On retrouve ici des intonations familières qui font aussitôt resurgir des souvenirs nostalgiques. Mais que dire de « 1000 Hands (Come Up) », qui va propulser le disque très haut et très loin. On est ici dans la grande classe avec des pointures du jazz rock comme Chick Corea, Billy Cobham ou Jean-Luc Ponty. Sur ce titre qui oscille entre prog, jazz, et chanson chorale il est difficile de rester de marbre face à ce gospel de folie et cette montée symphonique qui nous fait entrevoir Olias sur la fin. 1000 Hands – Chapter One s’achève avec « Now And Again » et son message à peine déguisé. C’est à nouveau sur le thème de « Now » que Jon chante : « Nerver forget that we are friends… » pendant que Steve Howe joue de la guitare. Alors mes amis, si c’est pas une annonce prometteuse ça !

Jon Anderson 1000 Hands Band2

Voilà en quelques lignes (heu, pas vraiment…) mes premières impressions sur ce 1000 Hands hors du commun. Mon opinion, et elle n’engage que moi, c’est que le père Anderson avait bien raison, 1000 fois raison. Ce tout dernier album solo est bien l’une de ses meilleures livraisons à situer tout en haut de son imposante production. Je dois avouer qu’en découvrant le titre associé à « Chapter One », j’étais assez inquiet car souvent ce genre d’opération laisse entrevoir un besoin de tout fourguer sans vraiment faire de tri. Il se trouve que maintenant j’ai vraiment hâte de découvrir les « Chapters » suivants et tant pis s’ils ne sont pas à la hauteur de celui-ci. Je prends le risque bien évidemment.

Pour terminer, je trouve surprenant que cet album soit aussi mal distribué. Au moment ou je boucle cette chronique, soit plus d’un mois après la sortie officielle, il est toujours extrêmement difficile et extrêmement onéreux de se le procurer ici en Europe. Incompréhensible…

https://jonanderson1000hands.com/

 

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